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Père toxique

Père toxique

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On ne se remet jamais vraiment de son enfance. Voilà ce qui ressort de Deux étrangers, le nouveau roman de la jeune écrivaine française Émilie Frèche. Un roman à la fois dur, lucide et plein d’émotions sur une femme en rupture avec son père.
Père toxique
Deux étrangers
d’Émilie Frèche
aux Éditions Actes Sud, 288 pages. En librairie.

On ne se remet jamais vraiment de son enfance. Voilà ce qui ressort de Deux étrangers, le nouveau roman de la jeune écrivaine française Émilie Frèche. Un roman à la fois dur, lucide et plein d’émotions sur une femme en rupture avec son père.

Un jour, Élise reçoit un coup de fil qui la déstabilise. «Élise, il faut que je te voie, je suis à Marrakech, je t’attends avant la fin du mois». À l’autre bout du fil, son père. Ce tyran domestique qu’Élise et son frère cadet Paul surnommaient Adolf, Tito ou Pol Pot lorsqu’ils étaient adolescents.

Aujourd’hui, Élise a vieilli, a deux enfants, Tom et Léo, neuf et sept ans, mais se sent toujours comme une petite fille face à ce père qui a pris son enfance en otage. Même après avoir coupé les ponts avec lui sept ans plus tôt, Élise perd ses moyens en entendant sa voix.

Après l’étrange appel de son père, Élise n’a pas réfléchi. Elle a appelé Simon, son mari avec lequel elle est en train de se séparer, pour qu’il vienne s’occuper des enfants à la maison. Elle monte alors dans la vieille Renault 5 de sa défunte mère, direction Marrakech. Pendant la longue route qui la mène vers ce père dont l’affection et la tendresse lui ont tant fait défaut, Élise replonge dans ses souvenirs d’enfance.

«Moi, je n’ai jamais réussi à voir notre père autrement que depuis ma taille d’enfant. D’ailleurs, c’est toujours en levant la tête que je le regarde. Rien de ce que j’ai fait dans ma vie ne m’a libérée de la peur que j’avais de lui.»

À côté de cette figure paternelle, une mère aimante qui n’a pas eu la force de protéger ses petits.

Son père, un juif sépharade né en Algérie qui a renié ses origines jusqu’à dénigrer sans cesse celles de sa femme, juive ashkénaze, en la traitant de «sale race» était beau comme un acteur de cinéma. Riche et en apparence respectable, il a eu une telle emprise sur sa famille que les dommages collatéraux étaient inévitables. C’était une violence ordinaire faite de cris, de tension et de petites histoires qui, en s’accumulant, deviennent insupportables et s’immiscent au plus profond de l’être.

D’ailleurs, c’est un peu par opposition qu’Élise est devenue pratiquante «à l’âge où d’autres se mettent à fumer, à boire et à embrasser des garçons». À l’adolescence, elle s’est donc mise à aller à la synagogue et à respecter scrupuleusement le shabbat, ce qui obligeait son père à un peu plus de respect. «Ces soirs-là, il ne me traitait jamais de pourriture, de sale race, de gros cul, pas plus qu’il n’insultait ma mère ou mon frère. Nous étions tous épargnés, ce qui me donnait envie de porter la perruque et de m’inscrire sur-le-champ à une yeshiva.»

Émilie Frèche ne prend jamais de gants blancs pour décrire cette violence quotidienne qui a rongé la vie familiale d’Élise. Ce n’est pas d’une violence spectaculaire qui laisse des traces sur le visage dont il est question, mais de celle tout aussi ravageuse qui s’accroche et sur laquelle l’adulte se construit. Les mots utilisés sont parfois durs, blessants et abaissants, mais l’écriture, tout en finesse, traduit un réalisme étonnant. L’auteure évite de tomber dans le fatalisme ou dans un schéma qui serait trop rigide et ne néglige jamais les zones grises qui habitent ses personnages. Et même si le pardon est parfois impossible, la résilience permet d’espérer une vie meilleure.

Deux vies valent mieux qu’une
de Jean-Marc Roberts

L’auteur et éditeur de chez Stock, décédé le 25 mars dernier des suites d’un cancer, a publié quelques jours avant sa mort un récit dans lequel il parle de «deux morceaux» de sa vie: son adolescence et sa maladie. Jean-Marc Roberts se remémore ainsi ses étés passés en Calabre alors qu’il était adolescent. Son oncle calabrais, les premières amours, les baisers, la plage, les plongeons du haut des rochers. Il laisse aller ses pensées dans ce passé heureux alors qu’il est à l’hôpital, aux soins intensifs, entouré d’infirmières et de médecins. À 58 ans, le corps affaibli, il se sait bien entouré de ses cinq enfants et surtout de sa seule fille, Dina, «sans laquelle ce texte serait devenu un récit».

