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LA RONDE | LUNCH

Lunchs interdits à La Ronde sauf pour les juifs et les musulmans

L’interdiction d’apporter un lunch ne s’applique pas à certains groupes religieux

Deux poids, deux mesures
Photo le journal de montréal, mélanie bergeron Prétextant être musulmane, il n’a fallu que quelques minutes à la journaliste du Journal pour s’introduire à La Ronde avec un sac à lunch contenant un sandwich à la viande fumée.

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Le règlement interdisant d’apporter un lunch sur le site de La Ronde ne s’applique pas aux visiteurs juifs et musulmans, a constaté le Journal hier lors de son passage à la sécurité.

Le règlement interdisant d’apporter un lunch sur le site de La Ronde ne s’applique pas aux visiteurs juifs et musulmans, a constaté le Journal hier lors de son passage à la sécurité.

Le parc d’attractions est catégorique ­depuis l’ouverture du site cette saison: il n’est pas permis d’apporter de nourriture, de breuvage et de glacière à La Ronde. Or, il semble y avoir des exceptions pour les groupes religieux à qui l’on permet de franchir les tourniquets avec de la viande casher­­ ou halal, entre autres.

Vêtue d’un simple voile, notre journaliste s’est présentée à l’entrée du parc d’attrac­tions avec sa boîte à lunch. Ironiquement, celle-ci contenait un sandwich à la viande fumée ni casher ni halal, qu’on n’a même pas daigné regarder.

Exceptions

Il n’a fallu qu’une fraction de seconde pour que l’agent de sécurité appose un ­collant «approbation médicale» sur le sac. «Ok, oui, c’est beau, je vais vous donner un collant. Mettez-le sur la boîte à lunch et ça va être correct», nous a répondu l’employé affec­té à la fouille des sacs. Le site internet de La Ronde mentionne quelques exceptions au règlement, comme les visiteurs ayant des besoins diététiques spéciaux, y compris ceux souffrant d’allergies alimentaires. Toutefois, aucune indication d’accommodement raisonnable n’y ­figure.

À la suite de nombreuses demandes d’information adressées à La Ronde, le Directeur des opérations et de la sécurité nous a fait parvenir une brève réponse par courriel.

«La Ronde offre à ses invités une grande variété de choix en matière de restauration et de possibilité d’alimentation tout en permettant d’apporter sa propre nourriture et de la consommer dans l’une de nos aires de pique-nique situées aux deux entrées», s’est contenté d’indiquer Frédéric Boulva.

« Injuste »

Pendant ce temps, sous les 41 °C ressentis à Montréal, des familles s’affairaient à déballer leur dîner tout droit sorti de leur voiture suffocante. Sinon, il en coûte 12 $ pour ranger son repas dans les casiers à proximité de l’entrée.

«Il faut laisser le cooler dans l’auto à la grosse canicule alors qu’eux peuvent se faufiler à l’intérieur, c’est chiant, c’est de la discrimination», estime Amélie Wolfe, une habituée de La Ronde.

Nadine Bilodeau a vécu une situation semblable vendredi dernier. Alors qu’elle franchissait le poste de la sécurité, un agent a avoué à sa belle-sœur que les ­«musulmans pouvaient amener leur lunch parce qu’ils ne vendent pas de viande halal en dedans».

«La prochaine fois, on va être musulman quand on va aller à La Ronde. On va porter des turbans et tout ce qu’il faut, rapporte celle qui a fait une plainte à la suite de ces révélations.

Ce règlement souple n’étonne en rien Jean-René Milot, professeur associé au ­département des sciences des religions de l’UQAM.

«Matériellement, ce qu’ils font là c’est un accommodement raisonnable à l’intérieur d’une pratique commerciale nettement discriminatoire à l’égard des gens qui économiquement ne peuvent pas se permettre de manger à La Ronde.»

De jeunes femmes musulmanes questionnées par le Journal n’ont même pas tenté d’entrer sur le site avec leur nourriture lors de notre passage hier. «C’est le ­ramadan, mais malgré ça, on n’oserait pas venir avec notre lunch. Je crois qu’ils sont vraiment stricts», a laissé tomber ­­ Rusul Mahdi.

 

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