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Connaissez-vous le CSTC?

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En réaction à mon texte de la semaine dernière sur la manière dont le gouvernement américain épie ses citoyens, plusieurs lecteurs ont exprimé leurs inquiétudes. La surveillance effectuée par la NSA vise-t-elle aussi les Canadiens? Se pourrait-il que notre gouvernement se livre également à l’espionnage intérieur?

En réaction à mon texte de la semaine dernière sur la manière dont le gouvernement américain épie ses citoyens, plusieurs lecteurs ont exprimé leurs inquiétudes. La surveillance effectuée par la NSA vise-t-elle aussi les Canadiens? Se pourrait-il que notre gouvernement se livre également à l’espionnage intérieur?

En réponse à la première question, Ronald Deibert, expert de l’Université de Toronto en matière de cybersurveillance, affirme qu’environ 90% des communications électroniques des Canadiens transitent par des serveurs américains. Selon lui, nos échanges, tout comme nos activités sur internet avec des géants comme Google, Facebook et Apple, sont interceptés par la NSA, d’autant plus qu’il est parfaitement légal pour les agences de renseignement américaines d’espionner les étrangers.

Quant à la seconde question, deux faits importants doivent être pris en considération.

Mandat

Premièrement, l’article 21 de la Loi sur le Service canadien du renseignement de sécurité stipule que les autorités canadiennes peuvent demander à un juge de délivrer un mandat pour effectuer une surveillance électronique, ouvrir du courrier ou procéder à une fouille secrète.

Deuxièmement, le Canada dispose du Centre de la sécurité des télécommunications (CSTC), un organisme de cryptologie et de renseignements électromagnétiques similaire à la NSA. Bien que la loi n’autorise pas le CSTC à espionner les Canadiens, il fournit toutefois une «assistance technique et opérationnelle» à des organismes tels que le SCRS et les services transfrontaliers. Autrement dit, il espionne les Canadiens quand on le lui demande.

Notons également que le CSTC procède actuellement à la construction d’un complexe de 72 000 mètres carrés, au coût de 880 millions, pour y déployer ses activités. Pour ajouter au mystère, le CSTC, qui relevait de fonctionnaires du ministère de la Défense jusqu’en novembre 2011, est maintenant une entité autonome et indépendante qui relève directement du ministre de la Défense. Du fait de ce changement, les priorités du CSTC ne sont plus publiques comme autrefois, mais classées ultra-secrètes.

Sérieuse question

Ainsi, notre gouvernement dispose des moyens légaux et techniques pour épier les Canadiens. Exerce-t-il une surveillance à grande échelle de tous les citoyens, comme le fait la NSA? Le ministre de la Défense, Peter McKay, affirme que non, que le CSTC s’occupe uniquement des menaces étrangères. Dit-il vrai? Difficile de le savoir. Notons toutefois que la NSA avait toujours nié ses activités d’espionnage intérieur jusqu’à ce qu’un courageux dénonciateur, Edward Snowden, apporte des preuves concrètes. Donc, à moins qu’un employé du CSTC ne révèle le pot aux roses, nous ne pouvons que spéculer.

Chose certaine, la question de l’espionnage intérieur doit être prise très au sérieux. Pour justifier la surveillance, l’élite politique invoque la sécurité nationale. Plus que jamais, nous aurons à déterminer si la fin justifie les moyens. Surtout, nous n’aurons pas droit à l’erreur, car l’information est l’ultime source de pouvoir. Même collectée initialement pour une bonne raison, elle peut facilement devenir un outil d’oppression massive.

N’oublions jamais la terreur semée par la Stasi et le KGB, les services de renseignement de l’Allemagne de l’Est et de l’URSS. Certes, le CSTC n’en est pas là. Mais si des gouvernements ont déjà été capables d’utiliser l’information pour tyranniser leurs citoyens et enfermer les opposants au régime, quelle garantie avons-nous que l’histoire ne se répétera jamais?

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