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Réflexions sur l’affaire Snowden

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Edward Snowden a finalement obtenu l’asile politique en Russie. Il n’est pas certain que cela mettra un terme à la saga associée à son nom. Snowden a révélé des informations très inquiétantes, qui montrent les dérives de la surveillance globale à laquelle s’adonne l’Amérique. Il n’en a pas moins trahi son pays. Il faut toutefois réfléchir à cette «affaire» dans ses nombreuses dimensions.

Edward Snowden a finalement obtenu l’asile politique en Russie. Il n’est pas certain que cela mettra un terme à la saga associée à son nom. Snowden a révélé des informations très inquiétantes, qui montrent les dérives de la surveillance globale à laquelle s’adonne l’Amérique. Il n’en a pas moins trahi son pays. Il faut toutefois réfléchir à cette «affaire» dans ses nombreuses dimensions.

Il y a d’abord une affaire de loyauté. Elle est fondamentale. Dans nos sociétés férocement individualistes, les institutions politiques peuvent-elles encore faire confiance à ceux qui les servent? Ou risque-t-on d’assister à la multiplication de ces «trahisons vertueuses», qui suscitent immédiatement la sympathie d’une fraction importante du grand public?

POLITIQUE ET MORALE

On devine qu’un homme s’offusque de découvrir des informations auxquelles il n’est pas préparé. Sa conscience se révulse. Et d’un coup, il ressent un étrange appel missionnaire: il doit faire connaître à la planète ce qu’il a appris. N’est-il pas alors tenté de se prendre pour le sauveur universel? Il oublie une chose: la politique n’est pas la morale.

Car les relations internationales exigent une part d’ombre. C’est pourquoi les États disposent d’armées, de services de renseignement. C’est pour cela que des informations essentielles sont souvent protégées par le secret d’État. Aussi choquant que cela puisse paraître, certaines informations sont trop explosives pour être diffusées publiquement. Mais quand le secret est révélé, tout explose.

Le fait est pourtant que l’Amérique espionne ses alliés. La France a très mal réagi. En est-elle absolument surprise? Car l’Amérique suggère subtilement qu’elle paie la note de la défense européenne depuis plusieurs décennies et que cela lui donne certains privilèges. L’Amérique, autrement dit, se prend pour un empire et traite ses alliés comme des vassaux.

LA RÉPUBLIQUE IMPÉRIALE

Raymond Aron avait déjà qualifié l’Amérique de république impériale. La chose est objectivement vraie. L’Amérique — c’est indéniable — est une démocratie admirable. Mais elle prétend aussi gouverner le monde, ou du moins, lui fixer son orientation. Elle se prend pour le phare de la liberté et continue de penser que ce qui est bon pour elle est bon pour la planète.

Mais cette démesure pourrait se retourner contre elle. Car un empire qui prétend surplomber le genre humain tout en lui imposant sa vision de la mondialisation, de la démocratie et de la culture risque de se faire des ennemis. À tout le moins, il risque de provoquer des résistances et de créer du ressentiment.

De ce point de vue, l’affaire Snowden confirme ainsi la renaissance internationale de la Russie. Avec Vladimir Poutine, elle entend regagner son influence perdue et défier les États-Unis. D’ailleurs, n’est-ce pas un étrange retournement de l’histoire qu’un homme comme Snowden obtienne l’asile politique dans un pays qui a multiplié les dissidents au XXe siècle?

Retour donc au portrait plus général de l’affaire Snowden. Quand le communisme s’est effondré, il y a un peu plus de 20 ans, on s’imaginait le monde en voie de pacification. Le commerce aplanirait les différends entre les États, la démocratie s’installerait définitivement, la prospérité se généraliserait. Nous étions promis au paradis sur terre. L’illusion aura duré 20 ans. Bienvenue dans le monde réel.

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