/misc
Navigation

Buts + passes + quoi encore = victoires... et dollars!

Coup d'oeil sur cet article

Quelle que soit l'entreprise, évaluer le potentiel de rendement d'un actif est un art, que l'on s'efforce néanmoins de rendre aussi scientifique que possible car, après tout, le succès se mesure à la fin de l'année en dollars. Chaque dirigeant a sa combinaison secrète et, on l'espère, gagnante, de critères d'évaluation et de facteurs de pondération: là réside l'art, puisque les données qu'on met dans notre formule «magique» sont passées et qu'on cherche à prédire l'avenir.

Imaginez que vous êtes le directeur général d'une entreprise. Vous devez gérer un portefeuille de 50 actifs, dans lesquels vous pouvez investir - à plus ou moins long terme - une somme entre 44 et 64,3 millions de dollars cette année. Vous avez 29 concurrents, toujours les mêmes. Et le succès se mesure en victoires.

Vous êtes Marc Bergevin, directeur général du Canadien de Montréal.

Comment évaluer les joueurs de hockey de la Ligue nationale ou, en d'autres mots, comment mesurer la contribution de chaque joueur aux victoires de son équipe? Et où trouver les aubaines - c'est-à-dire, les joueurs sous-évalués par le marché au regard de leur contribution réelle?

Telle est la tâche ardue à laquelle sont confrontés tous les dirigeants d'équipes sportives professionnelles. Depuis les années 1980, plusieurs analystes - souvent statisticiens ou économistes - se penchent sur cette question dans le contexte du baseball majeur: l'auteur Michael Lewis a bien raconté l'avènement de l'analyse fine du baseball dans son ouvrage Moneyball, transposé au grand écran dans un film à succès mettant en vedette Brad Pitt dans le rôle de Billy Beane, directeur général des Athletics d'Oakland.

Ce genre d'analyse est moins répandu au hockey. Cela tient en partie au sport lui-même, plus fluide que le baseball et reposant davantage sur des actions collectives, dans lesquelles la contribution de l'individu est difficile à isoler. Cela tient aussi sans doute au fait qu'il y a beaucoup moins d'argent en jeu au hockey qu'au baseball, et un plus petit bassin d'amateurs, donc d'analystes potentiels.

Mais il y en a! Le magazine Canadian Business consacre un grand article dans son numéro de septembre à deux chercheurs de l'université de Toronto qui ont élaboré un système d'évaluation des joueurs de la Ligue nationale de hockey, fondé sur leur contribution aux points accumulés par leur équipe, par l'entremise de certaines de leurs actions mesurables sur la patinoire: buts, passes, plus-moins, mises en échec, minutes de pénalité et tirs bloqués. Visiblement enthousiaste, l'auteure de l'article affirme qu'il s'agit là d'un système unique, mais il suffit de consulter les archives de la Sloan Sports Analytics Conference, le grand pèlerinage des fervents d'analyse sportive tenu chaque année au MIT, pour constater que de plus en plus de chercheurs proposent des modèles similaires, comme celui-ci et celui-là. (Attention: ces deux articles sont en anglais... et assez rébarbatifs si vous n'êtes pas à l'aise avec l'analyse statistique.)

La plupart des modèles reposent cependant sur le même principe: pour marquer des buts, il faut être en possession de la rondelle, et de préférence en zone offensive. Cela donne lieu à des conclusions parfois étonnantes. Josh Gorges bloque beaucoup de tirs adverses? C'est très courageux de sa part, mais s'il doit bloquer un tir, c'est que l'adversaire est en possession de la rondelle dans la zone du Canadien. Alexei Emelin continuera de distribuer les mises en échec à la tonne à son retour dans l'alignement? Très spectaculaire, mais là encore, cela signifiera à chaque fois que c'est un opposant qui contrôle le disque... du moins, jusqu'au moment de la mise en échec.

Heureusement, il y a moyen de s'initier à l'analyse fine du hockey sans devoir compléter une maîtrise en mathématiques dans ses temps libres. Vous trouverez sur le web quantité d'excellents sites consacrés à ce type d'analyse et fournissant toutes les explications nécessaires aux profanes:

- En anglais, Hockey Abstract et HockeyAnalysis.com sont deux destinations intéressantes pour des analyses détaillées et bien écrites.

- En français, le blogue En attendant les Nordiques propose les observations d'Olivier Bouchard, qui décortique méticuleusement chaque match du Canadien et offre des analyses lumineuses. Bouchard contribue également régulièrement au site bilingue Eyes on the Prize (il y a une section en français, ainsi qu'une section entière consacrée à la vulgarisation des statistiques fines), à mon avis le meilleur endroit sur le web pour s'informer sur le Canadien et discuter intelligemment - et parfois âprement... - avec d'autres passionnés du Tricolore et d'analyse fine de notre sport national.