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Lac-Mégantic

Lac-Mégantic: la ville à Colette

Chez les citoyens, comme dans les milieux d’affaires et politiques, la mairesse fait l’unanimité

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Les premières images qu’on a reçues de Colette Roy-Laroche samedi midi n’auguraient rien de bon. Quelques heures à peine après l’explosion du train d’enfer, la mairesse de Lac-Mégantic avait l’air fragile, brouillonne, voire démolie.

LAC-MÉGANTIC | Les premières images qu’on a reçues de Colette Roy-Laroche samedi midi n’auguraient rien de bon.

Quelques heures à peine après l’explosion du train d’enfer, la mairesse de Lac-Mégantic avait l’air fragile, brouillonne, voire démolie.

Plusieurs se sont dit: «On va la ramasser à l’urgence après deux jours», tellement elle semblait désemparée.

Mais le p’tit bout de femme de 69 ans s’est drôlement bien ressaisi depuis. Colette, comme on l’appelle partout ici, n’a mis que 24 heures à retomber sur ses pattes. Désormais, on la sent en plein contrôle. Elle dirige d’une main de maître la cellule de crise.

Chez les citoyens, comme dans les milieux d’affaires et politiques, elle fait l’unanimité. Elle est devenue une véritable star sans toutefois perdre un soupçon d’humilité. Lac-Mégantic, c’est plus que jamais «sa» ville.

Pour preuve, à toute heure du jour, les gens attendent son intervention télévisée. Ils sont rivés devant l’écran et s’abreuvent de ses paroles. C’est elle qu’on veut entendre. Pas d’autres. C’est Colette qui apaise les gens et qui rassure les victimes directes et collatérales. Elle leur donne la marche à suivre et on l’écoute religieusement. On la croit. Car de l’avis de tous, Colette leur dit la vérité.

Solide et fragile

Quelque part, Colette ressemble à sa population, c’est-à-dire à la fois simple, digne, solide et fragile. Les Méganticoises et les Méganticois se reconnaissent en elle.

Les gens se présentent chez elle pour lui offrir des cartes de remerciements et l’inondent de mots d’encouragement.

«Comme tous les citoyens, elle a été ébranlée au début, mais depuis, elle fait un travail admirable, commente le conseiller municipal Roger Garant. Les gens l’aiment parce qu’elle est profondément humaine.»

Son style est d’une simplicité déconcertante.

«Elle est honnête et ne fait pas de power trip, ajoute le conseiller Garant. Elle délè­gue et fait confiance. Elle sait travailler en équipe.»

À l’âge où l’on ébauche des projets d’avenir, la jeune Colette a été confrontée à la fatalité. Son mari rend l’âme des suites de la maladie de Hodgkin. Elle n’a que 25 ans et une fille de 2 ans. Elle refait sa vie trois ans plus tard avec Yvan Laroche, avec qui elle a deux garçons. Elle forme toujours un couple, 43 ans plus tard, avec cet ancien directeur de la Sûreté du Québec.

Colette œuvre pendant 37 ans dans le monde de l’éducation (professeure au primaire, conseillère pédagogique et directrice générale de la commission scolaire) avant de rentrer dans ses terres. Mais la politique, avec qui elle n’avait jamais flirté, l’attend au détour dans le cadre du débat sur les fusions municipales au début des années 2000, auxquellles elle est favorable. On la convainc de se présenter à la mairie en 2002, où elle est élue de façon très serrée. Son travail est salué par tous, tant et si bien qu’elle est réélue par acclamation en 2005 et en 2009.

«De par notre travail, on ne s’est jamais mêlé de politique, rappelle son mari. Mais à la retraite, elle est entrée dans ce milieu avec la même détermination et la même droiture qui l’a toujours caractérisée», ajoute-

t-il admiratif, du patio de sa résidence de la rue Lacoursière.

« Ne partez pas »

Yvan Laroche a toujours appuyé sa femme dans ses occupations, mais le couple avait décidé cet hiver de se libérer de ses mandats (elle à la mairie et lui à titre de président de la Caisse populaire et de la Coopérative alimentaire). Colette avait d’ailleurs annoncé en mars qu’elle ne solliciterait pas de nouveau mandat pour les élections de novembre prochain.

L’avenir était tracé. Le couple allait pouvoir jouer son rôle de grands-parents auprès de ses quatre petits-enfants, il voulait voyager dans le Sud et en France, notamment à Dourdan, une municipalité située à 50 km au sud de Paris, qui est jumelée avec Lac-Mégantic.

Mais voilà que le drame s’est produit en plein cœur de la ville. Et que les pressions se font énormes sur elle pour remettre à plus tard ses projets de retraite.

Dans la population, les citoyens la supplient de rester (voir le vox pop sur notre site internet).

«D’habitude je ne vais pas voter, mais si elle se présente, je vais y aller, c’est certain», raconte la jeune Jessica Migneault.

Même son de cloche du milieu des affaires.

«On a besoin d’elle. C’est notre pilier», insiste Claude Charron, le propriétaire de la pharmacie Jean-Coutu, qui est en affaires depuis 43 ans à Mégantic.

«Je sais que pour elle, un mandat de quatre ans, ce serait un peu lourd. Mais on demande au ministre des Affaires municipales de faire ce que le gouvernement a fait pour la ville de La Baie après le déluge du Saguenay en 1996. Il a retardé les élections d’un an. Je me charge de former un comité pour faire pression à Québec. Il nous faut Colette pour entreprendre la recons­truction.»

Le conseiller municipal Richard Michaud va plus loin. Il y a deux semaines, il a annoncé son intention de se présenter à la mairie pour succéder à la mairesse. Désormais, il est prêt à faire marche arrière.

«Sa décision sera la mienne, dit-il. Si elle veut continuer, je me retire de la course. Non pas parce que j’ai peur du défi, mais parce que Colette est une femme exceptionnelle, remarquable.»

Yvan Laroche se tortille sur son banc lorsqu’on aborde l’avenir de sa femme super­star.

«Ça a pris une telle ampleur que j’ignore ce qu’elle va faire. En fait, on n’a même pas le temps d’en discuter, je ne la vois presque pas! Elle est trop occupée par les événements. Le temps venu, on abordera la question. Je l’ai toujours laissée mener sa barque», mentionne-t-il.

Le conseiller Roger Garant admet que l’avenir de la mairesse est déjà au centre des discussions dans les milieux politiques de la région.

L’unanimité

«Lorsqu’elle a fait part de son intention de ne pas revenir à la mairie, nous avons vainement tenté de la convaincre du contraire parce qu’elle faisait l’unanimité. Sa décision était arrêtée, définitive. Mais ça, c’était avant tout ce gâchis. Les données ont changé. Les citoyens n’ont jamais eu autant besoin d’elle.»

Pour la première fois depuis la visite inopinée du train de l’enfer au centre-ville de Lac-Mégantic, le conseil municipal tenait une réunion hier soir. Parions que l’avenir de la mairesse y a été abordé.

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