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Le Québec | Une histoire de famille

Les Parent

Traître ou réformiste ?

Les Parent

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En 1837, les Canadiens français sont divisés en deux camps: ceux qui optent pour une guerre d’indépendance et ceux qui misent encore sur une solution négociée. Journaliste et intellectuel influent, Étienne Parent (1802-1874) appartient alors au deuxième groupe.

En 1837, les Canadiens français sont divisés en deux camps: ceux qui optent pour une guerre d’indépendance et ceux qui misent encore sur une solution négociée. Journaliste et intellectuel influent, Étienne Parent (1802-1874) appartient alors au deuxième groupe.

Sur les sept Parent qui immigrent en Nouvelle-France, quatre vont laisser une descendance. Parmi eux, Pierre Parent (1626-1698), le plus ancien des pionniers de cette famille qui occupe aujourd’hui le 483e rang des patronymes les plus portés au Québec (16 300 personnes). Originaire de Mortagne-sur-Gironde en France, celui-ci traverse l’Atlantique au milieu du 17e siècle. Le 9 février 1654, ce maître boucher épouse Jeanne Badeau et s’installe à Québec, puis à Beauport. Le couple aura... 18 enfants!

PRUDENCE ET DÉSESPOIR

Parmi les descendants de ces pionniers, Étienne Parent naît à Beauport et fréquente le Séminaire de Nicolet. Âgé d’à peine 20 ans, il devient journaliste au Canadien. En plus d’étudier le droit, il travaille comme traducteur et bibliothécaire au Parlement du Bas-Canada (Québec de l’époque). Durant les années 1830, il devient l’un des journalistes les plus influents de la colonie.

Il appuie les grandes réformes proposées par Louis-Joseph Papineau en 1834. Comme ce dernier, il trouve totalement inacceptable qu’une toute petite clique de privilégiés s’arrogent tous les pouvoirs.

S’il est d’accord avec le programme de Papineau, Étienne Parent désapprouve cependant sa stratégie durant l’été et l’automne 1837. Après le refus de Londres d’apporter les changements demandés, plusieurs croient l’affrontement inévitable. Parent pense au contraire qu’une guerre ouverte contre la Grande-Bretagne, sans soutien militaire des États-Unis, serait carrément suicidaire. Sa solution? «Une soumission honorable...»

En décembre 1837, après les premiers affrontements, il condamne «l’entreprise insensée» des chefs patriotes qui a mené selon lui à la «misère publique» et à la perte «des droits politiques». En vain, il lance des appels au calme et réclame le retour des libertés que les autorités ont suspendues.

Malgré ce sens du compromis, les autorités britanniques associent Parent au camp des rebelles. Après la seconde insurrection de 1838, il est emprisonné dans l’insalubre prison de Québec pendant plusieurs mois. Libéré le 12 avril 1839, il est à moitié sourd et complètement désespéré. Il abandonne l’espoir de voir naître un jour une «nationalité purement Française» (Le Canadien, 13 mai 1839).

MISER SUR L’ÉDUCATION ET L’ÉCONOMIE

Après une brève incursion en politique, il devient haut fonctionnaire et quitte pour de bon le journalisme. Le temps aidant, il se ressaisit et prononce une série de conférences marquantes sur les grands défis de l’époque.

Sa conviction la plus chère, reprise par la suite par plusieurs intellectuels et hommes politiques québécois, c’est que la survie d’un peuple ne se joue pas seulement en politique. Un peuple fort et vigoureux, c’est d’abord un peuple éduqué et prospère.

Dans une conférence consacrée à «l’industrie», il déplore que les Canadiens français n’aient pas accordé assez d’importance à l’instruction. Il soutient d’ailleurs vigoureusement la taxe obligatoire en éducation que tente d’imposer le gouvernement de la colonie au milieu des années 1840. Aussi, il se méfie des commissions scolaires récemment créées notamment parce qu’elles sont trop souvent dirigées par des illettrés qui ne comprennent rien à l’éducation.

Il invite également ses compatriotes à s’intéresser davantage à la «science de l’économie» qui, selon lui, «préside à la richesse». Au lieu de se contenter d’assurer leur subsistance, les cultivateurs feraient mieux de s’informer des derniers progrès de la chimie, «une science toute moderne».

Pour certains, Étienne Parent est le premier d’une longue série de «Canadiens français de service». Je le vois pour ma part comme un réformiste qui, de bonne foi, a tenté de sauver les meubles alors que tout semblait perdu.

(Étienne Parent, Discours, Presses de l’Université de Montréal, 2000. Une édition critique réalisée par Claude Couture et Yvan Lamonde.)

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