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Les limites du sport

Se consacrer au sport à l’adolescence demande beaucoup de sacrifices, mais surtout de l’équilibre

Les limites du sport
photo courtoisie « J’ai vraiment brûlé la chandelle par les deux bouts », confie Anne-Christine Voicu, qui a abandonné à 19 ans le tennis de haut niveau.

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Performance et dépassement de soi. Des valeurs qui poussent beaucoup de jeunes à s’investir intensément dans le sport. Mais attention, dans ce genre de programmes de sport-études, la clé est le dosage. Parfois, surcharge, épuisement et blessures attendent au tournant.

Performance et dépassement de soi. Des valeurs qui poussent beaucoup de jeunes à s’investir intensément dans le sport. Mais attention, dans ce genre de programmes de sport-études, la clé est le dosage. Parfois, surcharge, épuisement et blessures attendent au tournant.

Pendant 13 ans, la vie d’Anne-Christine ne s’articulait qu’autour d’une chose, le tennis. À 14 ans, elle est partie seule en France suivre un entraînement intensif, durant deux ans et demi. Elle s’entraînait six jours par semaine et étudiait à distance. Championne du monde parmi les 14 ans et moins, elle s’est rendue au 96e rang mondial junior. À 19 ans, elle n’en pouvait plus. Elle a tout lâché.

«J’ai vraiment brûlé la chandelle par les deux bouts, confie-t-elle, quatre ans plus tard. Ça me drainait toute mon énergie, j’avais accumulé tellement de fatigue mentale et physique... Je n’avais plus de plaisir à jouer.»

Avant de s’envoler vers la France, Anne-Christine avait commencé un programme de sport-études, un concept scolaire unique au Québec. Il existe environ 400 program­mes de ce type à travers la province, dans lesquels les jeunes ont des journées divisées entre les matières scolaires et le sport.

Les limites de la passion

«Ça demande beaucoup de sacrifices, admet Olivier Guernon, directeur du volet sport-études à l’école secondaire De Mortagne, où 830 élèves suivent un tel parcours. Mais les jeunes sont passionnés par leur sport. Il y a des élèves qui se rendent le matin à leurs cours parce qu’ils savent qu’ils ont une période d’entraînement après le dîner.»

La liste des bienfaits est longue. Bien sûr, l’exercice physique fait des jeunes plus en santé et plus allumés en classe. Et certains sportifs qui auraient peut-être délaissé les bancs d’école au profit de leurs entraînements sont encouragés à persévérer académiquement.

Les spécialistes s’entendent cependant: l’important, c’est que le sport reste un loisir, et que les objectifs que se fixent les jeunes soient atteignables.

«Parfois, on oublie qu’on doit faire ça pour le plaisir, souligne le pédiatre Dany Harvey. Et on en voit qui n’en ont pas. Je crois qu’il est important que les parents s’assoient régulièrement avec leur jeune pour évaluer cela.»

Faire plaisir... à soi-même

Car même si cela peut sembler dur à croire en 2013, il existe toujours des jeunes qui pratiquent un sport pour faire plaisir à leurs parents.

«Il arrive que des parents viennent me voir parce que leur enfant est toujours blessé, relate le Dr Francis Fontaine, membre de l’Association québécoise des médecins du sport. Mais on fait des tests, et on se rend compte que l’enfant n’a rien; il ne veut juste pas décevoir ses parents.»

Frédéric a déjà ressenti ce sentiment. Le jeune homme de 17 ans vient de terminer son secondaire dans un programme de sport-études qui lui permettait de pratiquer le badminton. Il s’apprête à entamer le cégep, avec le même genre d’entraînement.

«Au début, mes parents étaient assez exigeants, et j’ai réalisé que je n’avais plus de plaisir. Je leur en ai parlé, et ils ont compris. Maintenant, ils sont juste contents que je me pratique et que je me tienne en forme.»

Chaque fois que Frédéric a senti qu’il n’avait plus de plaisir à jouer au badminton, il en a parlé à son entraîneur. Celui-ci lui a conseillé de prendre une semaine de repos.

«Ça m’est arrivé presque une fois par année depuis que j’ai commencé. Mais chaque fois, je réalisais que quelque chose manquait à ma vie.»

Quand trop, c’est trop

«Certaines études démontrent que quand le jeune commence très tôt un sport, il aura un peu plus tendance à lâcher vers la fin de l’adolescence, explique Olivier Guernon. Certains se fixent des objectifs beaucoup trop élevés, et n’atteignent pas les standards qu’ils pensaient. On en voit qui changent de profil en quatrième ou en cinquième secondaire.»

Malgré toute la pression qu’elle a vécue, Anne-Christine est catégorique: si c’était à refaire, elle replongerait sans doute. Mais pas à n’importe quel prix.

«Oui je le referais, mais différemment: une meilleure communication avec mes entraîneurs et une meilleure gestion du temps. Les athlètes, on se met nous-mêmes de la pression. On veut performer et on va au-delà de nos capacités. Et je trouve qu’il n’y avait personne qui m’aidait vraiment à gérer cette pression-là.»

La jeune femme, qui termine un baccalauréat en démographie, ne fait plus aucun sport. Elle joue au tennis environ une fois par année... pour le plaisir.

M. Guernon affirme devoir insister souvent auprès de ses élèves pour qu’ils s’autorisent à avoir une vie sociale.

«On leur dit d’aller au cinéma, d’aller voir des amis... C’est important de se garder du temps pour autre chose que l’école et le sport.»

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