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La sous-traitance, un mirage pour l'État ?

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Photo Archives QMI

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Économies de temps et d'argent, ainsi qu'une plus grande transparence : ces promesses faites par les gouvernements qui sous-traitent du travail au privé ne seraient que des mirages.

Les chercheurs Guillaume Hébert et Simon Tremblay-Pepin en sont arrivés à une telle conclusion dans l'étude intitulée La sous-traitance dans le secteur public: coûts et conséquences. Le document a été publié mercredi par l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS)

La sous-traitance entraînerait avant tout des dépassements de coûts, une moindre qualité et un manque de transparence. Les entreprises qui effectuent le travail à contrat en tireraient profit alors que le public acquitterait une facture plus lourde.

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L'IRIS s'est penché sur une série de contrats pour confirmer sa thèse, de la Société des alcools du Québec (SAQ) jusqu'à l'informatique et à l'hébergement des personnes âgées.

Le contrat d'entretien ménager des succursales de la SAQ a retenu son attention parce qu'il ne s'agit pas d'un mégaprojet.

L'entreprise a lancé un appel d'offres en 2008-09 pour ce travail, qui était alors la responsabilité des magasins. Elle l'a centralisé dans les mains d'une entreprise. Alors incalculables, ses coûts sont désormais estimés «à la cent près». La clientèle se dit satisfaite du niveau de propreté.

Les coûts ont toutefois crû rapidement. La SAQ a dépensé 17,5 millions $ sur quatre ans, soit presque le total prévu pour cinq ans.

«On s'attend à un dépassement de coût de 25 % et nous n'avons pas vu de réduction du fardeau de travail des autres employés», a souligné Guillaume Hébert, de l'IRIS.

Réagissant à la publication de l'étude, Renaud Dugas, porte-parole de la SAQ, estime qu'un dépassement de 25 % est «exagéré» même s'il ne peut pas fournir de chiffres pour l'instant.

Le bogue informatique

Les technologies de l'information sont un autre domaine où l'État échouerait avec la sous-traitance. L'IRIS relève des exemples de contrats à grande échelle.

En mai 2008, le Conseil du trésor a lancé une refonte de ses systèmes pour 21 millions $. Or, 26,5 millions $ ont été investis de 2008 à 2012, soit un dépassement de 126 %. Une deuxième vague de refonte serait livrée en 2014, soit deux ans après l'échéance prévue.

Le Dossier santé Québec a été un autre exemple remarqué. Lancé en mars 2006: il devait coûter 562,6 millions $ et rejoindre 95 000 utilisateurs en quatre ans. Il sera opérationnel en mars 2015... à un coût de 1,6 milliard $. Le dépassement atteint 184 %. L'IRIS dénonce aussi un manque de transparence dans les contrats accordés.

Perte d'expertise

«La multiplication des sous-traitants n'aide pas, soutient Guillaume Hébert. Ils ne sont pas au diapason avec les besoins du gouvernement. Il persiste une espèce de cacophonie. Personne ne s'entend et il faut revenir en arrière.»

Le chercheur déplore une perte d'expertise. «Lorsque nous n'avons plus les informaticiens au sein de l'appareil gouvernemental pour savoir comment définir nos propres besoins, on ne peut pas dire qu'une soumission reçue n'a pas d'allure.»

La même dynamique aurait été remarquée dans l'hébergement des personnes âgées. Les ressources intermédiaires qui remplacent les CHSLD ne dégageraient pas d'économies, mais la qualité de vie des patients reculerait.

Les entreprises privées qui confient du travail à des partenaires externes vivent-elles les mêmes problèmes ?

«Je pense que oui, a avancé M. Hébert. On sent un mouvement tellement fort que l'on a tendance à voir la sous-traitance comme une prolongation naturelle du fonctionnement des entreprises [ce qui est une erreur].»


 

 

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