/news/currentevents
Navigation
gangstérisme

UPAC: Portraits des 37 accusés

Coup d'oeil sur cet article

Hier matin, l’UPAC a frappé fort à Laval. Avocats, notaires, commerçants, ingénieurs, entrepreneurs et même l’ex-maire de la municipalité ont été arrêtés. Le Journal présente le portrait de ces 37 accusés.

Hier matin, l’UPAC a frappé fort à Laval. Avocats, notaires, commerçants, ingénieurs, entrepreneurs et même l’ex-maire de la municipalité ont été arrêtés. Le Journal présente le portrait de ces 37 accusés.

Les têtes dirigeantes

1) Gilles Vaillancourt - 72 ans

Élu maire de Laval en 1989, Gilles Vaillancourt a régné sur sa ville pendant 23 ans et sans opposition depuis 2001. La tempête qui a forcé l’homme de 72 ans à quitter la politique en novembre dernier a véritablement commencé en 2010, lorsque l’ex-ministre péquiste Serge ­Ménard et le député libéral de Vimont, Vincent Auclair, affirment que M.Vaillancourt leur a offert de l’argent comptant pour les aider à mener leurs campagnes électorales. Malgré ces révélations, non seulement le maire de Laval demeure sourd aux appels de démission, mais il menace de poursuivre les deux hommes. Le maire de Laval sera toutefois suspendu du conseil d’administration d’Hydro-Québec et se retirera du comité des finances de l’Union des municipalités du Québec. En juillet 2011, de nouvelles allégations de malversations viendront ébranler «son royaume». On apprend que le parti PRO des Lavallois du maire Vaillancourt a financé des activités partisanes avec des fonds accordés pour la recherche et le ­secrétariat. En août dernier, un ex-collecteur du PQ, Claude Vallée, affirme avoir reçu 10 000$ en espèces de M.Vaillancourt. Le 12 novembre 2012, Gilles Vaillancourt quitte ses fonctions en se disant «profondément blessé», mais assure avoir «toujours agi dans l’intérêt des Lavallois, en pensant d’abord à leur mieux-être et à celui de leur famille».


2) Claude Asselin - 70 ans

Ancien directeur général de la Ville de Laval, Claude Asselin a pris sa retraite en 2006 après avoir été à sa tête pendant 17 ans. Auparavant, il avait été responsable du service d’urbanisme de la municipalité. C’est lui qui était en poste au ­début des années 1970, lors du scandale de la vente d’un terrain au groupe Oshawa. Ce dernier avait contribué à la campagne à la mairie de l’ancien maire Lucien Paiement.

Toute cette histoire avait conduit à la création de la Commission d’enquête Brabant à la fin des années 1970.

Après sa retraite de la Ville de Laval, M. Asselin s’est joint à la firme d’ingénierie Dessau en tant que vice-président. Selon des documents récemment déposés devant la commission Charbonneau, il serait administrateur du Groupe ­Gauthier Biancamo Bolduc / Plania inc. une filiale de Dessau.

Après avoir acheté un condo de luxe en mars 2011 au même promoteur que celui de la tour Regency du chemin des ­Cageux qui a fait couler beaucoup ­d’encre, il l’a vendu à sa femme 1 $ à la fin de l’été de la même année.


3) Claude Deguise - 57 ans

Claude Deguise est l’ex-directeur du service de l’ingénierie pour la Ville de Laval. Employé à l’administration ­lavalloise pendant 11 ans, il a quitté son poste en février 2008, suite à la décision de la Ville de restructurer le Service de l’ingénierie.

En 2012, des reportages ont fait ­surface indiquant que M. Deguise a approuvé un contrat lucratif accordé à la firme de génie-conseil CIMA+ pour «coordonner» la rénovation de ses usines d’eau potable. Ce contrat aurait finalement couté 3,5 M$ à la Ville pour les services de sept ­personnes, dont une payée 1 M$, et a été octroyé par M. de Guise trois jours avant son départ. De plus, ce chantier était déjà plombé par un dépassement de coûts de 60% depuis 2009.

L’ancien directeur de l’ingénierie de la Ville de Laval s’est ensuite retrouvé directeur principal de projets à la ­Société des ponts Champlain et Jacques-Cartier inc. Il y est resté jusqu’en février 2011.


Les facilitateurs

4) Me Robert Talbot - 64 ans

Âgé de 64 ans, Robert Talbot est l’avocat de la famille Vaillancourt depuis de nombreuses années. Associé principal dans la firme Talbot et Associés sur le boulevard Daniel-Jonhson à Laval, il partage curieusement les bureaux du cabinet Deveau, Bourgeois, Gagné, Hébert et associés, qui rafle une bonne partie des contrats juridiques de la Ville de Laval. Le bureau d’avocats a catégoriquement nié tout lien avec l’accusé. Pourtant, Robert Talbot figure très clairement dans une de leurs publicités datant du printemps 2012.

