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Montréal | Décrochage

De la rue à l’université

Une rentrée pleine d’espoir pour un décrocheur sauvé de la délinquance par le sport

De la rue à l’université
Photos le Journal de Montréal, Tzara Maud Mathieu Léonard-Martel a touché le fond avant de se ressaissir, notamment grâce à la boxe et à sa mère, l’amour de sa vie (en haut avec Mathieu bébé).

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Un jeune décrocheur qui a flirté avec le crime et le suicide vainc ses démons et entre en communication à l’UQAM.

Mardi, Mathieu Léonard-Martel, 24 ans, fera son entrée à l’université. Comme tant d’autres, direz-vous? Pas tout à fait. Il y a quatre ans seulement, Mathieu était immergé dans le monde du crime et dans la dépression. C’est grâce aux Princes de la rue qu’il a pu sortir de la rue, se forger une confiance et s’esquisser un avenir.

Mathieu est un jeune homme articulé, souriant. Sa musculature travaillée témoigne de longues heures passées à s’entraîner à son sport de prédilection, la boxe, au gym d’Ali Nestor, l’instigateur des Princes de la rue, un organisme qui vient en aide aux jeunes en difficulté.

Une maladie rare

Difficile aujourd’hui de discerner derrière l’athlète en forme l’adolescent perturbé aux prises avec la délinquance et la dépression.

Mathieu est né à Laval. Il a passé son enfance avec sa mère et ses deux frères dans le quartier Chomedey. Il souffrait d’une maladie rare nécessitant des traitements lourds, l’hypoglycémie congénitale et surrénale, et a essentiellement passé les 10 premières années de sa vie dans un hôpital. «J’étais très frêle, je devais prendre une tonne de médicaments, puis, avec les traitements, j’ai commencé à grossir, beaucoup grossir.»

C’est ainsi que, dès son enfance, Mathieu s’est senti différent. À l’école, il ne s’intégrait pas. «Je n’ai jamais été populaire, j’ai eu de l’intimidation, du rejet...»

Graduellement, il a perdu tout intérêt pour les études et pour l’existence en général. Sa mère, l’amour de sa vie, dit-il, tentait de le secouer, de l’épauler, «mais je me repliais sur moi-même, je suis passé proche du suicide à deux reprises entre l’âge de 8 et de 12 ans».

Du mal de vivre sont nés le décrochage scolaire, puis la délinquance: «J’ai fait des conneries. J’ai vendu des stupéfiants, du pot, de la cocaïne. Je ne m’en cache pas. Et j’ai volé. J’ai beaucoup volé, autos, autoradios, tout ce qui me tombait sous la main.»

Mathieu se tenait en marge du milieu des gangs de rue, mais toujours avec prudence.

Étonnamment, malgré les vols à répétition, il n’a jamais été arrêté et n’a donc pas de casier judiciaire: «Je me disais qu’il fallait garder cela simple et je ne me suis jamais fait prendre.»

Princes de la rue

C’est à 21 ans que Mathieu s’est réveillé. Décrocheur en secondaire 3, délinquant, il voyait ses amis se faire arrêter, se voyait foncer droit dans le mur. «Je suis allé voir Ali Nestor et les Princes de la rue, ce sont eux qui m’ont sauvé», dit-il avec émotion. L’organisme du champion de sports de combat, lui-même un survivant des gangs de rue, offre un programme intégré de sports et d’études encadré aux jeunes à risque, avec des résultats tangibles. Mathieu est un de leurs succès. Il est d’ailleurs devenu l’un des porte-parole des Princes et il travaillera même comme intervenant auprès des jeunes dès cet automne.

Jeune garçon, Mathieu regardait, lointaines et inaccessibles, les vedettes de la télévision et de la radio. Aujourd’hui, alors qu’il entame ses cours en communication à l’UQAM, il se voit très bien faire partie un jour de cet univers: «J’aimerais travailler dans le milieu des médias, comme animateur ou chroniqueur.» Les portes ouvertes de l’université sont pour lui un pas de géant vers la réalisation de ce rêve.

Ali Nestor et les
Princes de la rue
Existe depuis 2002.
Initiative d’Ali Nestor,champion d’arts martiaux.
Son programme de sport, de mentorat, de stage et d’études a aidé environ 200 jeunes.
Les cours sont offerts pour les niveaux de secondaire 1 à 5 et impliquent des gens d’affaires.
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