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Jeux de pouvoir

Une « erreur monumentale »

Bloc Hebert

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À une certaine époque, ici comme ailleurs dans le monde, il fallait apprendre à se débrouiller pour subvenir à ses besoins. Les gens devaient être «assez actifs pour gagner leur vie et pour obéir à une certaine moralité selon laquelle qui ne travaille pas ne mange pas». Je reprends les mots qu’utilisait Primo Levi pour présenter ses ancêtres.

À une certaine époque, ici comme ailleurs dans le monde, il fallait apprendre à se débrouiller pour subvenir à ses besoins. Les gens devaient être «assez actifs pour gagner leur vie et pour obéir à une certaine moralité selon laquelle qui ne travaille pas ne mange pas». Je reprends les mots qu’utilisait Primo Levi pour présenter ses ancêtres.

À moins bien sûr d’être malade, infirme ou vieillard, il ne fallait pas compter uniquement sur les autres.

Nous ne sommes plus aussi durs envers nous-mêmes et envers les autres. Au Québec, les programmes sociaux se déploient dans tous les secteurs de l’activité humaine. Le développement social est continu, plus facilement que le développement économique.

« Mourir de faim »

Cela n’empêche pas les activistes habituels de manifester ou de faire du tapage à l’Assemblée nationale et des déclarations exagérées, parfois farfelues. Comme cette jeune femme, Amélie Châteauneuf, du Front commun des personnes assistées sociales, qui disait, lors d’une manifestation télévisée, que «des gens vont mourir de faim au Québec». L’enflure verbale n’a jamais fait peur aux professionnels de la compassion et la ministre Agnès Maltais, accusée des pires fautes, n’osait pas donner la réplique avec trop de précision afin de ne pas tomber dans le piège de la controverse.

Pourtant, il serait très simple (et tout à fait vrai) de redire que le Québec offre la couverture sociale la plus généreuse d’Amérique; notre fardeau fiscal extrêmement lourd le prouve...

Budget

À l’Assemblée nationale, une poignée de jeunes gens, les joues rouges et bien nourris, ont perturbé récemment une commission parlementaire en scandant: «Les coupures à l’aide sociale, quelle erreur monumentale». Les distingués agents de la SQ les ont gentiment amenés à l’écart. Une fois, les télés parties, les protestataires se sont tus...

Parlons-en de cette «erreur monumentale». Les compressions à l’aide sociale sont infimes, 19 millions, des poussières par rapport à ce que les Québécois donnent en taxes et en impôts chaque année pour venir en aide aux moins nantis. En soutien direct, en cash si vous voulez, c’est 240 millions par mois. Multipliez par douze et vous aurez la facture annuelle. Ajoutez 875 millions en mesures d’aide à l’emploi et 475 millions pour administrer tout ça. Bref, les Québécois, hyper taxés, sont (de facto) très généreux.

FRAPRU

Évidemment, les protestataires protestent. Ils sont payés pour ça. Par l’un ou l’autre des milliers de groupes communautaires subventionnés, notamment par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale... Il est ainsi fait le modèle québécois : il finance ceux qui le critiquent jour après jour, on dirait un serpent qui bouffe sa queue... Plus de 5000 organismes communautaires au sein desquels œuvrent 25 000 personnes coûteront environ 950 millions cette année.

Ces subventions ne servent pas qu’aux besoins concrets des uns et des autres mais aussi à défendre les «droits» de tout un chacun. Comme le fait le Front action populaire en réaménagement urbain, le FRAPRU dirigé depuis des lustres par François Saillant et à qui on donne chaque année, 104 090 $, en deux versements égaux de 57 090 $. Le FRAPRU demande des logements sociaux mais s’associe à toutes les causes soutenues par les centrales syndicales.

C’est le même FRAPRU qui a bousillé la conférence de presse de Denis Coderre, jeudi. Masques, insultes, bousculade, victimisation télévisée; la démocratie québécoise est malade. Tout est prétexte à la violence, à foutre en l’air la paix sociale, une tactique syndicale éprouvée qui inspire maintenant des imitateurs...

Aide temporaire?

Il y a quelque temps, j’ai lu dans Le Devoir que l’aide sociale devait continuer à être une mesure «temporaire». Ce n’est pas exact, l’aide sociale n’a plus rien de temporaire. Les assistés sociaux le sont pour la plupart durant plusieurs années.

Extrait du dernier rapport du MESS: «La durée moyenne de présence cumulative des adultes avec contraintes temporaires s’établit à près de 12 ans (143,1 mois) alors que celle des adultes sans contraintes à l’emploi est de plus de 9 ans (111,9 mois).  (...) Les adultes avec contraintes pour raison d’âge (55 ans et plus) cumulent en moyenne 16 ans et demi à l’aide financière de dernier recours (198,6 mois)».

Quant aux prestataires du Programme de solidarité sociale, indique le même rapport, «leur présence cumulative moyenne s’établit à 19 ans et demi (234,5 mois)». Ce sera bientôt vingt ans puisqu’il s’agit pour la plupart de gens atteints de maladies incurables.

L’aide sociale est devenue, au fil du temps, un programme standardisé et, autour de la pauvreté, s’est échafaudée une activité bourdonnante, animée par des revendicateurs salariés. À l’image du FRAPRU souvent.

Mais puisque leur propre sort en dépend, ils n’ont pas vraiment pour objectif l’éradication de la pauvreté. Le soutien aux pauvres sert maintenant moins à subvenir aux besoins essentiels des gens concernés qu’à maintenir le statu quo. 

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