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Le silence est d’or

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Pour préparer le terrain à un éventuel référendum, le Parti québécois lançait récemment une campagne promotionnelle pour vanter les mérites de la souveraineté.

Pour préparer le terrain à un éventuel référendum, le Parti québécois lançait récemment une campagne promotionnelle pour vanter les mérites de la souveraineté.

Comme il s’agit de sa première campagne depuis fort longtemps, et comme c’est la première occasion de frapper l’imaginaire de la nouvelle génération, le PQ n’a pas droit à l’erreur. Si cet effort publicitaire ne donne pas un nouveau souffle et une image contemporaine au projet souverainiste, s’il échoue à offrir un argumentaire inattaquable, il sera ensuite difficile, voire impossible, de corriger le tir.

On se serait donc attendu à ce que le PQ déploie l’artillerie lourde pour convaincre, pour séduire, pour faire rêver. Or, c’est tout le contraire. Les quatre messages publicitaires disponibles pour l’instant sont désolants sur la forme comme sur le fond.

Sur la forme, le visuel est mortellement ennuyant. L’air guindé, Mme Marois récite mécaniquement ses textes. Aucune passion, rien pour motiver et mobiliser. Pour les jeunes surtout, mais certainement pour les moins jeunes également, ces messages sont de véritables éteignoirs.

Argumentation pauvre

Sur le fonds, l’argumentation est pauvre, sinon carrément contre-productive.

En matière de fiscalité, par exemple, Mme Marois prétend que «la souveraineté, c’est avoir une seule déclaration de revenus». Est-ce réellement son meilleur argument de vente? Elle aurait mieux fait de trouver autre chose, car cet argument présente un double problème.

D’une part, il ne permet pas de justifier la souveraineté. Le PQ semble oublier qu’aucune autre province ne fait deux déclarations. C’est plutôt l’exception québécoise, héritage de Maurice Duplessis. Ailleurs au Canada, l’impôt provincial est calculé directement à partir de la déclaration fédérale. Chez nous, le doublon coûte près de près de trois quarts de milliard par année uniquement en frais d’administration pour financer l’Agence du revenu du Québec.

D’autre part, ce n’est pas le nombre de déclarations qui compte réellement pour le contribuable, mais bien son fardeau fiscal total. Or, à cet égard, Mme Marois reste muette.

Panacée

La première ministre affirme également que «si on veut être plus riche, il n’y a pas de meilleur moyen que l’indépendance», et laisse ainsi sous-entendre l’existence d’un lien direct de cause à effet. Ne réalise-t-elle pas que les pays indépendants et pauvres sont légion? Ignore-t-elle que tous les États américains, sauf le Mississipi, sont plus riches que le Québec sans pour autant être indépendants? La prospérité est fonction de la productivité, de l’innovation et de l’entrepreneuriat. Voilà sur quoi elle devrait s’exprimer!

Enfin, à travers ses quatre messages, Mme Marois fait appel à un éventail d’assertions consensuelles comme la sécurité, la fin des chicanes, la réduction de la bureaucratie, et elle présente l’indépendance comme une panacée. Or, ce qui importe le plus, ce n’est pas tant le statut politique du Québec, mais bien les gestes que l’État posera (ou ne posera pas) au lendemain de l’indépendance, et l’usage qu’il fera de ses nouveaux pouvoirs. Malheureusement, elle n’en souffle mot. De manière générale, elle fait appel à des lieux communs, elle s’attarde sur l’insignifiant et néglige l’essentiel, et permet ainsi les pires spéculations.

Avec des messages aussi insipides et des arguments aussi déficients, les fédéralistes n’ont rien à craindre. Mme Marois réussit mieux que quiconque à saboter le beau projet souverainiste. Si la parole est d’argent, le silence est d’or!

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