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« Ça veut dire quoi, être québécois ? »

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Je suis nostalgique quand je pense à l’époque où on nous appelait des «Canadiens français». Le mot «Québécois» ne servait qu’à nommer les habitants de la province de Québec. Et, des Canadiens français, il y en avait partout au Canada, et même aux États-Unis, car nos ancêtres ne reconnaissaient pas la frontière entre les deux pays.

Je suis nostalgique quand je pense à l’époque où on nous appelait des «Canadiens français». Le mot «Québécois» ne servait qu’à nommer les habitants de la province de Québec. Et, des Canadiens français, il y en avait partout au Canada, et même aux États-Unis, car nos ancêtres ne reconnaissaient pas la frontière entre les deux pays.

Dans nos cours d’histoire du Canada, une matière importante qui était enseignée au primaire et au secondaire, on nous racontait la glorieuse épopée de nos ancêtres «canayens» et canadiens-français, valeureux explorateurs et défricheurs du continent nord-américain, peuple fondateur du Canada, fier de sa langue et de ses valeurs: la famille, la patrie et l’Église.

Nous sommes Québécois

Pendant les années 70, les souverainistes ont imposé le mot «Québécois» pour remplacer cet embarrassant «Canadien français» aux accents de servitude. Et, autour de ce mot, on a réécrit l’histoire de la nation. À l’école aujourd’hui, des enfants se font dire que les Patriotes étaient des Québécois qui se battaient pour l’indépendance.

L’appellation «Québécois», qui repose d’abord et avant tout sur la notion de territoire, aurait dû nous libérer de notre attrait pour le nationalisme ethnique. Il suffit de vivre au Québec pour être Québécois, alors qu’on ne devient Canadien français que par le sang.

Mais, depuis l’élection du Parti québécois, nous baignons à nouveau dans la soupe identitaire. Avoir une adresse au Québec ne suffit plus.

Le cas Sugar Sammy

La chronique de mardi de mon collègue Mathieu Bock-Côté, très critique envers l’humoriste Sugar Sammy, m’a heurtée de plein fouet. Je ressens un malaise quand on prétend qu’une fédéraliste soft comme moi, qui croit aux vertus du bilinguisme, qui aime Montréal plus bigarrée que pain blanc, n’est pas une vraie Québécoise. Que j’ai une «faille psychologique».

Les chevaliers de l’indépendance ne comprennent-ils donc pas que, sans le vote ethnique, sans le oui de fédéralistes sur la clôture comme moi qui se laisseraient séduire par une souveraineté cosmopolite, le pays du Québec ne se fera jamais?

Je ne défends pas Sugar Sammy, mais quand je vois ce garçon talentueux, fils d’immigrants de l’Inde, qui connaît un succès planétaire grâce à sa maîtrise de quatre langues et qui parle français comme un «de souche» quand il est chez lui, qui ne demande aucun accommodement religieux, qui sait qui est Marie-Mai et qui, lors de son passage à Tout le monde en parle, a dit son appui à la loi 101, je me dis, amenez-en des immigrants comme lui.

Oui, il fait de l’humour politique. Comme tous les humoristes qui se paient des blagues méchantes sur les anglos, ces sous-produits de la race humaine, sur le Canada, ce pays sans culture, ou sur les politiciens fédéraux, ces traîtres à la nation. Il doit y avoir 250 humoristes souverainistes au Québec. Arrive un fédéraliste engagé qui se fout de notre gueule et on grimpe aux rideaux?

Quand Yvon Deschamps appliquait sa thérapie de choc aux Québécois, nous l’applaudissions à tout rompre. Quand Sugar Sammy fait la même chose, on s’estime ridiculisés. Pourquoi? Il est né ici, il a grandi ici. Il vit ici. Sugar Sammy est québécois. Pourquoi n’aurait-il pas le droit de se joindre à la discussion?

Si Sugar Sammy, c’est l’avenir du Québec, ce Québec-là fera partie de mon avenir. L’avenir à l’enseigne du nationalisme ethnique, c’est pas mal moins intéressant.


1 - Robert Charlebois, Qué-Can Blues, 1974

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