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Entrevue

Jacques Parizeau critique Québec «qui doit arrêter d’avoir peur»

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Photo Archives / Agence QMI M. Parizeau

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L’ex-premier ministre péquiste Jacques Parizeau croit que le gouvernement du Québec devrait en faire plus pour stimuler la productivité et la croissance économique, tout en admettant que les premiers mois de règne de Pauline Marois ont été difficiles, s’apparentant à «un apprentissage».

Lors des dernières semaines, M. Parizeau a d’ailleurs senti le besoin de clarifier certaines affirmations qu’il juge fausses notamment en ce qui a trait à la dette et à la situation économique du Québec.

«Il y a quelque temps, j’ai entendu le président du conseil du Trésor (NDLR : Stéphane Bédard) qui disait : il faut accepter toutes ces coupures à l’aide sociale pour éviter de tomber dans la situation de la Grèce ou de l’Espagne. Là, j’ai dit : ça suffit là», a-t-il affirmé en entrevue à TVA.

Selon lui, on utilise souvent les données de la dette brute du Québec ce qui est un non-sens et fait peur aux Québécois.

«Qu’est-ce que c’est la dette brute? C’est la dette sans tenir compte de vos actifs. C’est comme si, vous vous présentez à la banque, vous mentionnez votre hypothèque, vos dettes sur vos cartes de crédit, mais vous oubliez de dire que vous avez un REER, la valeur de votre compte en banque et celle de votre maison. Ça ne tient pas debout», a soutenu M. Parizeau qui affirme que seul le Québec utilise cette comptabilité.

Le déficit zéro cache d’autres réalités

Selon lui, cette obsession de la dette et du déficit zéro est érigée en dogme et revient comme un mantra dans les communications du gouvernement du Québec alors que les problèmes économiques sont tout autres.

Québec devrait d’abord s’attaquer au manque de productivité des entreprises et au manque de formation de la main-d’œuvre. Mais ce n’est pas tout.

«La croissance du Québec est beaucoup trop lente et pas seulement à cause du ralentissement économique, croit M. Parizeau. Notre balance commerciale se détériore et son déficit est rendu à 35 milliards $. Ça indique que nos produits sont de moins en moins concurrentiels. Et forcément, l’étranger ou les autres provinces ont plus de facilité à vendre leurs produits ici.»

Un gouvernement qui «a peur» et qui est «en apprentissage»

En entrevue, l’ex-premier ministre se montre assez critique envers le programme économique du gouvernement péquiste.

«Il y a peu de choses qui se font actuellement. Assez peu de choses. Surtout par rapport à d’autres périodes. En ce moment c’est un peu le calme plat», a constaté M. Parizeau.

Sur les nombreux reculs du gouvernement péquiste, il constate une certaine amélioration après des mois difficiles.

«Disons que c’est un apprentissage difficile, a-t-il dit. Là, il me semble que l’apprentissage est terminé. Je le souhaite. Si on peut arrêter de paniquer sur les finances publiques ou d’avoir peur, je pense qu’on peut recommencer à gouverner correctement.»

Trop d’accent sur le Plan Nord

Une autre critique de M. Parizeau vise le Plan Nord. D’après lui, le gouvernement met trop d’emphase sur le développement du Nord.

«C’est un plan considérable. 47 milliards $ d’investissements d’Hydro-Québec. Mais ça s’adresse a une région où il 125 000 habitants, 50 000 travailleurs. On a mis un accent invraisemblable en croyant que c’est ce qui allait aider l’économie du Québec. Ailleurs, il y a tout de même quatre millions de travailleurs!», s’est-il exclamé.

«Les ressources naturelles, c’est très bien, mais c’est relativement peu de chose sur la création de richesse par rapport au développement des nouvelles technologies, de l’information, de l’industrie de la finance et du manufacturier», a-t-il conclu.


Trois questions à Jacques Parizeau

Q. : Vous constatez que le secteur aéronautique est vital pour Montréal. Vous vous inquiétez d’ailleurs de la réaction du gouvernement libéral lors de la fermeture d’Aveos...

R. : L’aéronautique c’est majeur. Je n’arrive pas à comprendre le peu de réactions qu’on a eues lorsqu’on a licencié 1800 travailleurs. J’ai trouvé la réaction du gouvernement assez faible. Pourquoi y a-t-il une industrie aéronautique à Montréal? Essentiellement, parce que depuis très longtemps, il y a eu des ouvriers spécialisés. C’est la qualité de la main-d’œuvre qui fait que l’aéronautique est un grand centre ici. Quand on voit un licenciement aussi brutal, ça fout la frousse.

Q. : Vous qui avez été premier ministre, mais aussi ministre des Finances, comment jugez-vous la performance de Nicolas Marceau?

R. : Il a été placé dans une situation insupportable et invraisemblable. Le PQ vient d’être élu.

Quelques jours après les nominations, une directrice des communications a dit aux journalistes: voici ce que le ministre des Finances va faire. M. Marceau est à peine assis dans son fauteuil.

Avant même qu’il puisse regarder ses dossiers, ça l’a placé dans une situation intenable. Mais il s’est sorti de là. Je n’aurais pas voulu être dans sa peau, cela n’a pas dû être facile.

Q. : Sur le nouveau régime de redevances du gouvernement Marois.

R. : Il y avait déjà un grand pas de fait par Raymond Bachand. Donc, le PQ a promis de doubler les redevances. Mais ça représentait une charge considérable comparativement à celles des provinces canadiennes.

N’oubliez pas que la frontière du Labrador traverse plusieurs chantiers miniers. Si les entreprises ont trop de charges ici, elles vont aller du côté de Terre-Neuve.

Avec tout ce qui s’est passé, je ne trouve pas que ce soit un bon régime. J’ai une image pour illustrer tout ça: c’est l’illustration parfaite de ce qu’on donnait autrefois de la définition du chameau. C’est un cheval dessiné par un comité!
 

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