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Le village des valeurs

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À l’heure de la commission Charbonneau et du grand cirque Vaillancourt à Laval, il faut un certain aplomb pour songer à rebaptiser la charte de la laïcité qui est projetée du nom de Charte des valeurs québécoises. Un autre nom pour le même gaz de schisme. J’ai presque envie de proposer un moratoire.

À l’heure de la commission Charbonneau et du grand cirque Vaillancourt à Laval, il faut un certain aplomb pour songer à rebaptiser la charte de la laïcité qui est projetée du nom de Charte des valeurs québécoises. Un autre nom pour le même gaz de schisme. J’ai presque envie de proposer un moratoire.

Confirmer et protéger le caractère laïc des institutions québécoises? Oui, et sans retenue. Mais quand le PQ manipule nos frayeurs identitaires, notre méfiance (justifiée) envers l’Islam politique et notre allergie extrême à la religion en général pour accoucher d’une charte de la laïcité, pardon, des valeurs québécoises, dans l’espoir de former un gouvernement majoritaire en 2014, voilà qui est fort déplaisant. Et dangereux.

FRAPPER FORT

Hier, le gouvernement a dévoilé les résultats d’un sondage sur les accommodements religieux (et non plus raisonnables) qui donne toute la marge de manœuvre nécessaire au ministre Bernard Drainville pour frapper fort. Le refus de tout compromis dépasse l’entendement. Selon ce sondage, 73 % des Québécois considèrent qu’encadrer les accommodements religieux, c’est protéger les valeurs québécoises. On quitte le cadre de la laïcité.

Le parcours de la charte promise par Pauline Marois était parsemé d’embûches. Le Québec est déjà un État laïc, c’est-à-dire où il y a séparation de l’Église et de l’État dans le but de les protéger l’un de l’autre. Mais ça ne suffit pas: une majorité de Québécois croient qu’on devrait interdire tous les signes religieux en public. Par exemple, le port du foulard islamique dans les rues. Aucun gouvernement ne pourrait agir de la sorte, au nom de la laïcité, sans se retrouver devant les tribunaux. Oublions le Canada pour un instant, l’article 3 de la Charte des droits et libertés du Québec protège la liberté de religion et de conscience.

Mais, en invoquant de nébuleuses valeurs québécoises, le gouvernement espère peut-être éviter les pièges juridiques de la laïcité, au final assez contraignante. Réglementer le port du hidjab au nom de l’égalité homme-femme, c’est plus rassembleur que d’enlever tout bêtement le droit de le porter au nom d’une laïcité mal comprise.

DES VALEURS QUÉBÉCOISES?

C’était assez amusant d’entendre Bernard Drainville parler de l’égalité entre les sexes comme exemple suprême des valeurs québécoises, comme si nous avions inventé le concept. «Même les anglophones sont pour!» s’est-il exclamé, ravi de sa découverte. Mais, quand on regarde le sondage, c’est à peu près la seule chose sur laquelle les francophones, les anglophones et les allophones s’entendent.

Charte de la laïcité ou charte des valeurs québécoises, nous allons en sortir plus divisés, plus affaiblis que jamais. Et coupés de nos appuis traditionnels parmi les progressistes du monde entier.

Je peine à imaginer quelles valeurs uniquement québécoises pourraient se retrouver dans cette charte, à part peut-être le droit de tout régler par le passage d’une loi, la rédaction d’une charte et la création d’un organisme d’État. Je vois déjà la prochaine étape: l’embauche de fonctionnaires, d’inspecteurs et de juristes. Ensuite, les poursuites. Les médias étrangers vont adorer.

L’Arabie saoudite a sa police des mœurs, nous aurions une police des valeurs. Nous voulons tous la paix, la justice et l’égalité. J’ose ajouter à cette modeste liste de valeurs universelles, la protection contre l’arbitraire et la tyrannie de la majorité.

Si c’est un problème d’immigration, changeons les règles. Problème d’intégration? Investissons. Prosélytisme agressif? Réprimons. Demandes déraisonnables? Disons non. C’est tout.

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