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Des gens extraordinaires

L’archéologue des poubelles

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Fraîchement diplômé en sociologie de l’Univer­sité Concordia, Martin Gregory passe ses journées à fouiller les poubelles des Montréalais dans l’espoir d’y dénicher des trésors à conserver, à revendre ou à recycler.

«Je suis un bohème dans l’âme, explique-t-il. Je n’ai pas vraiment de plan de carrière. Tout ce que je sais, c’est que j’ai toujours été ­fasciné par la quantité d’objets que les gens abandonnent sur les trottoirs.»

En mars dernier, il a quitté son emploi de plongeur dans un ­restaurant pour se consacrer à temps plein à son passe-temps ­favori. Il avait besoin de faire le point sur sa vie, mais surtout de s’aérer ­l’esprit en se libérant de toute obligation.

Depuis, la vie du jeune ­Montréalais de 26 ans ressemble à une chasse au trésor quotidienne. Les jours de collecte, il enfourche son vélo et déambule avec son sac à dos sur les épaules dans les quartiers de Montréal, en quête de trouvailles et d’aventures à partager sur son blogue «Things I find in the garbage» (Ces choses que je trouve dans les poubelles).

Au cours des six prochains mois, il souhaite démontrer qu’il est possible de vivre avec presque rien tout en suscitant une ­réflexion au sujet de nos habitudes de consommation. Et, qui sait, son expérience pourrait même se transformer en livre.

Surprenantes

Depuis le début de son aventure, il a accumulé, vendu et redistribué une quantité impressionnante d’objets de toutes sortes : une montre en or, entre autres, qu’il a revendue sur eBay pour 250 $.

Il a aussi déniché une paire de boucles d’oreilles dont il a pu obtenir 113 $, des bottes neuves encore dans leur boîte, une plante verte, un système de son complet et quantité d’articles de cuisine, bibelots et meubles pour équiper sans frais l’appartement qu’il partage avec ses colocataires dans le Plateau.

«Il est parfois difficile de comprendre pourquoi les gens mettent autant d’objets à la poubelle. Ils n’ont pas le temps de se déplacer dans les centres de dons sans doute, ou ne savent tout simplement pas reconnaître la valeur des choses», avance le jeune homme.

Punaises

En mars dernier, il est tombé sur une impressionnante pile de déchets. En ouvrant délicatement les sacs verts, il a compris qu’une vieille dame solitaire venait sans doute de mourir, laissant en ­héritage aux passants les vestiges précieux de toute une vie.

«Il y avait là des photos ­anciennes, un journal intime, des tonnes de bijoux, un service ­complet de fine porcelaine, mais aussi d’horribles punaises», ­raconte-t-il.

Exceptionnellement, il a ­emporté ce qu’il pouvait dans des sacs de plastique fermés, puis fait chauffer son butin dans un four à haute température pour éliminer toute trace des bestioles indésirables.

Ce jour-là, Martin raconte avoir mis la main sur un sac rempli de bijoux. Une véritable mine d’or dont il ne connaîtra jamais la vraie valeur. Son butin a été saisi par des policiers qui l’avaient pris pour un voleur.

Malgré sa déception, il sait qu’il y aura d’autres occasions. Le ­printemps incite les gens à se délester de leur trop-plein d’objets et le 1er juillet n’est pas loin.

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