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Aller en bourse... pour quoi faire?

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Les observateurs du monde des affaires s'excitent depuis qu'ils ont appris que Twitter avait décidé d'aller en bourse. Quand la machine à rumeurs s'emballe avant un appel public à l'épargne - le nom français d'un IPO («initial public offering») -, la frénésie n'a d'égale que celle qui précède une naissance royale ou le début du marché des joueurs autonomes dans la LNH. À quelle bourse Twitter s'inscrira-t-elle? À combien sera fixé le prix initial de l'action? Le cours du titre grimpera-t-il en flèche ou chutera-t-il? Quand Twitter dévoilera-t-elle les détails de son projet?

Mais d'abord, pourquoi aller en bourse?

La réponse brève, c'est: parce qu'on a besoin d'argent pour croître. Deux options s'ouvrent à une entreprise qui a besoin de financement pour ses projets: emprunter ou vendre une partie de son capital-actions. Emprunter, ça signifie évidemment payer des intérêts à ses créanciers; si on a un bon crédit - en d'autres mots, si nos créanciers ont confiance en notre capacité de les payer -, on aura un bon taux d'intérêt.

Si on décide de vendre des actions, on a accès à de l'argent sans payer d'intérêts, mais on sacrifie une partie du contrôle sur notre entreprise. Et là, on a le choix: on peut vendre ces actions à des investisseurs de façon privée - que ce soit notre beau-frère ou un fonds d'investissement comme le Fonds de solidarité de la FTQ - ou on peut choisir de les offrir au public sur le marché boursier.

Dans le cas de Twitter, l'entreprise a déjà fait le plein d'argent auprès d'investisseurs privés - plus d'un milliard de dollars. Elle veut maintenant passer à une autre étape et solliciter la faveur d'investisseurs sur le marché public, dans l'espoir de récolter environ 1,5 milliard de dollars, semble-t-il.

Mais cette décision comporte des contraintes, notamment celle de la transparence. En d'autres mots, il faut que l'investisseur sache ce qu'il ou elle va acheter en se procurant des actions de l'entreprise!

Quand une entreprise demeure la propriété d'investisseurs privés - on parle alors d'une société à capital fermé -, le grand public n'a pas à savoir combien d'argent elle gagne, combien d'argent elle doit, quels sont ses plans d'avenir, quels risques elle court, ou combien elle paie ses hauts dirigeants.

Mais quand elle souhaite vendre ses actions au grand public, elle doit dévoiler tout cela. Même si ça peut faire peur à certains investisseurs - on se souvient de l'entrée en bourse ratée de Facebook. Même si ses concurrents peuvent tirer profit de ces informations désormais accessibles à tous.

Et aller en bourse, ça signifie aussi permettre au marché de dicter la valeur de l'entreprise, bien longtemps après que celle-ci aura empoché l'argent de son appel public à l'épargne. De toute l'entreprise, même si on n'a vendu que 10 ou 15 pour cent de nos actions sur le marché public, comme ce sera sans doute le cas de Twitter.

Le marché, ça veut dire les fluctuations parfois inexplicables des cours boursiers - le taux de chômage est-il à la hausse ou à la baisse? les consommateurs sont-ils moroses ou enthousiastes? une catastrophe naturelle a-t-elle eu lieu? Le marché, ça veut aussi dire les analystes qui, chaque trimestre, jugent si l'entreprise a répondu aux attentes, quant à ses ventes et quant à ses profits. Ça veut dire publier un rapport annuel, dévoiler des résultats trimestriels, courtiser les analystes et les journalistes - question de gérer les attentes du marché -, donc embaucher des spécialistes des «relations avec les investisseurs», et s'assurer que l'on respecte les lois et règlements, de plus en plus sévères, régissant le commerce des valeurs mobilières.

C'est extrêmement contraignant, à tel point que plusieurs entreprises cotées en bourse choisissent de redevenir privées quelques années plus tard.

On comprend donc que la décision de Twitter sera cruciale pour son avenir. Nous la suivrons et la décortiquerons pour vous, dès que l'entreprise aura ouvert son jeu, d'ici quelques jours.

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Petite note: contrairement à ce que vous avez pu lire dans le Journal ce matin, je ne suis plus directeur chez Desjardins. Je consacre maintenant tout mon temps à mes études, à mes charges de cours, à mes mandats de consultation... et à ce blogue!

4 commentaire(s)

Drako dit :
1 octobre 2013 à 15 h 57 min

"...on parle alors d’une société à capital fermé -, le grand public n’a pas à savoir combien d’argent elle gagne, combien d’argent elle doit, quels sont ses plans d’avenir, quels risques elle court, ou combien elle paie ses hauts dirigeants."

Ahhh..Je comprends maintenant ce que vous vouliez dire par: “...vous expliquer comment et pourquoi se prennent les grandes décisions d’affaires qui vous concernent.”

:-D

Drako dit :
1 octobre 2013 à 16 h 16 min

"C’est extrêmement contraignant, à tel point que plusieurs entreprises cotées en bourse choisissent de redevenir privées quelques années plus tard."

Après tout ce que vous avez décrit, c'est quoi qu'implique une compagnie qui se lance en bourse, je n'en suis pas surpris et c'est facile à comprendre.

Je me demande bien c'est quoi le ou les projets que Twitter veut faire qui lui demande autant d'argent pour faire le sacrifice d'aller en bourse publique? Ça doit quand même être un bon montant qu'ils recherchent pour ne pas prendre l'option d'un prêt ou approcher leurs actionnaires privées ou en trouver d'autres. Est-ce que leurs actionnaires privées ne veulent plus investir ou ne veulent pas investir dans leur nouveau projet ? Est-ce que leurs actionnaires privées veulent se débarrasser de leurs actions ?

Est-ce qu'ils ont pensé d'approcher le gouvernement québécois pour une bourse, il est démontré que le gouvernement du Québec est très généreux en matière de bourse aux entreprises privées ;-)

Stéphane Éthier dit :
1 octobre 2013 à 22 h 58 min

On en saura probablement plus quand Twitter rendra publics les détails de son projet d'entrée en bourse... Ça devrait être fort intéressant: se lancer en bourse, c'est contraignant pour l'entreprise, mais ça donne beaucoup de matière à analyse aux observateurs!

Stéphane Éthier dit :
1 octobre 2013 à 23 h 07 min

Je ne dis pas que ce ne serait pas intéressant de savoir tout cela - je suis pas mal curieux de nature, à vrai dire! En revanche, je comprends que les entreprises qui sont à capital complètement privé n'aient pas à dévoiler certaines informations financières au grand public, du moment qu'elles respectent les lois et qu'elles ne menacent pas l'intérêt public, notamment la santé et la sécurité de la population.

De la même façon, je serais peut-être curieux de savoir combien gagne mon troisième voisin et comment il gagne son argent, mais en soi, je comprends que je ne sois pas en mesure d'exiger de connaître ces informations...