Il a déjà été présenté comme avocat «affilié au groupe» depuis 2004 sur le site internet de la firme. Une mention qui a aujourd’hui disparu. Notons que le cabinet Deveau, Bourgeois, Gagné, Hébert et associés a également été mentionné à la commission Charbonneau par l’ex-organisateur politique Gilles Cloutier en lien avec l’organisation d’élections «clés en main». Au registre des entreprises, le bureau de Me Talbot est désigné comme l’adresse de correspondance des magasins de meubles tenus par la famille de l’ancien maire de Laval. Il a obtenu sa licence de droit en 1972 et son admission au barreau en 1974.


5) Me Pierre Lambert - 63 ans

Avocat chez Dunton Rainville, ex-­gouverneur de la Chambre de ­commerce et d’industrie de Laval et ex-secrétaire de la Cité du savoir à Laval et président de la Caisse populaire des Mille-Îles, Me Lambert a fait son apparition dans les médias en 2012 lorsque l’Agence QMI a découvert que son cabinet avait obtenu plus de 25 M$ en contrats de la Ville de Laval.

Spécialiste dans le domaine des affaires municipales, l’avocat est un des hommes de confiance de l’ancien maire Gilles Vaillancourt, qui lui confiait souvent l’avancement des grands dossiers de la Ville. Me Lambert a notamment été le répondant et consultant légal de ­Laval pour la Cité de la culture et du sport, qui gère le projet de la Place Bell, ainsi que le complexe Multi-Sports de Laval.

Ses liens avec l’ancien maire Vaillancourt ont soulevé plusieurs sourcils lorsque l’UPAC a fait une perquisition au coffre-fort de ce dernier, qui était dans la Caisse populaire gérée par Me Lambert, en ­octobre dernier.

«Cette arrestation n’était pas attendue de notre part, explique Johanne Lecourt, porte-parole de la Caisse populaire des Mille-Îles. Nous savions que les autorités faisaient une grande enquête, mais on gardait l’idée qu’on est innocent jusqu'à preuve du contraire.»

Selon Mme Lecourt, la succursale est maintenant gérée par un président intérimaire depuis que Me Lambert s’est retiré de la présidence temporairement pour des raisons de santé, en octobre dernier, soit au même mois que la perquisition de l’escouade Marteau.


6) Me Jean Bertrand - 61 ans

Un Lavallois de longue date et un vieux routier de la politique municipale. Il était le responsable du programme de financement du PRO des Lavallois, le parti défunt de l'ex-maire Gilles Vaillancourt ainsi que le trésorier et conseiller juridique du PRO depuis 1984. Il a été avocat-conseil chez Dunton Rainville. Dans un communiqué jeudi, Dunton Rainville précise que Me Jean Bertrand ne travaille plus comme avocat-conseil depuis 2011 «bien que l’entente de conseil n’ait été officiellement résiliée d’un commun accord qu’au printemps 2012.»

En 2011, une enquête de l'Agence QMI avait découvert que M. Vaillancourt et son parti PRO des Lavallois avaient amassé la somme impressionnante de 1,3 million $, notamment grâce à l'appui financier de généreux patrons de ­l'industrie de la construction.

Me. Bertrand n’avait pas caché son rôle à l’époque «Il y a juste moi qui fait de la sollicitation, pas le maire ni les autres élus. Je ne fais aucune promesse, ni aucune pression», avait assuré Me Bertrand.

«Mais si eux (les donateurs), pensent que ça peut leur donner quelque chose de plus, tant mieux. Moi, je ne leur dirai pas le contraire. Je ne veux pas vendre moins de billets (à des soupers de financement)» avait ajouté Me Bertrand, en riant. Me Bertrand avait aussi affirmé respecter toutes les lois et les règles du financement politique.

Il avait déploré le cynisme croissant du public à l'endroit des élus et du financement politique. Me Bertrand avait ­affirmé à l’Agence QMI que lui et le parti ont fait l'objet d'une vérification du Directeur général des élections au moins quatre fois au cours des dernières ­années sans être accusés de quelque ­infraction que ce soit.


7) Jean Gauthier - 75 ans

Âgé de 75 ans, Jean Gauthier est ­aujourd’hui à la retraite. Il a travaillé comme notaire de 1963 à 2007. Selon deux sources politiques de Laval, Jean Gauthier était «un ami et proche du maire Gilles Vaillancourt». Il est connu comme un grand conseiller du maire qui est resté très discret dans les coulisses du pouvoir à Laval.

