/opinion/columnists
Navigation

Le débat qu’il nous faut

Coup d'oeil sur cet article

La logique de la classe politique est difficile à suivre. Alors que, depuis plusieurs années, elle n’accorde que peu d’intérêt à la situation économique du Québec, il a suffi que le Parti québécois présente son projet de charte des valeurs pour que les partis d’opposition, en particulier la CAQ, l’implorent d’ouvrir le débat sur l’économie.

La logique de la classe politique est difficile à suivre. Alors que, depuis plusieurs années, elle n’accorde que peu d’intérêt à la situation économique du Québec, il a suffi que le Parti québécois présente son projet de charte des valeurs pour que les partis d’opposition, en particulier la CAQ, l’implorent d’ouvrir le débat sur l’économie.

Certes, les plus récentes statistiques sont décevantes et aussi bien les politiques que l’idéologie du gouvernement Marois ont de quoi refroidir les investisseurs les plus optimistes. Mais il convient tout de même de s’interroger sur les motivations réelles de la CAQ.

L’insistance de son chef vient-elle d’un désir authentique de faire la lumière sur notre performance économique, ou est-ce purement une manœuvre pour faire de l’ombre à l’initiative péquiste et attirer les projecteurs sur sa mesure phare, le Projet Saint-Laurent?

La question est importante, car si la CAQ souhaite réellement une analyse de fond et une réflexion productive, elle évitera de comparer les statistiques d’aujourd’hui à celles de l’an dernier. Ce genre d’analyse permet au mieux d’illustrer des variations conjoncturelles peu pertinentes à un débat fructueux. En revanche, les tendances de long terme renseignent sur l’efficacité de notre «modèle québécois» et sur sa capacité à créer de la richesse. Et c’est précisément sur ces tendances qu’il importe de se pencher.

Des vérités qui dérangent

Pareil exercice est d’autant plus important qu’il permet de révéler quelques vérités qui dérangent. Par exemple :

(1) Depuis 1961, le poids économique du Québec dans le Canada (soit la part du PIB québécois dans le PIB canadien) a toujours été inférieur à son poids démographique.

(2) Depuis 1976, le taux de chômage québécois a toujours été supérieur à la moyenne canadienne, sauf en 2010, où il a été égal.

(3) Entre 1976 et 2010, le revenu total moyen des Québécois (en dollars constants de 2010) a augmenté d’à peine 3% alors que celui des Canadiens a grimpé de 18%.

(4) Toujours en 1976, le Québec était la quatrième province la plus riche au Canada. Aujourd’hui, c’est à peine si nous devançons le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse et l’Île-du-Prince-Édouard.

(5) En 1981, sur les 50 États américains et les dix provinces canadiennes, le Québec arrivait en 48e place pour son PIB par habitant. En 2011, le Québec avait glissé au 56e rang et se classait indubitablement parmi les cinq régions les plus pauvres du continent.

(6) Depuis 1998, les taux de faillites et d’insolvabilité des entreprises québécoises ont non seulement toujours été supérieurs aux taux canadiens, ils ont même souvent atteint le double, voire le triple, de la moyenne nationale.

Pourtant, le Québec possède des atouts enviables. Entre autres, ses travailleurs sont bien formés, son économie postindustrielle est diversifiée, ses ressources naturelles sont abondantes et son réseau de transport est bien développé. Alors, pourquoi son niveau de vie se compare-t-il à celui du Mississippi, un État encore essentiellement agricole avec un taux d’analphabétisme élevé?

Manœuvre stérile

Faut-il un débat sur l’économie? Absolument! Toutefois, palabrer sur le Projet Saint-Laurent ou sur toute autre initiative motivée par des considérations électorales serait stérile. Se demander pourquoi le Québec tire de l’arrière et s’il faut continuer à entretenir notre modèle actuel, voilà le débat qu’il nous faut!

Commentaires