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Les gentils contre les méchants

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Si j’ai bien compris le discours dominant à propos de la charte des valeurs, le Québec se diviserait en deux camps. D’un côté, il y aurait la plèbe galeuse. Un peu bête, ignorante, éloignée de la grande ville, elle baignerait dans la xénophobie ordinaire et serait manipulée par des politiciens cyniques excitant ses basses passions par électoralisme. Évidemment, ce sont les méchants.

Si j’ai bien compris le discours dominant à propos de la charte des valeurs, le Québec se diviserait en deux camps. D’un côté, il y aurait la plèbe galeuse. Un peu bête, ignorante, éloignée de la grande ville, elle baignerait dans la xénophobie ordinaire et serait manipulée par des politiciens cyniques excitant ses basses passions par électoralisme. Évidemment, ce sont les méchants.

De l’autre côté, il y aurait les vertueux. Ils seraient hostiles à la charte et signeraient des pétitions contre elle. Ils seraient ouverts, inclusifs, généreux, urbains, tolérants, accueillants et hospitaliers. Ils représenteraient la fine fleur d’une humanité libérée de ses préjugés contre le nationalisme bouseux. Eux, ce sont les gentils.

Piège pour la démocratie

Les gentils se rangent sous la bannière des droits fondamentaux. Ils se grandissent en diabolisant leurs adversaires. Ils rejouent la guerre éternelle du bien contre le mal. Je note une attitude: celle d’un sentiment affiché et dégoulinant de supériorité morale. Rien de plus jouissif que de surplomber la masse ignorante et de lui faire la leçon, non?

Ils ont le monopole de la vertu. D’un coup, ce ne sont plus deux conceptions de l’intégration des immigrants qui s’affrontent, mais les valeureux démocrates contre les nationalistes obscurantistes. À l’abri de leur clavier, ils s’imaginent résister à la tyrannie. À une nuance près qu’il n’y a ni bruit de bottes, ni milices, ni police politique, ni abolition des élections.

Ils se disent inquiets de la réputation du Québec à l’étranger, mais ils sont les premiers à la salir. Partout, ils colportent cette idée: quelque chose de très grave se passerait au Québec en ce moment. Comme si des extrémistes antidémocratiques étaient au pouvoir. Il faudrait se mobiliser, faire barrage et espérer la punition correctrice des tribunaux canadiens.

Cet absolutisme moral est un piège pour la démocratie. Il empêche le débat et pousse à la radicalisation dans la mesure où il refuse l’idée même d’un compromis possible entre des conceptions concurrentes, mais légitimes, du bien commun. Si les partisans de la charte sont animés par la xénophobie, il ne faut pas débattre avec eux, mais les écraser une fois pour toutes.

Xénophobie

Évidemment, et heureusement, on peut être pour ou contre la charte. Mais ce qui me frappe, c’est l’incapacité radicale de la majorité des adversaires de la charte à s’imaginer qu’elle repose sur des préoccupations légitimes. N’est-elle pas là, la vraie intolérance?

Dans l’incapacité d’accepter un débat modéré, serein et respectueux? Pourrions-nous être adversaires sans être ennemis?

Je ne dis pas que la xénophobie est absente au Québec. Ici comme ailleurs, il y a des imbéciles, des esprits bornés, des excités hargneux. Je dis simplement qu’elle est minoritaire, marginale.

Il faut du culot, par ailleurs, pour toujours ramener à la xénophobie le désir légitime d’intégrer les immigrants à la majorité historique francophone.

C’est un peu comme si nous avions intériorisé la vision de Pierre Elliott Trudeau. Selon lui, laissés à eux-mêmes, les Québécois, et plus encore les nationalistes, se laisseraient aller à la dictature.

Mais après plus de 30 ans à vivre sous sa Constitution, cette intériorisation était peut-être inévitable? Cela n’en est pas moins détestable.

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