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Le lait: une vache sacrée ?

Dans Vache à lait, Élise Desaulniers dénonce la mainmise de l’industrie laitière sur le Québec et aborde de front la question du bien-être animal

Le lait: une vache sacrée ?

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Le Québécois moyen consomme grosso modo 80 litres de lait par année. Une quinzaine de litres de moins qu’il y a une génération, mais encore nettement plus que dans bien des régions du monde. Élise Desaulniers, auteure de Vache à lait, Dix mythes de l’industrie laitière (Stanké), croit que le consommateur québécois doit se demander s’il n’est pas temps de se libérer des produits laitiers.

Le Québécois moyen consomme grosso modo 80 litres de lait par année. Une quinzaine de litres de moins qu’il y a une génération, mais encore nettement plus que dans bien des régions du monde. Élise Desaulniers, auteure de Vache à lait, Dix mythes de l’industrie laitière (Stanké), croit que le consommateur québécois doit se demander s’il n’est pas temps de se libérer des produits laitiers. 

À travers son livre, elle s’attache à déboulonner 10 idées selon elles reçues autour des bienfaits du lait et des produits laitiers.

«Je ne suis pas une Brigitte Bardot, soyons clairs». En entrevue, Élise Desaulniers dit ne pas chercher à nuire à l’industrie laitière. Mais comme consommatrice et citoyenne, elle trouve bon d’amener les lecteurs à questionner des notions coulées dans le béton : «Je me suis rendu compte que si l’on pouvait remettre en cause le fait de manger de la viande, et tout un tas d’autres choses, au Québec, avec les produits laitiers, c’était plus difficile.» Elle se demande si au 21e siècle, avec notre vie urbaine et souvent sédentaire, il est encore pertinent de placer le lait au centre de notre alimentation. «Ailleurs, on a fait du chemin sur cette question ».

Comme si le lait faisait partie intégrante de notre culture, de notre identité.

Question nutrition

Bien des experts en nutrition croient que le lait a encore sa place dans nos verres. (voir notre article)

Mais Élise Desaulniers n’en est pas si sûre. Seul l’humain boit le lait d’une autre espèce, fait-elle remarquer. Elle pense qu’il existe de nos jours des substituts très valables au lait de vache, à commencer par les laits végétaux (soja, avoine, amandes, noisette, riz). Et que la consommation de lait ne serait pas sans risque, du moins selon certaines études qui évoquent des allergies ou même des maladies plus graves). À ce sujet, elle estime que l’industrie laitière a réussi très efficacement à orchestrer la riposte à ses détracteurs, notamment en commanditant ses propres études scientifiques, et ses campagnes de promotion.

Vache à lait évoque l’important pourcentage d’adultes qui souffrent d’une intolérance au lactose. Il combat aussi le mythe voulant que l’humain ne peut se passer de lait. «On est plus en 1940, on a le choix».

Espérance de vie : environ cinq ans

La querelle sur le lait n’est pas neuve. Mais un pan entier de Vache à lait l’aborde sous l’angle du bien-être des bovins, à une époque où de plus en plus de gens mettent dans l’équation alimentaire la question de l’éthique animale. Le réflexe n’est-il pas de penser que les vaches à viande souffrent, alors que les vaches laitières, somme toute, s’en tirent bien ? Ce n’est pas l’avis d’Élise Desaulniers, qui amène le lecteur à s’interroger sur le sort de la laitière, condamnée pendant sa courte vie (l'âge moyen à la sortie du troupeau est d’environ 5 ans et demi et l’âge moyen des vaches est de 4 ans et 7 mois.), à se reproduire pour activer la lactation, à se faire arracher son petit dès la naissance, à se faire traire, confinée en stabulation «libre», jusqu’au jour où, épuisée, malade ou devenue stérile, elle sera expédiée vers l’abattoir, dans des conditions que le plus méritant des producteurs laitiers ne contrôle nullement.

Une industrie sensible au bien-être animal

Sur cette question, l’industrie laitière estime au contraire que ses membres font tout en leur pouvoir pour prodiguer un bon environnement à leurs vaches. Steve Adam, expert en confort, comportement et bien-être animal au centre d’expertise Valacta, lié à l’industrie laitière, dit même que c’est une question de rentabilité, car une vache mal traitée produit moins de lait. Il ajoute que l’industrie cherche à progresser sur la question de l’éthique animale, visant à se doter de politiques plus complètes d’ici 2020.


► Valacta est un centre d’expertise en production laitière

► Le code de pratique pour le soin et la manipulation des animaux est disponible en ligne à : https://www.nfacc.ca/francais

► Élise Desaulniers, auteure et conférencière, a déjà publié en 2011 Je mange avec ma tête : les conséquences de nos choix alimentaires

Élise Desaulniers
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