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Livre | Étude

Les effets secondaires d’un roman à succès... sans nuance

Selon une étude américaine, Fifty Shades of Grey augmenterait la violence faite aux femmes

50 shades of Grey
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Des chercheuses américaines affirment que le roman Fifty Shades of Grey légitimerait les comportements abusifs et violents envers les femmes. Une conclusion qui, chez nous, n’étonne pas les intervenants en violence conjugale.

Des chercheuses américaines affirment que le roman Fifty Shades of Grey légitimerait les comportements abusifs et violents envers les femmes. Une conclusion qui, chez nous, n’étonne pas les intervenants en violence conjugale.

Plus d’un an après la parution du succès planétaire Fifty Shades of Grey, des chercheuses de l’Université de l’Ohio soutiennent que le roman pourrait banaliser et perpétuer la violence envers les femmes.

Selon les chercheuses qui ont analysé le premier tome de la célèbre trilogie, la relation présentée entre les personnages du roman est similaire à celles généralement observées au sein des couples violents.

L’histoire sulfureuse de cette jeune étudiante initiée à des pratiques sexuelles sadomasochistes n’aurait rien d’inoffensif aux yeux des scientifiques.

Le personnage principal du roman utilise le harcèlement, l’intimidation, l’isolement et l’humiliation pour contrôler sa partenaire, ce qui pourrait favoriser certains comportements qui peuvent être physiquement et émotivement dommageables, rapporte l’étude.

«Ces comportements sont acceptés socialement lorsqu’ils sont dépeints comme séduisants et normaux dans les livres, les films et la musique», explique la Dre Amy Bonomi, auteure principale de l’étude parue dans le Journal of Women’s Health.

L’équipe de la Dre Bonomi s’est également penchée sur le personnage féminin d’Anastasia Steele, qui se soumet totalement aux fantasmes de son amant sans exprimer ses propres désirs.

Selon la chercheuse principale, la banalisation d’une telle relation crée un contexte néfaste dans les relations intimes.

Violence sexuelle en hausse

Selon les organismes qui travaillent auprès des femmes victimes d’abus que nous avons consultés, les conclusions de cette étude sont tout à fait plausibles.

«Tout document visuel ou écrit, qui banalise des comportements violents peut avoir cet effet d’entraînement. Un peu comme le fait la pornographie, on envoie le message que c’est correct de forcer la note et on met de la pression sur les personnes, particulièrement les femmes», explique Claudine Thibodeau, responsable du soutien clinique pour SOS violence conjugale.

Les intervenantes de l’organisme ont d’ailleurs observé une augmentation de la violence sexuelle dans les couples en général.

«Cette hausse est-elle un effet lié à Fifty Shades of Grey, je ne sais pas. Chose certaine, pour les victimes, une situation de violence est déjà difficile à cerner, le roman peut créer de la confusion et des zones grises», ajoute-t-elle.

«Des femmes vont nous contacter pour savoir si ce qu’elles ont vécu, c’est de la violence sexuelle. C’est compliqué, la notion de consentement. Avec des phénomènes comme Fifty Shades..., des comportements sont banalisés et certaines peuvent se sentir obligées de les adopter», croit Karine Tremblay, porte-parole du regroupement québécois des CALACS.

Prudence, insiste un expert

Pour le psychologue et sexologue Marc Ravart, l’étude américaine doit être accueillie avec beaucoup de précautions.

En matière de sexualité, les tendances véhiculées par des films, des livres ou des chanteurs à la mode ne sont pas des phénomènes nouveaux, que l’on pense à Nine and a Half Week, à Madonna ou à Lady Gaga, explique-t-il.

«Pour certains, une fiction peut être un déclencheur de certains comportements et normaliser le goût de découvrir», croit ce spécialiste en comportement sexuel atypique.

«Il faut cependant des prédispositions pour accepter l’abus, des femmes sont certainement plus vulnérables que d’autres, il faut tout un passé pour adopter des comportements sexuels à risque», ajoute-t-il.

marc ravart
Sexologue
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