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Dépaysement total au Myanmar

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YANGON, Myanmar – Qu’arriverait-il si, en 1962, un pays devenait complètement coupé du monde, comme si ses frontières devenaient des murs impénétrables, et que rien n’y entrait, et que rien n’en sortait?

YANGON, Myanmar – Qu’arriverait-il si, en 1962, un pays devenait complètement coupé du monde, comme si ses frontières devenaient des murs impénétrables, et que rien n’y entrait, et que rien n’en sortait?

Qu’arriverait-il si, durant 50 ans, la classe dirigeante s’entêtait à utiliser le travail forcé de sa propre population pour construire des routes et des pipelines, à se servir de l’astrologie pour prendre des décisions et à ­favoriser la corruption à tous les ­niveaux?

Qu’arriverait-il si, du jour au lendemain, ce pays s’ouvrait au monde extérieur et, comme le barrage d’une rivière qui ouvre ses vannes, laissait entrer les touristes?

C’est ce qui s’est passé au Myanmar, et c’est ce que nous allons découvrir.

Le Myanmar (ou Birmanie) est situé entre le Bangladesh et la Thaïlande. Yangon, sa plus grande ville et ex-­capitale, compte environ quatre ­millions d’habitants et constitue le centre économique du pays. C’est un arrêt incontournable.

Les voyageurs ont tous rencontré, dans la plus grande ville du pays qu’ils visitent, des gens habitués de voir des étrangers, ou même une certaine attitude ­blasée envers les touristes en général. Ce n’est pas le cas à Yangon. ­Effet probable de l’isolement qu’ils ont vécu pendant 50 ans, les citadins sont constamment heureux de voir passer un étranger. Ils ne ­peuvent s’empêcher de le regarder dans les yeux et de sourire de toutes leurs dents. Et ce sourire, cet enthousiasme, est contagieux. Tout Occidental déambulant dans les rues de Yangon est aussi constamment impressionné par le mode de vie des Birmans.

Terre vierge

Des camions de fortune avancent lentement, tirés par un moteur nu, le chauffeur sur un simple siège et un cadre rouillé ­tenant les roues arrière. Les autobus vieux d'une trentaine d'années sont ­bondés de gens, sur les sièges, debout dans l'allée, sur le toit, assis sur des piles impressionnantes de bagages. De vieux pickups – tous des Nissan Sunny 1983 blancs– transportent aussi des dizaines de gens, se tenant parfois de toutes leurs forces debout sur le pare-chocs arrière. Des mâcheurs de noix de bétel crachent partout, tachant le sol, certains ont la bouche complètement colorée et les plus vieux n'ont plus de dents.

La ville est grouillante de gens, des ­marchés sont installés sur les trottoirs et les femmes vendent fruits et bols de ­soupe. Les immeubles de trois ou quatre étages, en mauvais état, semblent se pencher vers la rue et étirer leurs ombres sur le trottoir.

Le train : comme nulle part ailleurs

Le Myanmar est un pays vaste avec une superficie presque identique à celle de la France. Les moyens de transport peuvent y être hasardeux.

Parmi ceux-ci, le déplacement en train.

Il est très difficile de savoir combien le touriste devra payer son billet. Puisque le train est une propriété du gouvernement et que la corruption est omniprésente au sein des institutions publiques, le prix semble être à la discrétion de l’employé au guichet...

Mais cette expérience n’est rien en comparaison avec celle qui attend le ­visiteur qui s’aventure bel et bien dans un train birman.

Les rails sont anciens et les wagons le sont tout autant. Les voies, construites par les Britanniques durant la période ­coloniale et reconstruites entre 1948 et 1961, sont en piteux état. En fait, les trains avancent à une vitesse maximale de 25 kilomètres à l’heure! Les amortisseurs des wagons sont très mous et les rails sont cahoteux, cela donne un résultat assez improbable. Assis dans des sièges qui ne sont pas parfaitement attachés au plancher, les voyageurs rebondissent de haut en bas, de gauche à droite, se soulevant parfois de plusieurs ­centimètres. Pourtant, à chaque gare entrent des vendeurs ambulants de grignotines et de thé chaud avec du lait condensé, et ceux-ci se promènent dans les ­allées sans trop ­vaciller; une voiture-restaurant qui fait des plats de riz frit utilise du charbon de bois comme poêle et personne ne se brûle; des dames tricotent patiemment et de jeunes hommes tentent de dormir malgré les saccades incessantes. Le train est plein, et les étrangers sont rares.