Il s’occupait avec l'avocat Jean Bertrand des campagnes de financement du parti PRO des Lavallois depuis 1985.


8) Guy Vaillancourt - 70 ans

C'est le frère de l'ex-maire de Laval, Gilles Vaillancourt. Au registre des entreprises, il est le président de la compagnie Vaillancourt Meubles ltée, tenu par plusieurs membres de la famille. L'homme de 70 ans est aujourd'hui accusé d'avoir aidé son frère à commettre des actes criminels.


Les entrepreneurs et les ingénieurs

9) Serge Duplessis - 59 ans

Ex-vice-président aux affaires corporatives chez Dessau, il a été arrêté en ­octobre dernier par l'UPAC qui cherchait à démanteler un réseau de partage de contrats municipaux sur la Rive-Nord de Montréal. Duplessis faisait ainsi déjà face à des accusations de fraude, complot et abus de confiance avant même son arrestation hier.

Il y a quelques mois, il a fait don à la ­fiducie Desnoyers/Duplessis de sa maison dont la valeur est évaluée à plus de 400 000 $. Les fiduciaires ne sont nul autre lui et son frère, Marc Duplessis.


10) Laval Gagnon - 55 ans

Cet ingénieur de 55 ans travaille au bureau ­lavallois de la firme de génie-conseil Groupe SM depuis deux ans. «Avec ce qui s'est passé aujourd'hui, M. Gagnon a été suspendu jusqu'à nouvel ordre», a indiqué la compagnie. En 2008, alors qu'il était directeur Services urbains chez Cima +, il a remporté un prix du génie-conseil décerné par l'Association des ingénieurs-conseils du Québec ­mettant en avant les "bonnes pratiques dans la réalisation de projets".


11) Yanick Bouchard - 45 ans

Ancien vice-président aux infrastructures municipales de GENIVAR pour l'ouest du Québec, il aurait trempé dans la fausse facturation si l'on en croit le ­témoignage de son ex-collègue et ­coaccusé François Perreault devant la commission Charbonneau.

Bouchard a dirigé pendant plusieurs ­années le bureau de Laval de GENIVAR où l'UPAC a mené une importante perquisition en novembre dernier.

Bouchard aurait aussi participé à l'organisation d'un cocktail de financement de l'ex-ministre libérale Line Beauchamp où l'influent membre de la mafia Domenico Arcuri aurait été présent, selon ce que certains médias ont rapporté.

Il y a quelques mois à peine, lui et son épouse ont fait don de leur maison à deux fiducies portant chacune leur nom. La résidence est évaluée à plus de 600 000$.


12) François Perreault - 54 ans

Il était jusqu’à tout récemment vice-président, région de l’ouest du Québec pour la compagnie de génie-conseil GENIVAR. En février dernier, l’ingénieur civil a été suspendu de son poste de vice-président après qu’un témoin ait déclaré à la commission Charbonneau que lui et GENIVAR auraient fait des contributions politiques illégales. ­François Perreault démissionnera un mois plus tard en mars, une semaine avant son témoignage à la Commission. Il ­aurait canalisé des contributions ­entre 300,000 $ et 400,000 $ à Bernard Trépanier afin que GENIVAR obtienne des contrats de la Ville de Montréal.

Sa démission est survenue après une enquête interne chez GENIVAR. Dans un communiqué, l’entreprise de génie-conseil avait admis que «La société a maintenant en sa possession de ­nouveaux renseignements qui confirment que des agissements inappropriés ont effectivement eu lieu au Québec par le passé relativement au financement de partis politiques et à l'attribution de marchés municipaux.»

François Perreault était à l’emploi de GENIVAR depuis 1997. Il avait accédé à la haute direction de la société en 2006, alors que GENIVAR préparait son entrée sur les marchés publics.


13) Jocelyn Dufresne - 57 ans

Âgé de 57 ans, Jocelyn Dufresne est un entrepreneur en construction. Il est ­président de la compagnie de pavage Jocelyn Dufresne inc., dont il est premier actionnaire majoritaire par l’intermédiaire de la fiducie Jocelyn Dufresne. La firme a remporté pour 3,99 millions $ en contrats par la Ville de Laval en 2010. Jocelyn Dufresne et des administrateurs de la compagnie de pavage ont fait des dons à hauteur de 1750 $ lors de la campagne de financement du parti du maire Gilles Vaillancourt en 2009.

