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Après les enseignants armés

Des élèves entraînés à contre-attaquer

Des élèves entraînés à contre-attaquer
Photo courtoisie Les professeurs utilisent des pistolets à air comprimé (airsoft gun) avec des balles de plastique pour la simulation. Les nerfs des professeurs sont mis à l'épreuve, puisque la douleur est réelle s'ils sont touchés avec ce genre de balles.

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En plus de vouloir armer leurs professeurs, certaines écoles aux États-Unis vont même jusqu’à entraîner leurs élèves de la maternelle à contre-attaquer un tireur fou.

En plus de vouloir armer leurs professeurs, certaines écoles aux États-Unis vont même jusqu’à entraîner leurs élèves de la maternelle à contre-attaquer un tireur fou.

En plus de l’habituel exercice d’incendie, les étudiants de l’école New Life Baptist Academy à Albuquerque au Nouveau-Mexique apprennent aussi à réagir à l’irruption d’un homme armé sur le campus.

Leurs élèves de 5 à 16 ans sont formés pour se protéger d’un éventuel attaquant jusqu’à le désarmer.

L’école est protégée par une équipe d’ex-policiers. La directrice de l’école, le cofondateur et quatre professeurs sont également armés en classe.

Cette école privée a probablement les mesures les plus extrêmes au pays, mais le massacre de l’école Sandy Hook au Connecticut en décembre dernier a poussé plusieurs autres écoles à changer leur plan d’urgence.

C’est aussi le cas de la commission scolaire South Point en Ohio. Depuis cinq ans, leurs écoles font, deux fois par année, un exercice de préparation en cas d’irruption d’un tireur.

On enseigne aux élèves comment se barricader, se cacher dans un coin de la classe, fermer les lumières et attendre en silence. Le fameux lock down est la norme dans la majorité des écoles.

Dès novembre cependant, la commission scolaire compte adopter la méthode ALICE (alert lockdown inform counter evacuate), une approche très controversée aux États-Unis. Le programme a été créé par un ancien policier du groupe tactique d’intervention (SWAT), Greg Crane. Plus de 300 écoles ont adopté le programme.

«On enseigne plutôt le contraire aux enfants, on leur dit de crier, lancer des objets, des livres sur le tireur pour le distraire. Quelqu’un est affecté à l’interphone pour alerter le reste de l’école», explique Mark Christian, 53 ans, directeur général de la commission scolaire.

Trop cher

Pour lui, la solution n’est pas d’avoir une présence policière dans chaque école ou un garde armé. «C’est trop cher et c’est une dépense difficile à justifier dans nos budgets», dit-il. Pour l’instant, le port d’arme chez les professeurs n’est pas permis dans son district.

Certains parents s’opposent vivement à ce que leurs enfants suivent l’entraînement ALICE.

«Je suis d’accord, on prévoit l’implanter auprès du personnel avant et éventuellement chez les élèves. Le but n’est pas de faire peur aux enfants, mais de leur donner des outils pour réagir», dit Matthew Drill, 39 ans, professeur d’histoire à Edgerton School District en Ohio. Son école ne permet pas encore le port d’arme à l’école. Comme il est aussi policier, il est le seul employé armé sur le campus.

Selon lui, les simulations de tireurs dans les écoles vont devenir la norme, autant que les exercices d’incendie. «Surtout dans les petites commissions scolaires comme la mienne. Je pense que c’est la seule option qu’on a. J’aimerais qu’on puisse payer des gardes ou policiers à temps plein, mais c’est impossible. Les écoles sont en déficit.»

«Si on pouvait se permettre d’avoir des gardes armés dans toutes les écoles, OK, mais il y a 150 000 écoles à travers le pays, c’est impossible. Il faut entraîner les enfants», ajoute James Irvine, président de la Buckeye Firearms Association.

La formation des professeurs
Les trois jours offerts par la Buckeye Firearms Association en Ohio
Jour 1
La formation commence par une leçon de deux heures sur les tueries aux États-Unis, leur analyse et comment les forces de l’ordre ont réagi. «Dans 98 % des cas, le tireur agit seul et la moyenne des morts est de cinq par minute si personne n’intervient, explique James Irvine, président de l’association. On a étudié des centaines de tueries pour arriver à ces conclusions.» √ Le reste de la journée est un cours de tir à l’extérieur sur des cibles. Les professeurs doivent atteindre des points très précis. On leur apprend à recharger leur arme rapidement, comment se positionner, tenir leur arme, viser et tirer.
Pour suivre la formation, les professeurs doivent déjà avoir un permis de port d’arme dissimulée. Ils ont donc déjà manié une arme. Ils utilisent leur propre arme pour le cours. La plupart utilisent des pistolets semi-automatiques de calibre 9 mm.
Jour 2
On apprend aux professeurs comment tirer sur des cibles qui bougent au champ de tir et comment bien cacher leur arme lorsqu’ils la portent sur eux.
La formation tactique débute. Les professeurs apprennent comment bien utiliser l’espace d’une école, par exemple, comment le mur de béton de leur classe peut devenir une protection.
Une salle de classe, un corridor et un hall d’école ont été recréés au centre d’entraînement de tir. Les professeurs se promènent dans cet espace où plusieurs cibles ont été placées et doivent décider comment utiliser leur arme pour chaque situation. Ils utilisent leur arme non chargée pour cet exercice.
Jour 3
C’est l’étape qu’on appelle l’entraînement «force contre force». Il s’agit d’une simulation de tireur fou qui entre dans l’école. Les professeurs jouent chacun leur tour le rôle du tueur ou des victimes. La situation est réaliste, ils doivent réagir parmi les cris et le chaos et apprendre comment trouver le tireur quand tout le monde court partout.
Pour cette partie, les professeurs utilisent des fusils à air comprimé qui tirent des projectiles de plastique. «Si vous êtes touché par ces balles, la douleur est suffisante pour créer une situation de stress chez les professeurs et une montée d’adrénaline», explique James Irvine.
On fait vivre aux professeurs plusieurs scénarios différents dans l’éventualité où le tireur se trouve dans un endroit vaste comme une cafétéria ou un auditorium. «Ils font face à des décisions difficiles, comme de laisser quelqu’un mourir afin d’avoir une meilleure cible», explique James Irvine.
Ils reçoivent une formation médicale de trois heures pour porter secours aux blessés.
Les armes à feu aux États-Unis

En 2010,
2694
enfants ont été tués par balle aux États-Unis et 15 576 enfants et adolescents ont été blessés par balle. C'est trois fois plus que le nombre de soldats blessés en Afghanistan. (Selon Children’s Defense Fund).
33 %
des foyers aux États-Unis ont une arme à feu et la moitié de ces foyers ne verrouillent pas leurs armes.
(Source : Brady Campaign to End Gun Violence)
Selon le Centers for Disease Control, le taux de décès dû aux armes à feu chez les enfants de 14 ans et moins est de 17 fois supérieur à celui des 25 autres pays industrialisés réunis.
Il y aurait plus de 300 millions d'armes à feu aux États-Unis, pour une population de 314 millions (selon le Centre de recherche national de sondage (NORC) de l'Université de Chicago).
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