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Santé

La charte, les valeurs et l’hôpital

La charte, les valeurs et l’hôpital
photo courtoisie

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Un sujet sur toutes les lèvres et abordé sur toutes les tribunes par les temps qui courent. On me pose souvent la question: qu’en est-il dans votre pratique? À la blague, je réponds parfois que nous n’avons rien contre le voile, il fait partie de notre quotidien en chirurgie... Nous le portons tous!

Un sujet sur toutes les lèvres et abordé sur toutes les tribunes par les temps qui courent. On me pose souvent la question: qu’en est-il dans votre pratique? À la blague, je réponds parfois que nous n’avons rien contre le voile, il fait partie de notre quotidien en chirurgie... Nous le portons tous!

Plus sérieusement, notre engagement, en tant que médecins, est clair, nous en avons fait le serment. Bien que la pratique médicale soit assujettie à des lois, des règlements et à un code de déontologie, les facultés de médecine et les collèges de médecins occidentaux font toujours prêter serment aux nouveaux médecins. Celui-ci s’inspire du texte du serment attribué à Hippocrate qui remonte au IVe siècle av. J.-C. et peut être considéré comme le principe de base de la déontologie médicale. C’est en quelque sorte notre charte des valeurs. Au nombre de celles-ci: «Je remplirai mes devoirs de médecin envers tous les patients avec conscience, loyauté et intégrité».

À l’Hôpital du Sacré-Cœur (HSCM), comme fort probablement dans tous les centres hospitaliers, nous prodiguons des soins sans discrimination. Tous ont accès à la même qualité de soins. C’est notre engagement. Autant à titre de médecins qu’à titre d’institution. Un point c’est tout. Cependant, si nous soignons sans discrimination, il n’est toutefois pas vrai de dire qu’à l’HSCM nous n’en sommes pas victimes...

UN HÔPITAL QUI SE MEURT

Notre établissement est un vieillard qui n’a pas eu de soins depuis 1926 autrement que de se voir doter d’une nouvelle unité des urgences afin de pouvoir accueillir plus de patients! Nos unités de soins sont obsolètes et ne correspondent plus aux normes actuelles de prévention des infections, de confidentialité, de sécurité, d’enseignement et de recherche, d’accessibilité et de confort. Seulement 24 % des lits sont localisés dans des chambres individuelles et 63 % de ceux-ci sont regroupés dans des chambres qui en comptent entre 3 et 5. Pas moins de 89 % des chambres ne sont pas dotées de toilettes obligeant les patients à partager des salles de toilettes communes. 70 % des lits n’ont pas accès aux gaz médicaux. Faute d’espace, les corridors sont utilisés en tant qu’aires d’entreposage. Récemment, un orage a obligé la fermeture de notre bloc opératoire et causé la perte de fournitures médicales d’une valeur de 4,5 millions de dollars...

Sacré-Cœur n’est pas un hôpital du tiers-monde! Localisé stratégiquement au carrefour des grands axes routiers et de l’aéroport, l’HSCM est un centre suprarégional, regroupant toutes les spécialités sous un même toit, membre du grand réseau d’excellence formé par les établissements affiliés à l’Université de Montréal. Notre territoire de référence s’étend de l’autoroute métropolitaine à la Baie d’Ungava et de Gatineau à Trois-Rivières pour un bassin total de près de 2 millions de personnes. L’HSCM jouit d’une notoriété spécifique dans plusieurs disciplines en lien avec nos vocations historiques comme la lutte antituberculeuse (Dr Norman Bethune en chirurgie), la pandémie de polio (Dr Samson, en orthopédie) ou l’émancipation des techniques en santé mentale (Dr Camille Laurin) pour ne nommer que celles-ci. Nous sommes aussi désormais le terminus de la ligne 9-1-1: le principal corridor de transfert pour les grands traumatisés des régions du nord-ouest du Québec.

URGENCE

Le problème est criant. Depuis 2009, pas moins de cinq annonces ministérielles ont été faites pour préciser que le gouvernement interviendrait pour la réfection de l’établissement. Nous attendons, mais jusqu’à maintenant il ne s’est rien passé et rien ne nous laisse croire qu’il se passera quelque chose dans un avenir rapproché. La maladie, elle, n’attend pas. Elle est bien organisée. Tout ce dont elle a besoin pour achever son œuvre c’est du temps justement. Les équipes médicales redoublent d’efforts pour continuer à offrir des soins de qualité et éviter la catastrophe comme, par exemple, la propagation d’infections causées par la non-conformité de nos installations. Un autre mal, et non le moindre, se propage aussi de façon virale: la profonde insatisfaction des mêmes équipes médicales qui œuvrent dans des conditions inacceptables...

Avec la charte des valeurs québécoises, l’État poursuit l’objectif de nous traiter tous et toutes également. Un principe qui est également l’assise de notre système de santé. Force est de constater toutefois que l’HSCM ne dispose pas des ressources pour prodiguer des soins dans un environnement en harmonie avec ce principe aux quelque deux millions de personnes qu’il dessert. Quelqu’un a-t-il exercé un droit de retrait pour Sacré-Cœur sans nous le dire?

 

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