Jocelyn Dufresne inc. s’est aussi associé à Devco construction inc. pour créer ­Entreprises Devco Dufresne inc, «un nouveau concept de service clef en main dans le domaine de la construction». Jocelyn Dufresne est également premier actionnaire majoritaire, par l’intermédiaire de la fiducie familiale Jocelyn Dufresne, des entreprises Groupe Immobilier Dufresne inc. et Investissements Dufresne inc. Il est actionnaire majoritaire, par l’intermédiaire de la ­fiducie Jocelyn Dufresne, de Déneigement Trans-Laval inc.


14) Valmont Nadon - 76 ans

L’homme d’affaires Valmont Nadon est à la tête de l’entreprise Valmont Nadon Excavation, une des entreprises qui a obtenu la gestion du Carré Laval, ­l’ancienne carrière Lagacé, comme dépotoir entre 2004 et 2006 avec l’entreprise Disposition Remblai. Selon une enquête de l’Agence QMI. Ces deux entreprises auraient obtenu près de 2,5 millions $ de fausses factures. Selon la même enquête, l’entreprise de M. Nadon aurait aussi obtenu 1 million $ de plus en fausses factures en 2007 d’un homme maintenant en prison pour trafic de cocaïne et de marijuana. Selon ­Revenu Québec, Valmont Nadon Excavation aurait utilisé ce qui est appelé des factures d’accommodations pour transmettre des documents faux et trompeurs sur les taxes de vente au gouvernement. L’entreprise de M. ­Nadon avait été perquisitionnée par l’UPAC en octobre 2012. M. Nadon était connu comme un généreux donateur du PRO des Lavallois, le défunt parti politique de l’ex-maire Gilles ­Vaillancourt.


15) Antonio «Tony» - Accurso - 62 ans

C’est la troisième fois en moins d’un an, que l’homme d’affaires Tony Accurso se fait passer les menottes. Arrêté en 2012 dans le cadre de l'opération Gravier et par la GRC pour fraude fiscale, l’entrepreneur âgé de 60 ans s'est retiré du monde des affaires en octobre dernier. Depuis quelques années, M. Accurso et ses entreprises sont associés à des histoires de fraude, de complot, de corruption et d'abus de confiance. L’entreprise familiale Constructions Louisbourg de Laval qu’il a reprise en 1982 a grandi ­notamment grâce à l'aide du Fonds de solidarité de la FTQ, tout comme d’autres entreprises lui appartenant et qui formeront un empire aux nombreuses ramifications. Les entreprises de M. Accurso ont fait affaire avec des ­municipalités dont Laval et Montréal, de même qu'avec Hydro-Québec et le ministère des Transports du Québec. Le luxueux yacht de Tony Accurso baptisé le « Touch» a souvent fait les manchettes pour avoir reçu la visite de ­personnalités des milieux politiques, d'affaires et syndicaux. Ce fut le cas de l'ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal Frank Zampino, l’ex-maire de Mascouche Richard Marcotte, le président de la FTQ Michel ­Arseneault, de même que des ministres du Parti libéral du Québec, ce que Jean Charest a toujours nié. L'ancien président de la FTQ Louis Laberge s'était lié d'amitié avec Tony Accurso. C'est lui qui a présenté M. Accurso à Michel Arseneault, actuel président.


16) Joseph Molluso - 70 ans

Il a été président de Construction Louisbourg. L’entrepreneur a été un des bras droits les plus importants de Tony ­Accurso. Âgé de 69 ans, il demeure à Deux-Montagnes.


17) René Mergl - 65 ans

Le nom du fils d’Anthony Mergl a ­rebondi devant la commission Charbonneau en février dernier. Son bon ami Giuseppe «Joe» Borsellino de Construction Garnier a expliqué qu’il savait que ce dernier était très actif à Laval et qu’il savait comment ça marchait. L’entreprise Nepcon dont Éric Mergl est le vice-président a obtenu pour environ 40 millions $ en contrat de Laval dans les années 2000. «(À Laval), c’est les firmes de génie qui contrôlent le travail», avait indiqué Borsellino qui jouait au golf régulièrement avec Mergl. René Mergl a également été administrateur de l’Association québécoise des entrepreneurs en infrastructure au cours des dernières années.


