/news/currentevents
Navigation
éducation | arbitrage

15 000 $ pour sa réputation

Un enseignant pénalisé pour avoir dénoncé la violence gagne en arbitrage

15 000 $ pour sa réputation
Photo d’archives À la suite de notre reportage en mai 2010, Pierre-Luc Bélisle aurait été écarté par la Commission scolaire Kativik (CSK), en plus de voir sa réputation entachée. La CSK avait lancé que les plaintes concernant la violence étaient « nettement exagérées ».

Coup d'oeil sur cet article

Une commission scolaire devra verser 15 000 $ à un enseignant pour avoir porté atteinte à sa réputation, après que celui-ci a dénoncé la violence vécue en classe.

Une commission scolaire devra verser 15 000 $ à un enseignant pour avoir porté atteinte à sa réputation, après que celui-ci a dénoncé la violence vécue en classe.

En mai 2010, Pierre-Luc Bélisle s’était confié dans nos pages sur la violence qu’il vivait comme enseignant à l’école primaire Iguarsivik, située dans le village inuit de Puvirnituq.

L’enseignant originaire de Longueuil, qui avait peu avant décidé d’aller travailler dans le Grand Nord, avait notamment raconté s’être retrouvé en arrêt de travail après avoir été frappé par deux élèves.

«À toutes les semaines, des profs se font brasser et ont des ecchymoses», avait-il dit au Journal.

Blâmé et écarté

À la suite de notre reportage, Pierre-Luc Bélisle aurait été écarté par la Commission scolaire Kativik (CSK), en plus de voir sa réputation entachée, peut-on lire dans la décision du tribunal d’arbitrage, rendue le 8 avril dernier.

Des parents auraient retiré leurs enfants de la classe de M. Bélisle et, selon l’Association des employés du Nord québécois (AENQ), la Commission scolaire Kativik lui aurait suggéré de rester chez lui jusqu’à la fin de l’année scolaire, avec son salaire.

Enfin, dans un communiqué envoyé aux médias, la CSK avait lancé que les plaintes concernant la violence étaient «nettement exagérées» et que Pierre-Luc Bélisle aurait même pu avoir «provoqué les attaques» contre lui par son comportement.

« Préjudice »

Suite à cette affaire, l’AENQ avait déposé un grief contre la commission scolaire.

Le tribunal d’arbitrage a finalement tranché en faveur de l’enseignant, condamnant la commission scolaire à lui verser 15 000 $ à titre de dommages moraux. Une lettre de recommandation attestant du professionnalisme de M. Bélisle devra également lui être remise, puisque ce dernier n’œuvre plus au sein de la CSK.

Dans sa décision, l’arbitre Maureen Flynn a établi que la commission scolaire avait commis une «faute», et qu’elle a avait «porté atteinte à la réputation de M. Bélisle par négligence et que M. Bélisle en a subi un préjudice». «Les sorties publiques l’ont affecté professionnellement et moralement», ajoute Me Flynn.

Une « grande victoire »

Alité, le principal intéressé n’a pu répondre à nos questions.

«En mon âme et conscience, j’ai voulu dénoncer la violence qui existait et que les autorités en place semblaient tolérer, malgré les plaintes reçues. En tant qu’enseignant, il ne faut pas hésiter à dénoncer les situations de violence», a-t-il déclaré par voie de communiqué.

Patrick D’Astous, président de l’AENQ, s’est quant à lui réjoui de cette «grande victoire».

«Le seul défaut de cet enseignant est d’avoir été assez professionnel et fort pour ne pas céder à l’omerta sociale», dit-il.

«J’espère que cela va rappeler à nos enseignants du Grand Nord de ne pas hésiter à dénoncer la violence.»

De son côté, la Commission scolaire Kativik a affirmé qu’elle mettrait tout en œuvre pour rétablir la réputation de son ex-enseignant, dans «les limites établies par la sentence.»

Commentaires