​Deux vies valent mieux qu’une
de Jean-Marc Roberts
aux Éditions Flammarion,
105 pages.
En librairie.​​

L’inconnu
de Juliette Kahane

C’est l’histoire d’une rencontre entre une bourgeoise et un marginal. Une femme de bonne famille qui se retrouve au lit avec un junkie. Mais c’est aussi l’histoire d’une erreur sur la personne... Un soir, Pénélope se rend à un cocktail littéraire à Beaubourg. Tout près du buffet, elle reconnaît Blaise Bonnet, un écrivain dont elle aime les romans. Ils discutent et Pénélope lui propose alors de venir prendre un verre chez elle. Le lendemain matin, Pénélope comprend vite qu’elle a confondu l’homme avec qui elle a passé la nuit. Il ne s’agit pas de Blaise Bonnet, mais de Johnny Paullette, un marginal qui vit de petits trafics. Soulagée lorsque ce Johnny quitte son appartement, Pénélope recroisera malgré elle sa route quelque temps plus tard.

L’inconnu
de Juliette Kahane
aux Éditions de L’Olivier,
160 pages.
En librairie.

Je te vois reine des quatre parties du monde
d’Alexandra Lapierre

Dans son nouveau roman d’aventures et d’amour, Alexandra Lapierre retrace l’histoire véridique d’Isabel Barreto, la première et la seule femme amirale de l’Armada espagnole. À l’époque des conquistadors et des grands navigateurs du Nouveau Monde, Isabel Barreto a su s’imposer dans un monde exclusivement masculin, affrontant les routes maritimes inconnues. En 1595, la navigatrice monte une expédition à partir de Lima pour découvrir l’Australie. Elle traverse le Pacifique et parcourt près de la moitié du globe sur une route jamais explorée. Elle parvient finalement en Asie. Ce roman est l’histoire de son incroyable épopée, de son destin hors norme, mais c’est aussi une histoire d’amour puisque Barreto tombera follement amoureuse de deux hommes au cours de sa vie.

Je te vois reine
des quatre parties du monde
d’Alexandra Lapierre
aux Éditions Flammarion,
573 pages. En librairie.

On ne se remet jamais vraiment de son enfance. Voilà ce qui ressort de Deux étrangers, le nouveau roman de la jeune écrivaine française Émilie Frèche. Un roman à la fois dur, lucide et plein d’émotions sur une femme en rupture avec son père.

Un jour, Élise reçoit un coup de fil qui la déstabilise. «Élise, il faut que je te voie, je suis à Marrakech, je t’attends avant la fin du mois». À l’autre bout du fil, son père. Ce tyran domestique qu’Élise et son frère cadet Paul surnommaient Adolf, Tito ou Pol Pot lorsqu’ils étaient adolescents.

Aujourd’hui, Élise a vieilli, a deux enfants, Tom et Léo, neuf et sept ans, mais se sent toujours comme une petite fille face à ce père qui a pris son enfance en otage. Même après avoir coupé les ponts avec lui sept ans plus tôt, Élise perd ses moyens en entendant sa voix.

Après l’étrange appel de son père, Élise n’a pas réfléchi. Elle a appelé Simon, son mari avec lequel elle est en train de se séparer, pour qu’il vienne s’occuper des enfants à la maison. Elle monte alors dans la vieille Renault 5 de sa défunte mère, direction Marrakech. Pendant la longue route qui la mène vers ce père dont l’affection et la tendresse lui ont tant fait défaut, Élise replonge dans ses souvenirs d’enfance.

«Moi, je n’ai jamais réussi à voir notre père autrement que depuis ma taille d’enfant. D’ailleurs, c’est toujours en levant la tête que je le regarde. Rien de ce que j’ai fait dans ma vie ne m’a libérée de la peur que j’avais de lui.»

À côté de cette figure paternelle, une mère aimante qui n’a pas eu la force de protéger ses petits.

Son père, un juif sépharade né en Algérie qui a renié ses origines jusqu’à dénigrer sans cesse celles de sa femme, juive ashkénaze, en la traitant de «sale race» était beau comme un acteur de cinéma. Riche et en apparence respectable, il a eu une telle emprise sur sa famille que les dommages collatéraux étaient inévitables. C’était une violence ordinaire faite de cris, de tension et de petites histoires qui, en s’accumulant, deviennent insupportables et s’immiscent au plus profond de l’être.

D’ailleurs, c’est un peu par opposition qu’Élise est devenue pratiquante «à l’âge où d’autres se mettent à fumer, à boire et à embrasser des garçons». À l’adolescence, elle s’est donc mise à aller à la synagogue et à respecter scrupuleusement le shabbat, ce qui obligeait son père à un peu plus de respect. «Ces soirs-là, il ne me traitait jamais de pourriture, de sale race, de gros cul, pas plus qu’il n’insultait ma mère ou mon frère. Nous étions tous épargnés, ce qui me donnait envie de porter la perruque et de m’inscrire sur-le-champ à une yeshiva.»

Émilie Frèche ne prend jamais de gants blancs pour décrire cette violence quotidienne qui a rongé la vie familiale d’Élise. Ce n’est pas d’une violence spectaculaire qui laisse des traces sur le visage dont il est question, mais de celle tout aussi ravageuse qui s’accroche et sur laquelle l’adulte se construit. Les mots utilisés sont parfois durs, blessants et abaissants, mais l’écriture, tout en finesse, traduit un réalisme étonnant. L’auteure évite de tomber dans le fatalisme ou dans un schéma qui serait trop rigide et ne néglige jamais les zones grises qui habitent ses personnages. Et même si le pardon est parfois impossible, la résilience permet d’espérer une vie meilleure.

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