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Poussées à la faillite par les CPE

Situation plus que précaire

Le taux d’occupation dans les garderies privées non subventionnées aurait chuté sous la barre des 50 %

Véronique Therrien
© Photo Annie T. Roussel photo annie t. roussel √ «Ma garderie, c’est mon bébé et je ne veux pas faire faillite, mais on a quasiment l’impression que c’est le but de la ministre Léger. Je ne pense pas qu’elle réalise l’ampleur de ce qu’elle va créer», souligne la propriétaire de la garderie Les Poussins rigolos, à Saint-Augustin-de-Desmaures, Véronique Therrien.

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Plusieurs garderies privées non subventionnées sont au bord du gouffre, faute d’enfants. Elles accusent Québec de les conduire à la faillite et réclament un moratoire pour freiner l’octroi de nouveaux permis.

Plusieurs garderies privées non subventionnées sont au bord du gouffre, faute d’enfants. Elles accusent Québec de les conduire à la faillite et réclament un moratoire pour freiner l’octroi de nouveaux permis.

Le gouvernement a un double discours, déplorent-elles, puisqu’il boude leurs installations (en refusant de les convertir en garderies à 7 $) tout en favorisant leur croissance exponentielle. Leur nombre a quadruplé en quatre ans et la tendance s’est poursuivie dans les derniers mois.

Soixante-quatre nouvelles garderies non subventionnées (pour un total de 796) ont ouvert leurs portes entre le 1er avril et le 31 juillet, inondant le marché de 3677 places supplémentaires, soit 97 % de toutes les nouvelles places en garderies créées dans les quatre derniers mois.

La ministre de la Famille, Nicole Léger, rappelons-le, a interdit aux garderies non subventionnées de participer à l’appel d’offres pour les 15 000 nouvelles places à 7 $. Déjà fortement ébranlées par ce refus, elles doivent maintenant composer avec un nombre croissant de concurrents.

Pénurie d’enfants

Le Journal a discuté avec une quinzaine de propriétaires de garderies dans une situation précaire à Québec, Montréal, Laval, en Montérégie, dans Lanaudière et les Laurentides. L’une d’elles, à Laval, a déclaré faillite à la mi-août, même si elle disposait d’installations «cinq étoiles» selon le gestionnaire qui préfère taire son nom. «La concurrence nous a tués.»

D’autres pensent mettre la clé dans la porte à court ou moyen terme en raison d’une pénurie d’enfants. «Je ne passerai pas le mois d’octobre avec 25 places disponibles, c’est clair que je vais être obligé de fermer», a confié le propriétaire d’une garderie de Mascouche, sous le couvert de l’anonymat, afin de ne pas affoler ses clients.

20 000 places libres

Le phénomène est «répandu» selon la Coalition des garderies privées non subventionnées, qui avait sonné l’alarme au printemps. La situation s’est détériorée cet été. Le taux d’occupation de ses membres (qui facturent entre 35 $ et 45 $ par jour par enfant) aurait chuté sous la barre de 50 %.

«Je reçois des appels tous les jours. Les parents, évidemment, privilégient les places à 7 $. Mais il y a même des garderies à 7 $ et des CPE qui s’affichent en ce moment parce qu’ils manquent d’enfants, je n’ai jamais vu ça en 15 ans», a commenté Marie-Claude Collin. «Ça fait un an qu’on leur dit d’arrêter d’émettre des permis et de décréter un moratoire. La ministre veut 250 000 places subventionnées pour compléter son réseau à 7 $, mais on est rendu à 262 000 places au total. Il y a peut-être une pénurie de places à 7 $, mais il n’y a plus de pénurie de places.»

Québec maintient la ligne dure. «La ministre a toujours dit que les garderies ont fait un choix d’affaires. Je ne vois pas de contradiction. On essaie de voir ce qu’il est possible de faire avec la Coalition, mais notre priorité, c’est de développer les 28 000 places à 7 $», a rétorqué Bruno-Pierre Cyr, confirmant qu’il est hors de question de revenir en arrière sur l’appel d’offres qui a pris fin en juin.

 

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