18) Anthony Mergl - 80 ans

Très proche du maire Gilles Vaillancourt, il a été arête dans le même immeuble à condos sur la Promenade Paton, hier matin. Il a acquis son condominium dans le complexe Le Versailles pour 245 000 $ en 1998. Il est également le beau-frère du conseiller municipal, Jean-Jacques Beldié. L’homme de 79 ans est à la tête de plusieurs entreprises avec sa famille notamment Industries A. Mergl qui a obtenu des mandats de la Ville de Laval pour du mobilier urbain. Il est toutefois connu davantage comme actionnaire majoritaire et fondateur de l’entreprise Nepcon, spécialisée dans le génie civil et les travaux d’infrastructure. En 2011, une enquête d’Andrew McIntosh de l’Agence QMI avait permis de découvrir que la famille Mergl avait donné pour 4000 $ au parti Pro des Lavallois pour la campagne électorale de 2009. Nepcon, Industries A. Mergl et Constructions Mergad avaient ensuite obtenu pour 12,7 millions $ de contrats de la ville en 2010. Au cours des deux dernières années, Anthony Mergl et Nepcon ont engagé un bras de fer avec l’Agence du revenu du Québec qui estime que l’entreprise a eu recours à des fausses factures ou factures de complaisance. Selon les documents de cour, ­Revenu Québec a identifié huit sous-traitants ou fournisseurs qui auraient permis ce stratagème. Les huit sont reliés à un dénommé Richard Colette et se sont succédés auprès de Nepcon pour de courts mandats. La plupart seraient aujourd’hui introuvables. Dans sa contestation des avis de cotisation, les avocats de Nepcon disent que les travaux ont bel et bien été faits par les sous-traitants et que rien ne laissait présager qu’ils ne rencontraient pas leurs obligations fiscales. Anthony Mergl est aujourd’hui président de Nepcon transport qu’il a créé en 2011 et dont l’actionnaire principal est une fiducie à son nom.


19) Marc Lefrançois - 55 ans

Marc Lefrançois est à la tête de la firme Poly-Excavation visée par les ­perquisitions de l’Unité permanente ­anticorruption (UPAC) l’automne dernier. L’entreprise familiale a été fondée par son père, Léo Lefrançois, qui de son vivant, était un partenaire ­d’affaires du maire Gilles Vaillancourt dans une société immobilière, parc ­domiciliaire Boisbriand. Depuis 1995, Marc Lefrançois assure la direction de la compagnie dans laquelle l’ex-maire de Laval a conservé des intérêts jusqu’au début des années 2000.


20) Giulino Giuliani - 62 ans

Il est le président de l’entreprise Guiliani inc, spécialisée en construction et en travaux de génie civil. Située à Laval, l’entreprise a reçu la visite de l’UPAC en octobre dernier dans le cadre d’une perquisition.

Celle-ci avait un lien avec la vague de perquisitions réalisées une semaine auparavant, alors que l’UPAC avait débarqué à l’une des résidences de l’ex-maire Gilles Vaillancourt.

À la commission Charbonneau, l’ex-entrepreneur Lino Zambito a indiqué que Giualini inc. faisait partie des entreprises qui se partageaient la plupart des contrats à Laval.


21) Patrick Lavallée - 40 ans

L’homme de 40 ans serait impliqué au sein de l’entreprise Dufresne Asphalte. Lors de son témoignage à la Commission Charbonneau, André Durocher, de la firme Excavations Panthère a révélé que Patrick Lavallée avait représenté deux entreprises de Laval, Poly-Excavation et Dufresne Asphalte, lors d’une rencontre réunissant une vingtaine d’entrepreneurs au Ramada Inn de Blainville, le 10 mai 2008.


22) Louis Farley - 50 ans

Vice-président et membre du CA de la firme de génie-conseil Cima +, il s’est retrouvé dans un litige en cour pour la propriété de terrains à St-Jérôme au cours des derniers mois. Le promoteur immobilier Dominic Bissonnette et lui étaient partenaires à parts égales lors de l’achat de ce terrain, d’un million de pieds carrés, destiné au développement résidentiel. Dans le procès au civil, ­Dominic Bissonnette a dit avoir remis 5000 $ à Louis Farley destinés à récompenser l’ancien directeur général adjoint de la ville, Pierre Ratthé. Tant Farley que Ratthé ont nié ces affirmations. Louis Farley est entré chez Cima + en 1992 après la fusion de son entreprise. Il était notamment chargé de projets dans les dossiers nécessitant un suivi particulier dans le Grand Montréal. Depuis 2011, il s’occupe aussi de développement des affaires dans l’Ouest canadien. Le mandat d’arrestation délivré hier mentionne d’ailleurs une adresse à Edmonton en Alberta.


23) Guy Jobin - 60 ans

L’ingénieur Guy Jobin est à la tête des compagnies Equiluqs et LUQS. La première est une firme d’ingénierie-conseil alors que la seconde œuvre en informatique plus particulièrement dans l’estimation des coûts de projets dans le domaine de la construction. Guy Jobin est membre du conseil d’administration de Laval Technopole, l’agence de développement économique de la municipalité. Bien impliqué dans la communauté, il a notamment présidé le conseil d’administration de la Fondation de la Cité de la Santé de Laval.


