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Société distincte québécoise

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Je ne bouderai pas mon plaisir pour une fois que les péquistes ne sont pas dans leur rêve indépendantiste, mais dans l’affirmation de la différence identitaire québécoise au sein du Canada dans ce qu’elle a de légitime et de sain.

Je ne bouderai pas mon plaisir pour une fois que les péquistes ne sont pas dans leur rêve indépendantiste, mais dans l’affirmation de la différence identitaire québécoise au sein du Canada dans ce qu’elle a de légitime et de sain.

Cette différence-là s’exprime tout particulièrement dans le refus viscéral du monde ordinaire des signes religieux ostentatoires chez les fonctionnaires québécois.

Au fond, c’est le combat de la société distincte qui se rejoue, suscitant les mêmes accusations d’intolérance et de xénophobie qu’à l’époque du lac Meech ou de la loi 101.

Coup d’envoi réussi

Solennel, avec en même temps ce ton bon enfant qui caractérise l’identité québécoise, le coup d’envoi réussi du ministre Bernard Drainville devrait toucher une grande partie de la population. Y compris la majorité des Québécois issus de l’immigration, heureux qu’un parti ait enfin le courage d’agir dans ce dossier casse-gueule en fonction de leurs véritables aspirations.

Un problème est qu’une partie des élites francophones s’est totalement couchée devant la version canadienne du multiculturalisme et son idéalisme débilitant. Il n’y a que la Cour suprême du Canada sur la planète pour considérer comme un droit fondamental le port de signes religieux ostentatoires par des fonctionnaires.

Ce tribunal base ses décisions sur le critère totalement subjectif de «croyances sincères», transformant en droit religieux fondamental ce qui ne sont souvent que des caprices identitaires incompatibles avec la neutralité de l’État.

J’ai assez arpenté de long en large la Tunisie et le Maroc que j’aime, j’ai assez fréquenté les milieux populaires musulmans pour savoir que le port du voile n’est en rien une exigence objective de l’islam, contrairement au pèlerinage à La Mecque, à l’observance du ramadan et aux prières quotidiennes.

Au-delà de modalités à aménager de façon souple et pragmatique, de nécessaires exceptions et adaptations, on ne saurait céder sur le principe dans cette affaire sans prendre le risque de rendre xénophobe l’un des peuples historiquement les plus tolérants de la planète.

Le ministre Drainville devrait abandonner le terrain glissant de valeurs qui sont plus occidentales que québécoises pour se centrer sur la laïcité, concept autrement plus solide. En territoire nord-américain, c’est véritablement une valeur québécoise, que nous partageons avec les autres sociétés francophones de la planète.

À notre façon! N’en déplaise aux dogmatiques de la laïcité, Montréal n’est pas Paris. Mais la métropole n’est pas Toronto ni Vancouver non plus, où on trouve normal que des juges portent des signes religieux ostentatoires.

Baliser, c’est en même temps permettre... La politique québécoise pourrait paradoxalement augmenter le nombre des accommodements raisonnables, avec cette différence cruciale qu’ils seront mieux acceptés parce que balisés par le pouvoir québécois. On devrait admettre plus facilement aussi que les citoyens sont libres de se promener dans la rue habillés comme ils le veulent, y compris pour recevoir des services de l’État.

Quant au maintien du crucifix à l’Assemblée nationale, c’est l’équivalent exact de la référence à la suprématie de Dieu que Pierre Elliott Trudeau dut consentir à incorporer au préambule de sa Charte des droits en 1982, même si cela contredisait la liberté de conscience. Par réalisme politique...

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