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Jeux de pouvoir

Réalité économique

Bloc Hebert

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Pas facile, la réalité. Surtout la réalité économique. En campagne électorale, on peut dire n’importe quoi ou presque. Promettre mer et monde, des vallées verdoyantes et des redevances minières au bout d’un arc-en-ciel. Il suffit d’en parler avec conviction, de fournir des tableaux et des communiqués.

Pas facile, la réalité. Surtout la réalité économique. En campagne électorale, on peut dire n’importe quoi ou presque. Promettre mer et monde, des vallées verdoyantes et des redevances minières au bout d’un arc-en-ciel. Il suffit d’en parler avec conviction, de fournir des tableaux et des communiqués.

C’est un peu ce qu’a fait Pauline Marois durant l’été 2012 en se disant capable de doubler la contribution fiscale des minières. La pub électorale du PQ montrait un camion dont la benne déchargeait de ridicules cailloux. C’était ça, supposément, le Plan Nord de Jean Charest: que des grenailles!

Efficace, cette publicité. Les Québécois, qui ne savent généralement pas l’importance des minières dans l’économie, ont cru qu’ils étaient floués et qu’ils pourraient faire fortune avec les ressources naturelles. Ils ont été nombreux à croire Mme Marois capable de faire ce qu’elle disait.

Démission évitée

Lundi, malgré tout le talent des gymnastes des Finances, les acrobaties comptables n’ont leurré personne: le nouveau régime minier du Québec ne changera rien à la détresse budgétaire du gouvernement. Vaut encore mieux, pour le gouvernement, miser sur la SAQ... C’est d’ailleurs ce que fait plus ou moins élégamment Nicolas Marceau en permettant aux joueurs des casinos de parier

en s’enivrant... 

On comprend le malaise de la ministre Martine Ouellet, qui ne craint rien ni personne, et qui visait un régime minier plus énergique. Les rumeurs de son mécontentement étaient d’ailleurs telles qu’elle s’est résignée à écrire sur Twitter: «Je n’ai pas l’intention de démissionner»...

Encore heureux! Ça aurait été catastrophique pour Mme Marois. Mais Martine Ouellet n’est pas satisfaite du résultat obtenu par son collègue Marceau et cachait mal son inconfort devant les perspicaces journalistes de la presse parlementaire.

Marché mondial

Le nouveau régime minier ne rapportera que 50 millions de plus, à compter de 2015, soit 376 millions par année. Il est déjà permis d’en douter. Au ministère des Fuites, pardon, au ministère des Finances, on prédit un ralentissement de la demande asiatique et cela poussera à la baisse les prix des matières premières. D’ailleurs, l’impôt minier, minimum ou pas, pourra toujours être reporté.

Il convient ici de rappeler une chose trop souvent passée sous silence: les minières ne versent pas à la société québécoise que de maigres redevances. L’industrie minière offre des conditions de travail enviables aux 35 000 Québécois qu’elle embauche. Les salaires sont généralement supérieurs à 100 000 $. Globalement, les minières versent plus de 3,5 milliards $ annuellement, en salaires et autrement. Des centaines de millions $ en taxes et en impôts. 

Il y a deux façons de voir les choses: favoriser la richesse des travailleurs ou donner davantage à l’État? Au Québec, répondre à cette question vous classera à droite ou à gauche... Du côté des égoïstes capitalistes ou du côté de la vertu...

Plan Nord 2.0

Mardi, au lendemain du deuil minier, Pauline Marois a fait l’aller-retour Québec-Chibougamau pour donner un peu de panache à son «Plan Nord 2.0». Mais ça ne prenait pas un expert pour comprendre que son plan ressemblait pas mal beaucoup à celui qu’a présenté Raymond Bachand dans le budget de 2012-2013, à l’annexe sur les ressources naturelles, page 114.  

Une différence de vingt millions: le PLQ proposait 300 logements sociaux, le PQ en projette 75 de moins... Pour l’essentiel, rien ne change, puisqu’il n’y a rien à changer: le développement du Nord passera toujours par les mêmes actions: construire des routes, des aéroports, des ports, des logements, etc.

Ce fameux Plan Nord, on ignore souvent à qui on le doit vraiment. À Sam Hamad, apparemment. Après l’avoir démis des Ressources naturelles, Jean Charest l’avait chargé de «créer de la richesse». Cela en avait fait sourire plusieurs à l’époque.

Mais le Comité sur la prospérité économique et le développement durable dirigé par M. Hamad en 2007-2008 avait identifié des dizaines de milliards en projets divers, dont plusieurs très importants dans le secteur minier. C’est ce constat qui est à l’origine du Plan Nord, qui ne fut essentiellement qu’une impulsion politique judicieuse, destinée à soutenir les initiatives du secteur privé. En ce domaine, le politique est souvent à la remorque.

Aujourd’hui, confronté à un ralentissement de l’économie, le gouvernement Marois n’a pas le choix d’envisager le développement nordique avec plus de modestie. Les prix ont fléchi et plusieurs projets sont reportés ou temporairement suspendus. Pas de chance.  

 

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