24) Robert N. Cloutier - 75 ans

Il a présidé la firme d’ingénieurs MLC Associés Inc., qui a des bureaux à Montréal et à Laval.

En novembre 2012, le bureau de Laval de la firme avait été perquisitionné par l’Unité permanente anticorruption.

Âgé de 75 ans, Robert Cloutier a été très impliqué auprès de la communauté d'affaires de Laval dans les années 1990. En 2003, il a remporté le prix Méritas Hommage de la chambre de commence de Laval, qui salut l’héritage des bâtisseurs de Laval.


25) Michael « Mike » Mergl - 72 ans

Impliqué dans l’entreprise Construction Mergad dont il était l’un des trois actionnaires avec sa femme Lise, l’entreprise de construction avait obtenu de petits mandats de la Ville de Laval avant de déclarer faillite l’an dernier. La compagnie devait alors 291 000 $ au ministère du Revenu du Québec et 148 845 $ à l’Agence du revenu du Canada. Il est également à la tête de l’entreprise Mergl Excavation. Lors de son témoignage ­devant la commission Charbonneau, ­André Durocher avait indiqué que Mike Mergl faisait partie d’un petit groupe qui avait réuni des entrepreneurs pour tenter de mettre en place un système de collusion pour les contrats publics sur la Rive-Nord de Montréal. En 1993, Mike Mergl avait cédé sa résidence à sa femme, pour la somme d’un dollar. Elle avait été achetée quatre ans plus tôt pour ­189 147 $.


26) Guy Desjardins - 45 ans

Il était directeur d'Asphalte Desjardins, une entreprise familiale de Terrebonne bien établie sur la Rive-Nord de Montréal. Il est le neveu de Claude Desjardins, le secrétaire de la compagnie, qui a aussi été arrêté hier.

Devant la commission Charbonneau l'automne dernier, l’entrepreneur André Durocher a indiqué que Guy Desjardins lui aurait demandé de « se tasser » d'un contrat d'aménagement d'une piste cyclable à Mirabel, en 2009.

Il lui aurait proposé d'envoyer une soumission de complaisance plus élevée que 1,2 million $, le prix que Desjardins espérait obtenir pour les travaux. Durocher dit avoir refusé, et le contrat a finalement été attribué pour moins de ­ 600 000 $, après un appel d'offres en ­libre concurrence.

À la suite d’un différend familial, Guy Desjardins a quitté l’entreprise. L'homme de 44 ans dirige maintenant les Entreprises Guy Desjardins inc, à Saint-Jérôme.


27) Claude Desjardins - 60 ans

Il est coadministrateur de l’entreprise Asphalte Desjardins. L’UPAC a débarqué dans les locaux de cette entreprise située à Terrebonne, en octobre dernier, afin d’y mener une perquisition. Celle-ci était en lien avec plusieurs perquisitions effectuées une semaine auparavant sur la Rive-Nord de Montréal, dont une dans une résidence de l’ex-maire de Laval, Gilles Vaillancourt.

À la Commission Charbonneau, Asphalte Desjardins a été dépeint par l’entrepreneur Lino Zambito comme l’un des principaux joueurs du système de collusion permettant à quelques entreprises d’obtenir la plupart des contrats accordés par le ministère des Transports du Québec dans la région de Montréal.

En octobre dernier, le procureur en chef de la commission Charbonneau, Sylvain Lussier, a délaissé ses fonctions en réaction aux allégations de conflits d’intérêts qui lui étaient adressées. En pratique privée, Me Lussier a déjà représenté l’entreprise Asphalte Desjardins.

L’entreprise a aussi été nommée par l’organisateur politique Gilles Cloutier qui a dit avoir déjà organisé un cocktail de financement où des entrepreneurs pouvaient payer 1000 $ afin d’avoir droit à une rencontre de cinq minutes avec le ministre péquiste Guy Chevrette, en 2001. Asphalte Desjardins faisait partie des entreprises présentes, s’est rappelé M. Cloutier.


28) Lyan Lavallée - 60 ans

L’homme de 59 ans est président de l’entreprise lavalloise Ciments Lavallée, qui faisait autrefois partie de l’empire de Tony Accurso. Ciments Lavallée, qui se spécialise dans les trottoirs et bordures, a récemment été achetée par Investissements Hexagone, dont deux des fils d’Accurso sont actionnaires. Ils ne siègent toutefois pas au conseil d’administration, formé de cinq membres indépendants et quatre membres actionnaires. Le nom de Lyan Lavallée a notamment été cité à la commission Charbonneau par l’ex-directeur des travaux publics de la Ville de Montréal, Robert Marcil, qui a avoué être allé chasser le chevreuil dans les années 2000 avec le résident de Rosemère.


