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Médecin ou déserteur ?

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De plus en plus de médecins de famille quittent le régime de l’assurance maladie du Québec pour devenir des «indépendants». On est loin de l’épidémie, mais le fait qu’on assiste chaque année à ces désistements est symptomatique de l’écœurement des médecins. Frustrés, déçus et fatigués, certains préfèrent quitter le bateau du public pour voguer au privé.

De plus en plus de médecins de famille quittent le régime de l’assurance maladie du Québec pour devenir des «indépendants». On est loin de l’épidémie, mais le fait qu’on assiste chaque année à ces désistements est symptomatique de l’écœurement des médecins. Frustrés, déçus et fatigués, certains préfèrent quitter le bateau du public pour voguer au privé.

Faut-il s’inquiéter de l’augmentation du nombre de médecins qui se désaffilient? La réponse est oui. Peut-être pas demain, mais certainement à moyen terme, car cette désertion du régime public se ressentira sur le nombre et la qualité des soins.

Pratique frustrante

Les médecins ne sont pas tous égaux devant la tâche à accomplir. Chacun ses frustrations. Les médecins spécialistes se plaignent aussi de ne pas avoir autant de moyens qu’ils le souhaiteraient. Les chirurgiens, limités par le manque d’accès aux salles d’opération, trépignent d’impatience. Certains n’ont même pas une journée par semaine pour opérer.

Mais les médecins de famille, encore trop peu nombreux, sont carrément débordés.

Est-il nécessaire de rappeler que les services de première ligne sont le fondement de notre système de santé? Ils forment le début de la chaîne.

Comme patient, notre premier point de contact, c’est le médecin de famille. Sans retourner le fer dans la plaie, je précise qu’un Québécois sur trois n’en a toujours pas.

Comment espérer alors que nos problèmes de santé soient pris en charge si la première ligne ne répond pas ou pas aussi vite qu’elle le devrait?

Je reçois régulièrement des témoignages de malades, trop patients envers un système qui les traite avec lenteur. N’est-ce pourtant pas la vitesse d’exécution qui fait la différence entre la vie et la mort? En voulez-vous des histoires de cancers décelés trop tard parce qu’il a fallu attendre des semaines pour voir un médecin de famille qui vous dirige vers un oncologue?

Pour freiner la désertion

Je comprends tout à fait que de jeunes médecins refusent de se lancer dans une médecine moins humaine et plus calculatrice. Que dire de l’état de santé de ceux qui restent? Nos médecins ne vont pas bien. Certains s’autoprescrivent des antidépresseurs pour éviter le burn-out. Assez inquiétant.

Pourtant, des services de première ligne dépendent la performance de l’ensemble du système de santé et l’état de santé de la population en général. En d’autres mots, quand le médecin va bien et qu’il arrive à bien faire son travail, c’est tout le système qui s’en porte mieux. Peut-on l’aider un «ti-peu»?

Nos médecins ont une vision très négative de leur pratique. Près de 60 % d’entre eux disent que la qualité des soins s’est détériorée. Et maintenant que Québec vient de concéder la gestion de nos petits bobos aux pharmaciens, les médecins craignent de se retrouver de plus en plus avec «de gros cas».

La liste de leurs frustrations est longue. En gros, ils réclament plus de temps pour mieux nous soigner. Sans parler du fardeau administratif: deux heures par jour à remplir des formulaires, c’est illogique. La qualité propre d’un médecin est de soigner. Si on veut des pousseurs de crayons, on se trompe de spécialistes.

Si vous saviez le nombre de médecins que j’ai rencontrés qui veulent faire autre chose. Nous, patients, n’avons pas ce luxe- là. Quand on est malade, on doit faire avec le système. On ne peut pas s’en sortir.

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