Les Birmans sont d’une générosité ­incroyable avec ces rares aventuriers. Dès qu’un touriste affiche un air un peu inquiet, un résidant s’approche, prend le billet des mains de l’écarté et le guide jusqu’à son siège en ­souriant.

Un voyage en train est l’occasion d’apercevoir la vie rurale. Des agriculteurs utilisent les zébus pour labourer leurs champs. Des femmes marchent près du train, transportant sur leur tête d’immenses paniers remplis d’items qu’ils iront vendre en ville. Des enfants se lavent le visage dans des puits creusés dans le sol. De jeunes femmes appliquent du thanaka sur leur visage, cette pâte ­fragrante faite d’écorce d’arbre qui protège des effets néfastes du soleil et qui sèche en formant une croûte sur leurs joues.

Mandalay : pauvreté et autorité

À 650 kilomètres au nord de Yangon, Mandalay est la deuxième plus grande ville du Myanmar. La pauvreté s’y fait sentir plus évidemment qu’à Yangon, que ce soit dans un bidonville installé derrière une gare ­d’autobus ou encore dans les petites rues ­entourant la gare.

L’histoire est également bien en évidence. Au milieu de la ville, une immense forteresse cachant le palais royal, isolé par des digues et un mur de briques de plus de huit kilomètres de long, a été construite et ­reconstruite. Une seule entrée peut être utilisée par les visiteurs. Toutes sont fortement gardées par des soldats armés. Et ­­au-dessus de l’entrée principale, une immense banderole affiche les mots: «L’armée et le peuple coopèrent en écrasant ceux qui attaquent la nation».

À l’intérieur des murs se trouvent différents immeubles, dont le ­hluttaw (l’ancienne Cour suprême), ­plusieurs mausolées, l’ancienne Monnaie royale, ainsi que les appartements du roi, qui y habitait entre 1859 et 1885. Le palais a été complètement détruit par les Alliés durant la Deuxième Guerre mondiale et reconstruit depuis en utilisant, en grande partie, le ­travail forcé.

L’emplacement du palace a été choisi jadis par des astrologues. D’ailleurs, jusqu’à 52 humains, dont des femmes enceintes, ­auraient été sacrifiés et enterrés sous le palais durant la construction des fondations, en 1858. Les guides spirituels affirmaient que les fantômes des sacrifiés resteraient près de l’emplacement de leur sépulture pour protéger les habitants du palais...

Le pays des pagodes

­Le Myanmar est un pays extrêmement ­religieux où le bouddhisme est roi et il compte des milliers de pagodes. Ces lieux de prières sont habituellement dorés et en forme de cône.

En circulant en motocyclette dans les ­campagnes et les banlieues du pays, on s’aperçoit rapidement du nombre impressionnant de pagodes qu’on y trouve. Chaque montagne, chaque mont, chaque butte est coiffée d’une pagode. Les bonzes, chauves et vêtus d’une toge, sont partout et vivent ­parmi les citoyens ordinaires.

Bagan, située à 150 kilomètres de Mandalay, est la capitale mondiale des pagodes; 2229 temples sont répartis partout dans la ville et ses alentours. Cette destination est souvent citée comme étant aussi grandiose que Angkor Wat, au Cambodge.

En plus des grandes villes, absolument uniques en leur genre, on peut aussi aller à la plage (Ngapali, Chaungtha), à la montagne (Myitkyina, au pied des Himalayas) et dans des destinations prisées telles que Bagan ou le lac Inlay, fameux pour ses ­méthodes de pêche traditionnelles et ses villages sur l’eau.

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