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Enseignants armés

«Les gardiens du troupeau»

«Les gardiens du troupeau»
Photo courtoisie Des professeurs, qui ne veulent pas être identifiés parce qu’ils n’ont pas toujours l’approbation de leurs écoles, apprennent à tirer, à désarmer un tireur fou et à protéger leurs élèves lors de simulations orchestrées par d’anciens militaires.

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Après avoir suivi cet été une formation pour manier les armes et déjouer un tireur, Lisa a décidé de changer complètement la configuration de sa classe.

Après avoir suivi cet été une formation pour manier les armes et déjouer un tireur, Lisa a décidé de changer complètement la configuration de sa classe.

«J’ai déplacé mes grandes bibliothèques à côté de la porte, prêtes à être glissées devant pour la bloquer», dit l’enseignante de troisième année.

La rentrée est aussi bien différente pour Angela, 40 ans, professeure dans une école primaire en Ohio.

«J’ai repéré les endroits où l’on peut se cacher dans ma classe, la grande table pour se protéger des balles et quels objets je pourrais utiliser pour défendre mes élèves», dit celle qui a aussi suivi la formation.

Lisa, 35 ans, garde même des réser­ves de serviettes hygiéniques dans son bureau. «C’est un truc maison qu’on a appris lors de la formation, c’est beaucoup plus efficace pour arrêter les blessures de saigner», dit celle qui enseigne depuis 14 ans.

Lisa attend que la direction de son école, Southwest Local School District en Ohio, approuve le port d’arme cachée chez les professeurs. «Nous sommes en discussions.» Elle envisage d’apporter son arme en classe dès qu’elle en recevra la permission.

Angela attend aussi d’avoir la permission de son école. Elle se portera volon­taire dès que la décision sera approuvée. «C’est une énorme responsabilité que je suis prête à assumer. Si je peux protéger la vie d’un seul enfant, c’est déjà ça», dit-elle.

Protéger les élèves

Certains professeurs, aux États-Unis, sont prêts à tout pour protéger leurs élèves.

«Ce sont les gardiens du troupeau», dit John Benner, instructeur en chef du Tactical Defense Institute en Ohio.

Pour Angela, la tuerie de l’école primaire Sandy Hook a servi de wake-up call. «Ça a changé ma vie. Je n’avais jamais pensé que ce genre de choses pouvait arriver dans une école primaire. Je pleure encore rien que d’y penser. Je me suis rendu compte que je ne n’aurais pas du tout su quoi faire si un tireur était entré dans ma classe.»

À Sarasota, en Floride, Mike Magowan, président de la Veritas Academy, apprend aux professeurs à se défendre depuis plus d’un an. Pas seulement avec des armes à feu, mais aussi avec des livres, des chaises et des crayons.

Motivés par la peur

Les enseignants qui s’inscrivent viennent de tous les horizons. Ils ont de 20 à 60 ans. La seule chose qu’ils ont en commun? «Ils ont peur que le prochain détraqué choisisse leur école», dit-il.

«Ils sont prêts à mourir pour les enfants des autres, on leur doit bien cet entraînement», ajoute James Irvine, président de la Buckeye Fire­arms Association et instructeur.

Il a vu les professeurs réagir de toutes sortes de façon à l’entraînement. Dans plusieurs cas, ils s’effondrent en larmes devant le réalisme des mises en situation. «On leur apprend à réagir quand c’est l’enfer autour d’eux et à gérer leurs émotions. C’est un entraînement très intense, ils oublient même de respirer, leur cerveau cesse de fonctionner.»

Lisa, elle, se sent maintenant prête à toute éventualité. «Je suis en contrôle et plus compétente si quelque chose arrive. Je suis beaucoup plus à l’affût du comportement des gens à l’école. Quand je marche dans le corridor, je suis alerte et je pense une étape à l’avance.»

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