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Le pari de la maison Raventos i Blanc

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InstalRave Les installations modernes de Raventos i Blanc, à Sant Sadurni d'Anoia, dans le Penedes.

Est-ce qu'une même famille de vignerons pourrait, et ce à deux reprises en moins de cent cinquante ans, changer la petite histoire viticole d'un pays? La réponse est oui, si jamais la famille Raventos, dans le Penedes, réussit à faire accepter, sinon à imposer, la nouvelle appellation Conca de Riu Anoia pour ses vins mousseux. Disons-le tout de suite, la maison Raventos i Blanc s’est déjà retiré de l’appellation Cava en 2012, comme d’autres maisons d’ailleurs, souhaitant se démarquer qualitativement de cette appellation qui, à leurs yeux et aux yeux de plusieurs, en est venue à produire de tout et du n’importe quoi.

Un premier mousseux

Donc, changer l’histoire viticole d’un pays, je disais. C’est que dans un premier temps, en 1872, Josep Raventos Fatjo, dont la famille faisait du vin dans le Penedes depuis le XVe siècle, fut le premier à élaborer un vin mousseux dans la région selon la méthode «champenoise», comme il était alors permis de le dire. À cette époque, la famille Raventos était étroitement liée à la maison Codorniu, et elle le restera d’ailleurs jusqu’au début des années 1980, alors qu’une branche de la famille s’en séparera pour créer la maison Raventos i Blanc (c’est Manuel, œnologue et ingénieur agricole, qui a fondé la maison en 1982 avec son père Josep Maria ; c’est le propre père de ce dernier qui avait produit le premier mousseux dans le Penedes).

Les Raventos ont donc toujours été profondément liés à la production du mousseux, et ils ont largement contribué à fixer les règles de production de ce qu’on appelait alors le «vin de cava», dont l’utilisation de ces trois cépages régionaux qu’étaient le Macabeu, le Xarel-lo et le Parellada.

ManuelRaventos Manuel Raventos, œnologue et ingénieur agricole, a fondé la maison en 1982 avec son père Josep Maria ; c’est le propre père de ce dernier qui avait produit le premier mousseux dans le Penedes.

Union européenne 

Mais quand fut créée l’appellation Cava, en 1972, au moment de l’adhésion de l’Espagne à l’Union européenne, la notion de vin d’origine a été évacuée, et on n’a retenu que celle de la méthode de production (méthode traditionnelle). Ce n’est qu’en 1986 qu’on a introduit dans l’appellation Cava la notion d’origine. Mais que signifie «appellation d’origine» quand elle couvre 160 municipalités sur 10 provinces, et ce dans 6 régions espagnoles, la plus éloignée étant située dans l’Extremadura, à plus de 1000 kilomètres de la Catalogne, comme l’a déjà rappelé le quotidien La Libre Belgique ?

Parallèlement, d’autres cépages comme le Chardonnay et la Malvoisie ont aussi été autorisés, de même que, pour les rosés, le Grenache, le Monastrell, le Pinot noir et le Trepat. Si je rappelle tout cela, aujourd’hui, c’est parce que le premier mousseux de la maison Raventos i Blanc, sans l’appellation Cava, vient d’arriver à la SAQ :

  • Raventos i Blanc De Nit 2010, Rosé (24,20 $ Code: 12097954) ; en lieu et place de l’appellation Cava figure le nom de Conca del Riu Anoia qui en est, en fait, le lieu de production, car cela signifie «Vallée de la rivière Anoia» (le vignoble est situé non loin de la petite ville de Sant Sadurni d’Anoia, à environ une heure de Barcelone). C’est là un excellent mousseux dont, déjà, le millésime 2009 figurait, ce printemps, dans ma courte liste des meilleurs rosés mousseux de l’été. Le millésime 2010 est aussi bon, sinon meilleur encore. Belle couleur rosée pâle, joli fruit en bouche qui rappelle un peu les groseilles, sec, droit et fringant (*** 16/20).Raventos
À noter qu’il n’est pas écrit «rosado» sur l’étiquette et que seule la couleur rose de l’habillage le distingue  du Raventos i Blanc Reserva  Brut 2009 (20,15 $ Code: 11140615). Autre chose, le nom de la maison, pour un francophone, peut porter à confusion, car le mot «Blanc» signifiant «blanc» justement, on ne s’attend pas à le voir associer à un rosé.

Pour le moment, comme je le disais, l’appellation Conca del Riu Anoia n’existe pas légalement. Même que celle de Cava s’en trouve du coup défié. Et il n’est pas dit, non plus, qu’elle existera un jour, car il faudra l’approbation de l’Union européenne, ce qui est loin d’être gagné.

D’autant que, devant la pression, les législateurs songeraient à modifier, sinon à resserrer les règles  de production du Cava. N’empêche que le but que se sont fixés, il y a quelques années, Manuel Raventos, tout comme son fils Pepe, œnologue lui aussi, est très clair et ne changera pas: faire de la qualité. « Mon rêve, racontait Pepe Raventos, le printemps dernier, lors de son passage à Montréal, est de rivaliser avec les Champenois et de faire les plus grands mousseux du monde».

Pour se faire, bien sûr, utiliser uniquement les cépages traditionnels que sont le Macabeu, le Xarel-lo et le Parellada. Et avoir un cahier des charges strict, basé sur les caractères géologiques et climatiques particuliers de la région. Mais avant tout cela, d’abord, ajoutait-il, il fallait se retirer de l’appellation Cava. C’est fait. Le meilleur, en principe, est donc à venir.InstalBrunante

Une partie des installations, à la brunante