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À temps double

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Une infirmière qui gagne 315 000 $ pour une année, huit hôpitaux où plus de dix infirmières gagnent au-delà de 100 000 $, tout cela traduit un recours massif au temps supplémentaire. Cela indique donc encore la difficulté à gérer les effectifs infirmiers dans notre système de santé.

Une infirmière qui gagne 315 000 $ pour une année, huit hôpitaux où plus de dix infirmières gagnent au-delà de 100 000 $, tout cela traduit un recours massif au temps supplémentaire. Cela indique donc encore la difficulté à gérer les effectifs infirmiers dans notre système de santé.

Parmi les explications que fournissent les établissements, on cible toujours le contexte général de pénurie de personnel infirmier. On y ajoute la nouvelle directive demandant aux établissements de réduire le recours à des infirmières d’agences privées pour combler des trous dans les horaires de travail. Pas très convaincant comme virage: plusieurs établissements remplacent l’utilisation des agences, qui coûtent semble-t-il trop cher, par du temps supplémentaire qui coûte au moins aussi cher.

Problème bien connu

Ce n’est pas d’hier que le Québec en arrache dans la gestion des infirmières. En théorie, nous aurions eu amplement le temps d’apporter les correctifs. En 1997, les mises à la retraite massives créent un contexte de manque de ressource. On entend parler d’infirmières à bout de souffle dans plusieurs départements. Dès 2003, l’Institut canadien d’information sur la santé confirmait la pénurie d’infirmières au Québec. Le nouveau ministre de la Santé de l’époque, Philippe Couillard, avait annoncé dès lors une stratégie pour contrer la pénurie. Au milieu des années 2000, une « table de concertation en soins infirmiers » continuait la réflexion et proposait à son tour des mesures.

Cette fois, Philippe Couillard en est plutôt vers la fin de son passage comme ministre de la Santé, mais il s’engage encore à régler le problème. Tout ça pour dire que c’est un problème connu et depuis longtemps, pour lequel nul ne peut plaider la surprise ou l’incapacité d’agir.

Le recours à autant de temps supplémentaire est loin d’être une bonne chose. Si les principales intéressées ont une santé de fer, elles peuvent se pavaner en disant qu’elles ont gagné plus que le ministre de la Santé, mais à la longue, elles se placent à risque pour de l’épuisement professionnel. Financièrement, payer des employés à temps et demi et à temps double constitue une solution fort désavantageuse. Du point de vue de la qualité des soins offerts au patient, c’est loin d’être mieux. Des infirmières qui travaillent sur des quarts de 16 heures sur une base régulière sont-elles plus fatiguées? Plus susceptibles de commettre des erreurs? C’est un risque bien réel. Pourtant, le recrutement accéléré ou l’ouverture de postes à temps plein, les solutions simples au problème de pénurie, n’ont jamais été sérieusement mises de l’avant.

Tout le monde se cache

Hier, une fois l’histoire diffusée par le Journal, j’ai souhaité traiter le dossier à TVA. Nous avons fait face à des refus de commenter de toutes parts. Ce qui m’a permis de constater qu’autant du côté syndical que du côté patronal, on est bien mal à l’aise d’expliquer une rémunération de 315 000 $ pour une infirmière, mais on ne trouve pas la situation vraiment grave. Tout le monde se cache, laisse passer cette mauvaise journée, et la vie continue.

Je me méfie toujours des problèmes expliqués par une pénurie de personnel, comme ce fut le cas dans la santé.

Rendre les pénuries coupables de tout est parfois une explication qui fait l’affaire de tous. Pour le syndicat, une pénurie signifie que vous avez le gros bout du bâton en négociation. Pour le gouvernement, la pénurie fournit une explication simple à offrir à la population pour tout ce qui ne marche pas.

Cela explique peut-être pourquoi on affirme encore vivre en pénurie dans le système public de santé.

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