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Fraude fiscale dans les bars

« Comment imprimer 500 factures à l’heure ? »

« Comment imprimer 500 factures à l’heure ? »
Photo le journal de Montréal, Stéphan Dussault Peter Sergakis, de l’Union des tenanciers de bars du Québec. «Avec cette nouvelle mesure, on va devoir ouvrir des bills aux clients, avec tous les problèmes que ça peut engendrer, dont le refus de payer à la fin.»

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Des propriétaires de bars se demandent bien comment ils pourront se conformer à l’obligation d’imprimer une facture pour chaque consommation, comme compte l’imposer Québec en 2015.

Daniel Gosselin, propriétaire du bar Le Manhattan, à Trois-Rivières, a pété sa coche hier quand il a appris dans le Journal que le gouvernement du Québec songeait à imposer aux bars une facture papier pour chaque client afin de mieux lutter contre la fraude.

«Ça n’a aucun sens, on va changer les rouleaux d’imprimante aux demi-heures. Il entre près de 500 personnes dans mon bar, imaginez les factures! Impossible de servir tout ce monde et de prendre le temps de tout entrer à l’ordi et d’imprimer chaque commande, voyons donc!»

«C’est sûr que pour les 5 à 7, ça va être problématique», confirme Danielle Chayer, PDG de l’Association des hôteliers du Québec.

«Dans la situation actuelle, on va devoir engager du personnel», s’inquiète Renaud Poulin, de la Corporation des propriétaires de bars, brasseries et tavernes du Québec.

«On va être pris pour ouvrir des bills aux clients, avec tous les problèmes que ça peut engendrer, dont le refus de payer à la fin de la soirée», dit Peter Sergakis, président de l’Union des tenanciers de bars du Québec.

«Des mesures devront être évaluées, comme permettre des factures communes, par exemple pour une même table», dit Benoît Dostie, directeur de l’Institut d’économie appliquée à HEC Montréal.

«Ça ne procédera pas tant qu’on n’aura pas l’assurance que les associations [...] trouvent que c’est une bonne idée», a ajouté le ministre des Finances, Nicolas Marceau.

Pas contre l’idée

À l’instar de Danielle Chayer, Peter Sergakis n’est pas contre l’idée d’imposer aux 6100 bars et restos-bars du Québec les fameux «modules d’enregistrement des ventes» (MEV), ces machines incorporées aux caisses enregistreuses qui permettent de produire des factures détaillées avec des codes à barres.

Le but: réduire les pertes fiscales, que le ministère des Finances estime à 76 millions $ par an juste pour les bars.

«On ne peut pas être contre la vertu. Moins il y a de fraudes, mieux c’est. Mais il va falloir nous aider financièrement à implanter ces machines», dit Peter Sergakis.

«Les restaurants ont cette obligation depuis plusieurs années. Par souci d’équité, les MEV devraient être imposées à tous les détail­lants», dit François Meunier, de l’Association des restaurateurs du Québec.

L’homme d’affaires tient près de 40 bars et restos à Montréal, dont la gigantesque Station des Sports de la rue Sainte-Catherine, où le Journal l’a rencontré.

«Juste dans ce resto-bar, j’ai investi environ 90 000 $ pour implanter les MEV. Ce ne sont pas tous les propriétaires de bar qui pourront absorber ces investissements.

Coûts d’implantation

Chaque MEV coûte un peu plus de 1000 $, sans compter le logiciel de gestion des inventaires, l’imprimante et un ordinateur compatible.

L’Union des tenanciers demande à Québec de payer la majeure partie des coûts d’implantation. Pour l’instant, Québec prévoit une aide financière, mais pas aussi importante que ça.

En cas de refus, l’Union revient sur ses traditionnelles requêtes, soit d’éviter la multiplication des permis d’alcool (il en a besoin de sept juste pour ce resto-bar) et de permettre aux bars de payer leur alcool le même prix que les consommateurs à la SAQ.

– Avec la collaboration de Jean-Luc Lavallée, Bureau parlementaire

Nombre de bars au Québec:
6100
Ventes par an:
1 milliard $
Salaires d’employés:
300 millions $
source: union des
tenanciers de bars du québec
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