29) Mario Desrochers - 57 ans

Selon deux sources, Mario Desrochers, 57 ans, a été directeur général de l’entreprise de construction Sintra. Il a été nommé à la Commission Charbonneau par Michel Lalonde, de l’entreprise Génius, parmi les responsables de 16 entreprises de construction qui auraient accepté de verser le quart de leurs extras en argent liquide pour financer des partis politiques.


30) Luc Lemay - 65 ans

Joint au téléphone, le résident de Sainte-Anne-des-Plaines n’avait pas de commentaire à faire sur les graves accusations portées contre lui. Luc Lemay, qui aura 65 ans dans quelques jours, est vice-président et estimateur chez J. Dufresne Asphalte, une entreprise de génie civil ayant pignon sur rue à Laval et spécialisée dans les travaux d’égout, drainage, réfection de trottoirs, de bordures et de pavage. L’entreprise a fait l’objet d’une perquisition de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) en octobre dernier, où des documents et du matériel informatique avaient été saisis en collaboration avec le Bureau de la concurrence. L’Agence QMI a révélé qu’en 2010, J. Dufresne Asphalte a reçu près de 4 millions $ en contrats de la Ville de Laval et ses propriétaires ont ensuite donné 1750$ au parti du maire Gilles Vaillancourt.


31) Leonardo Moscato - 48 ans

Âgé de 48 ans, il a été président de Construction Timberstone inc, une firme très connue à Laval. L’entreprise a été citée pendant la Commission Charbonneau comme faisant partie de la liste des 74 compagnies de construction aperçues par la GRC dans le stationnement du Café Consenza, le repaire de la mafia montréalaise, entre 2002 et 2006. L’entreprise avait fait aussi les manchettes en 2009 pour des travaux bâclés d’asphaltage à Laval.


32) Carl Ladouceur - 48 ans

Carl Ladouceur est l’actionnaire majoritaire de Carl Ladouceur Excavation inc. une entreprise située au 1640 St-Elzéar Ouest à Laval. Il réside à Saint-Adolphe- d’Howard. En février 2011, Carl Ladouceur Excavation avait été identifiée dans un article publié par l’Agence QMI, comme une entreprise qui avait contribué pour un montant de 1000$ au « trésor de guerre » du parti PRO du maire Gilles Vaillancourt. Carl Ladouceur Excavation avait obtenu au moins trois contrats de déneigement de la ville pour 256 000 $. Carl Ladouceur détient également le contrôle majoritaire de Carl Ladouceur Construction inc. et de Vision Plus-Inspection Camera inc.


33) Normand Bédard - 60 ans

Après avoir été président-directeur général de l’entreprise de construction Sintra, il a été nommé vice-président de la maison-mère de la compagnie, Colas Canada, en 2011. Lors de son témoignage à la Commission Charbonneau, Jacques Duchesneau avait affirmé que deux entreprises, Sintra et Construction DJL, contrôlaient presque les deux tiers de la production d’asphalte au Québec. L’ex-ingénieur Luc Leclerc avait aussi révélé que Sintra avait des travaux sur sa maison, à Brossard.


34) Yves Théberge - 56 ans

est ingénieur et un des trois vice-présidents exécutifs de CIMA+, située au 3400 boulevard du Souvenir à Laval. Il réside à Repentigny. Il siège au conseil d’administration de cette société depuis 1997. C’est lui qui chapeaute l’ensemble des services multidisciplinaires de CIMA+, une société spécialisée en ingénierie, en gestion de projets, en urbanisme, en nouvelles technologies et en environnement. CIMA+ emploie plus de 2,200 personnes et se classe parmi les plus importantes sociétés de services-conseils au Canada et en Amérique du Nord. Depuis 2001, CIMA+ s’est classée à neuf reprises parmi les 50 sociétés les mieux gérées au Canada. Yves Théberge est directeur du bureau de Montréal avec ses 500 employés. Il supervise également plus de 400 personnes en infrastructures réparties dans une quinzaine de bureaux, dont onze au Québec et quatre en Ontario. Lors de son témoignage devant la Commission Charbonneau, l’ex-organisateur Martin Dumont d’Union Montréal avait fait allusion au moins trois fois à Yves Théberge de CIMA+. Également lors du témoignage à la commission Charbonneau, de l’enquêteur de la Commission Érick Roy, ce dernier avait identifié Yves Théberge sur la liste des visiteurs au restaurant 357c dans le Vieux-Montréal. Au Registraire des entreprises du Québec le nom de Yves Théberge apparaît comme administrateur dans une vingtaine d’entreprises, dont l’une qui est détenue par une fiducie familiale à son nom, la Fiducie Yves Théberge. C’est en avril 2009, que Yves Théberge alors vice-président exécutif de CIMA s’était associé à Fahey & Associés pour former l’une des plus importantes entreprises en solutions en ingénierie et en urbanisme au Québec.


