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Blogue d’un condamné : poignant, mais vrai ?

Blogue d’un condamné : poignant, mais vrai ?
Photo d’archives AFP Le Blogue d’un condamné suscite des réactions de compassion sur le web.

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Le blogue d’un ingénieur qui dit avoir moins d’un mois à vivre attire à la fois compassion et scepticisme sur la toile.

«J’ai 58 ans et je n’en aurai jamais 59. Je mourrai en 2013.»

Le ton est poignant, le style est léché, les émotions sont fortes. Impossible de demeurer de glace face au Blogue d’un condamné qui, depuis quelques jours, crée un buzz sur la toile et dans les réseaux sociaux. Un journal de bord bien particulier qui suscite admiration, compassion et, pour quelques-uns, des doutes.

«Je réalise à l’instant que je ne connaîtrai pas 2014. J’ai vécu mon dernier Nouvel An. J’ai vécu mon dernier hiver. Je ne verrai plus jamais la neige. Ni la mer.» (Extrait)

Compte à rebours

Le Blogue d’un condamné est le journal d’un ingénieur de 58 ans, émule de Victor Hugo, au faîte de sa carrière, qui apprend qu’il va mourir dans 30 jours et il veut léguer ses dernières lignes à la communauté humaine virtuelle du monde entier.

Les entrées, mises en ligne via le site de microblogues Tumblr, forment une sorte de compte à rebours au fil du temps qu’il reste au malade. Elles parlent du deuil, de la perte, de la nature, de l’amour. Souvent tristes, mais sereins, les textes sont dépourvus de toute illustration ou photo, mais parfois teintés d’humour; comme lorsque l’auteur raconte avoir joué un tour à son patron après avoir reçu son terrible diagnostic, en prenant simplement un mois de vacances sans révéler sa maladie ni la fin proche.

«J’ai décidé de me moquer un peu de lui. J’ai annoncé au secrétariat que, pour raisons familiales, j’avançais mon mois de vacances à juin et que mon médecin m’avait prescrit une déconnexion totale, que mon téléphone de fonction serait coupé, mais de ne pas s’inquiéter, que les projets clients sont prévus pour septembre, que je m’occuperai de tout à mon retour.» (Extrait)

L’auteur du blogue refuse d’être contacté. Impossible donc d’évaluer l’authenticité de ce qu’il écrit. Sur ce sujet, l’analyste du web Michelle Blanc a tendance à penser que l’histoire est vraie, «ou alors c’est quelqu’un qui souffre de maladie mentale». Elle explique que la géolocalisation du blogue a été désactivée, mais que le compte Twitter que le blogueur a créé est suivi par des journalistes européens, dont des Belges.

Valeur thérapeutique

Michelle Blanc trouve des vertus à la démarche du blogueur. Elle qui a accompagné des personnes dans leurs derniers moments comprend la valeur thérapeutique de partager ses dernières pensées. Un phénomène vieux comme le monde, mais avec un nouveau moyen de diffusion efficace, le web. «Beaucoup de gens veulent publier des textes après leur mort, cela aide non seulement eux-mêmes, mais les autres vivants.»

Natasha Perreault, travailleuse sociale à la Maison Monbourquette spécialisée dans le deuil, va dans le même sens: «Parler de sa maladie, de la mort, c’est donner un sens à ce qu’on vit, ce n’est pas anodin.» Ce blogue, très épuré, n’a rien qui pourrait attirer les voyeurs, dit Michelle Blanc. «Il casse un peu le tabou de la mort, cette mort si aseptisée dans nos sociétés modernes.» Un tel blogue permet aussi à son auteur de dire aux autres:

«Regardez, je suis encore vivant!»


L’adresse du blogue: https://uncondamne.tumblr.com

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