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L’austérité, comme un grand méchant loup

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Pauline Marois a rencontré de façon officielle les dirigeants des grands syndicats à l’occasion du 1er mai, fête des Travailleurs. Ceux-ci ont vite ramené à l’ordre du jour l’idée de reporter d’un an ou deux le retour au déficit zéro. C’est que le Québec partage le débat de l’heure de l’Europe: doit-on relâcher l’austérité budgétaire pour aider l’économie?

Pauline Marois a rencontré de façon officielle les dirigeants des grands syndicats à l’occasion du 1er mai, fête des Travailleurs. Ceux-ci ont vite ramené à l’ordre du jour l’idée de reporter d’un an ou deux le retour au déficit zéro. C’est que le Québec partage le débat de l’heure de l’Europe: doit-on relâcher l’austérité budgétaire pour aider l’économie?

L’austérité? Mais quel est ce monstre à combattre? L’austérité est présentée par la gauche comme ennemie numéro un. Ce que certains appellent l’austérité, c’est l’idée de vivre selon nos moyens, c’est simplement le fait que les gouvernements doivent essayer d’opérer avec les sommes disponibles de l’année en cours et éviter d’emprunter à chaque année pour boucler le budget. C’est exactement ce que nous avions prévu au Québec pour le printemps prochain: le retour à un budget équilibré.

Dépenses en hausse constante

Sauf que la tâche d’équilibrer le budget est ardue quand on considère des gouvernements où une foule de programmes sociaux et de conventions collectives comportent des mécanismes d’augmentation automatique. Pour réduire les dépenses, il faut sortir le couteau. Or, quand l’économie va mal, comme c’est le cas en Europe et dans une moindre mesure au Canada cette année, couper les dépenses gouvernementales signifie moins de travaux publics, moins d’emplois dans le secteur public, donc des éléments susceptibles de faire plonger le pays plus vite dans un ralentissement économique.

Ce raisonnement fait partie depuis des décennies de la logique des gouvernements modérés, ni trop à gauche, ni trop à droite. Le gouvernement ne coupe pas ses dépenses en temps de récession, au contraire, il dépense un peu plus, il investit dans les infrastructures, quitte à emprunter s’il le faut. Car s’endetter en temps de ralentissement économique est normal pour maintenir l’économie et éviter que le creux de vague soit trop douloureux.

Hypocrisie

Voilà le péché des gouvernements au Québec comme en Europe: cette logique d’une politique budgétaire plus dépensière en temps de récession ou de ralentissement suppose que lorsque l’économie va bien, il faut faire des surplus. Il faut donc rembourser les dettes de la récession précédente et peut-être même faire quelques provisions en vue des jours mauvais, comme l’écureuil. Vous savez très bien que ce ne fut pas le cas. Le Québec a continué à huasser sa dette pendant les années de prospérité faste entre 1994 et 2008. Même chose pour la quasi-totalité des pays européens.

La logique est censée être: on engrange quand l’économie va bien, on pourra emprunter dans les jours difficiles. Mais la politique et les promesses électorales aidant, la réalité est tout autre: on s’endette quand l’économie va bien et on s’engouffre au bord de la faillite quand l’économie ralentit. D’ailleurs, lorsque Paul Martin faisait cavalier seul et remboursait de grosses tranches de la dette du Canada dans les bonnes années, on le dénonçait. En particulier au Québec: «C’est écœurant, le fédéral nage dans les surplus!» J’ai entendu cela plus d’une fois.

Pourtant, malgré les efforts des ministres des Finances du Canada, dès le début de la récession, le Canada est replongé dans des déficits budgétaires astronomiques.

En ces années difficiles, nos dirigeants doivent trouver des recettes ingénieuses pour vivre selon nos moyens sans tuer l’économie. Mais dénoncer l’austérité? S’il y a quelque chose à dénoncer, ce n’est pas l’austérité, mais plutôt l’irresponsabilité érigée en système des gouvernements qui ont continué à s’endetter quand tout allait bien.

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