35) Rosaire Sauriol - 52 ans

Rosaire Sauriol est l’ancien vice-président de l’entreprise Dessau, la 6e firme d'ingénierie en importance au Canada et parmi les 60 premières au monde. L’entreprise Dessau, a été cofondée par son père Paul-Aimé, en 1957. En mars dernier, moins d’une semaine après son passage devant la commission Charbonneau, Rosaire Sauriol quitte ses fonctions de vice-président, poste qu’il occupait depuis 2006. Lors de son témoignage, M.Sauriol a admis avoir fait pour 2 millions $ de fausses facturations afin de contribuer au financement de partis politiques. Les employés de la firme de génie-conseil qui faisaient des dons étaient ensuite remboursés par l'entreprise. Ainsi, entre 1998 et 2010, des cadres et des employés ont versé près de $1 million aux deux grands partis, le PQ et le PLQ. Dessau ne subissait aucune pression, assure M. Sauriol. «C'était une pratique courante », a-t-il confié. En 2010, devant les nombreuses enquêtes policières et journalistiques, Dessau cesse et dénonce ses pratiques de fausse facturation aux autorités fiscales dans le cadre d'un processus de divulgation volontaire. Lors de son témoignage, Rosaire Sauriol a également affirmé avoir rencontré l'ex-ministre libérale Line Beauchamp à deux reprises en 2007, au club privé 357c.


36) Alain Filiatrault - 42 ans

Cet ingénieur est président et premier actionnaire de Filiatrault, McNeil et associé, un bureau de consultants en ingénierie et en construction installé à Laval.

Sa firme fait partie de celles qui ont beaucoup donné au parti de l'ex-maire Vaillancourt, mais aussi beaucoup reçu de contrats.

En effet, l'Agence QMI rapportait que Filiatrault et ses proches avaient contribué à hauteur de 2 500 $ en 2009 à la campagne de M. Vaillancourt. L'année suivante, elle obtenait pour 702 572 $ de contrats.

Filiatrault est par ailleurs le fils du défunt mari de l'ex-ministre libérale Michelle Courchesne, Normand Filiatrault.


37) Daniel Lavallée - 55 ans

L’accusé de 55 ans est président de Lavallée & Frères, entrepreneur général dans le domaine de la construction et du déneigement, qui a obtenu de nombreux contrats à Laval au fil des ans. Les employés de l’entreprise lavalloise contactés au téléphone se sont abstenus de commenter les accusations déposées contre leur patron, un résident de Rosemère. Daniel Lavallée s’avère être l’oncle de l’actuel maire de Laval, Alexandre Duplessis. Ce dernier a déjà indiqué aux médias dans le passé ne voir son oncle que quelques fois par année lors de réunions de famille.

 

ce qu’ils ont dit...
«
 On est dans une société de droit. Ce que nous souhaitions est en train de se réaliser. La justice doit suivre son cours. »
-La première ministre
Pauline Marois
«
Ce qui se passe actuellement à Laval, sait-on jamais si ça pourrait se produire ailleurs au Québec. Ça démontre que les policiers font leur travail, que les enquêtes aboutissent. »
- Le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron
«
Gangstérisme?! Je ne sais pas quoi vous dire, on ne sait plus quoi vous dire, a-t-il réagi en apprenant la nature des accusations. Je n’avais pas des bonnes relations (avec Vaillancourt)... Puis je ne suis pas sûr que ça va changer aujourd’hui. »
- Régis Labeaume,
maire de Québec
«
C’est difficilement imaginable qu’il y ait autant de monde sur cette liste. »
- Alexandre Duplessis, maire de Laval par intérim, surpris par l’ampleur de l’opération.
«
On a besoin de petits gestes et de grands gestes pour changer le cours des choses. On revient au jeu de base: le respect de la loi, l’éthique et l’honneur .»
- Diane Lemieux, présidente de la Commission de la construction du Québec
«
C’est une grande satisfaction de voir que les enquêtes ont abouti pour faire tomber ce réseau de corruption et de collusion basé sur la complaisance. »
– Jean-Claude Gobé, candidat à la mairie du parti Action Laval
Commentaires