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Taupe | Analyse

La mince ligne

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Un jour, un policier m’a dit combien la ligne était mince entre devenir un bandit ou devenir un policier.

C’est l’arrestation du spécialiste du crime organisé Benoit Roberge, pour avoir vendu des informations aux motards qu’il a côtoyés et traqués toute sa carrière, qui m’a rappelé ça.

À bien y songer, c’est logique. Jeunes, plusieurs aspirants policiers sont des gens de caractère, physiquement robustes et en forme, qui aiment faire la loi, être respectés.

Puis une fois muni d’un badge et d’une arme, le scénario se répète. Pour traquer des bandits, il faut penser comme des bandits. Pour infiltrer des criminels, il faut agir comme des criminels, parler comme eux.

Immersion

Mais pour un agent de renseignements, pour qui le travail est de recruter des informateurs et contrôler quotidiennement les ACI (agents civils d’infiltration), l’immersion dans ce milieu peut être déroutante et la ligne à ne pas franchir plutôt mince.

À la longue, il est permis de s’inquiéter d’une espèce de phénomène d’émulation ou de syndrome de Stockholm: à force d’être toujours en présence de criminels, peuvent-ils avoir tendance à banaliser leurs comportements? À vouloir les imiter?

Voir des criminels qui travaillent peu, mais qui possèdent châteaux, bateaux, belles voitures et fréquentent les meilleurs restos peut-il devenir tentant, à la longue?

Détecter les problèmes

Des mécanismes de contrôle se doivent d’exister pour éviter cela, pour détecter les policiers à risque.

Par exemple, on ne laisse habituellement pas un agent double plus de deux ou trois ans dans le même milieu, pour éviter cela.

Mais il en est autrement pour ces spécialistes de domaines très pointus. Leur formation seulement prend deux ou trois ans. Pour qu’ils deviennent des spécialistes, ils doivent y demeurer longtemps.

On en vient à avoir une quasi-confiance aveugle en eux.

Or, des contrôles réguliers devraient sans doute être faits, question de déceler une quelconque faiblesse.

Une enquête de sécurité par année ou tous les deux ans permettrait peut-être de déceler une vulnérabilité: un problème d’argent, de jeu, une mauvaise fréquentation, un nouveau beau-frère peu fiable, de gros investissements intrigants, etc.

Dans les rangs du SPVM, des policiers déplorent que contrairement à certains autres corps policiers, ces mécanismes ne soient pas assez affûtés.

Si la crise de l’affaire Davidson, qui avait aussi secoué la division du Renseignement criminel du SPVM, avait permis de limiter les libertés d’action et les accès aux systèmes, la crise de l’affaire Roberge devra permettre d’améliorer le contrôle du SPVM sur ses policiers travaillant main dans la main avec les bandits.

- Une analyse de Marc Pigeon

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