/opinion/columnists
Navigation

Manger... et boire québécois

Coup d'oeil sur cet article

De façon générale, je salue la volonté de notre gouvernement de hausser la proportion de produits québécois dans notre assiette. L’objectif est noble: la politique agroalimentaire est fondamentale dans une société autant pour l’économie, pour la santé et pour l’occupation du territoire.

De façon générale, je salue la volonté de notre gouvernement de hausser la proportion de produits québécois dans notre assiette. L’objectif est noble: la politique agroalimentaire est fondamentale dans une société autant pour l’économie, pour la santé et pour l’occupation du territoire.

Mais autant je crois à la sincérité du ministre François Gendron qui en fait la promotion, autant je me demande s’il est conscient des obstacles que nous nous sommes mis nous-mêmes sur le chemin.

Au lendemain de son annonce, j’ai reçu immédiatement des communications de producteurs québécois de produits alcoolisés. Ils se roulent par terre de rire lorsqu’ils entendent un ministre parler de l’importance de consommer les produits de chez nous. Pour eux, le gouvernement du Québec, c’est un adversaire qu’il faut combattre, contourner, esquiver pour espérer faire sa place au soleil.

Des visionnaires courageux

Ici, je parle de gens qui ont un mélange de vision et de courage. Il y a 20 ans au Québec, on faisait bien peu de choses alcoolisées, à part de la bière blonde embouteillée de façon industrielle. Le vin, les spiritueux et les liqueurs fines, on achetait ça de l’Europe. Il fallait de l’audace pour regarder la pomme, la vigne nordique, l’eau d’érable et d’autres produits et se convaincre qu’avec ces matières premières et de la passion, on pouvait produire des produits alcoolisés de qualité. On ne doit pas être plus fous que les autres!

Ah! Il s’est produit quelques petits vins ratés qui pouvaient ressembler à un alliage de jus Welsh et de sirop Lambert. Mais je me dis que sur les siècles d’histoire du vin et des spiritueux en France par exemple, si on avait goûté à tout, on aurait eu quelquefois les larmes aux yeux. Le fait est que le Québec réussit aujourd’hui des produits d’excellente qualité et que notre rapidité d’apprentissage est plutôt impressionnante. Comme pour les fromages d’ailleurs.

SAQ peu intéressée

Au moment où le gouvernement interpelle les grandes chaînes d’alimentation, des chaînes privées, pour faire une meilleure place aux produits d’ici, voilà une occasion en or de donner l’exemple dans les produits alcoolisés. La raison est simple: dans ce domaine, on n’a pas à composer avec des joueurs privés, le gouvernement via la SAQ est l’acheteur et le vendeur quasi-unique. Or, la place laissée par la SAQ aux produits québécois est maigre. Malgré quelques initiatives récentes, l’effort de la SAQ pour acheter et promouvoir les produits québécois ne dépasse pas les politiques d’un Walmart en la même matière. Et quand la SAQ vous donne accès à ses tablettes, c’est en prenant sa majoration de 135 %!

Qu’arrive-t-il au Québécois qui a innové et investi pour développer un produit alcoolisé, mais qui se voit barré des tablettes de la SAQ? Il pourrait s’associer avec les fromageries et les épiceries fines de sa région pour distribuer le fruit de son travail. Ah non, c’est interdit par la loi. Ce qu’on lui permet, c’est de vendre sur les lieux de sa production, dans son vignoble par exemple dans le cas d’un producteur de vin.

Cette contrainte est unique et terrible. Si vous êtes situé sur une voie passante et touristique des Cantons de l’Est, ça peut encore passer. Par contre, si vous opérez dans une région peu touristique et au bout d’un rang qui s’adonne à être un cul-de-sac, alors votre entreprise est pas mal un cul-de-sac aussi.

Du Québécois dans l’assiette, oui. Si on commençait par donner un coup de barre dans le domaine où l’État a la plus grande influence commerciale, la crédibilité du message serait pour le moins renforcée.

Commentaires