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Crime organisé: les diamants et autres pierres précieuses servent de plus en plus à blanchir de l'argent

Le trafic des diamants sales
Photo ben pelosse Leng Ky Lech et son mari Sy Veng Chun sont accusés de recyclage des produits de la criminalité. Durant le procès, on a révélé que la bijouterie de Lech avait importé des millions de dollars en diamants qui auraient servi à blanchir l’argent du caïd Daniel Muir.

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Le crime organisé du Québec utilise de plus en plus les diamants, l’or et des pierres précieuses pour blanchir de l’argent provenant du trafic de drogue. Dans certains cas, ils profitent de la complicité de bijouteries et de bureaux de change.

Le crime organisé du Québec utilise de plus en plus les diamants, l’or et des pierres précieuses pour blanchir de l’argent provenant du trafic de drogue. Dans certains cas, ils profitent de la complicité de bijouteries et de bureaux de change.

Selon les informations obtenues par notre Bureau d’enquête, les diamants sont particulièrement appréciés des trafiquants. «Il est maintenant très difficile de passer de l’argent comptant aux douanes. Ça explique la popularité grandissante des diamants comme monnaie d’échange», nous a mentionné une source bien au fait de ce type de transaction.

Dans certains cas, les diamants sont dissimulés dans des condoms et avalés pour passer plus facilement la frontière. Les diamants laissent également moins de traces que l’argent qui circule dans les comptes en banque.

Une petite poignée de diamants qui tient dans le creux d’une main peut valoir plusieurs dizaines de milliers de dollars, d’où l’intérêt pour les trafiquants.

Une qualité exceptionnelle

Lors des perquisitions, il arrive également que les policiers saisissent des bijoux valant plusieurs milliers de dollars. Chaque année, le Bureau de la disposition des biens du gouvernement du Québec met en vente environ 300 diamants provenant des saisies policières. «La valeur varie entre 10 $ et 10 000 $ en moyenne», dit la porte-parole du Centre de services partagés du Québec, Alexandra Reny.

Ces diamants sont souvent d’une qualité exceptionnelle. Ainsi, notre Bureau d’enquête a pu admirer un diamant de 4,29 carats valant environ 35 000 $, qui sera vendu par appel d’offres prochainement. Lors du procès de Leng Ky Lech et de son mari Sy Veng Chun, l’ancien spécialiste des diamants à la GRC, Kelly Ross, a ainsi décrit les diamants saisis à la bijouterie Peng Heng Or-Gold sur le boulevard Saint-Laurent. «Cette quantité et cette qualité de diamants, ce n’est pas ce qui est utilisé dans les bijouteries... mais ils correspondent à l’entreposage du patrimoine en lien avec le blanchiment d’argent.»

Au total, des centaines de diamants y ont été saisis pour une valeur de plusieurs millions.

Faux diamants

Le crime organisé est toutefois victime de sa propre médecine et se retrouve parfois avec des diamants qui sont faux. Un évaluateur montréalais, Yves Morrier, raconte avoir déjà été appelé par des policiers pour évaluer une imposante collection de faux diamants saisie chez un mafieux notoire.

Pour parvenir à remettre les diamants sur le marché, le crime organisé a toutefois besoin de complices. En mars dernier, 28 chefs d’accusation ont été déposés contre deux bijouteries de la rue Saint-Hubert à Montréal.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) soupçonne les propriétaires des bijouteries Wing Heng et Kim Loc d’avoir agi de concert dans le blanchiment de sommes d’argent provenant du trafic de stupéfiants. Un bureau de change était adjacent à l’une des bijouteries.

Au total, plus de 360 000 $ en devises américaines ont été saisis, en plus de devises canadiennes, australiennes, d’euros et de dix onces d’or.


En 2007, l’opération Python avait mené à des accusations contre la bijouterie Yong Meer à Montréal. Les accusations ont finalement été abandonnées, mais les sommes saisies sont toujours conservées en raison d’un litige avec l’Agence du revenu du Canada. Les 194 diamants saisis auraient été retournés.

Pour plus d’information sur les appels d’offres de diamants, consultez le www.dispositiondesbiens.gouv.qc.ca

Avec la collaboration de Éric Yvan Lemay

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