/entertainment/tv
Navigation
Le Québec | Une histoire de famille

Les Lefebvre

L’ombre de Napoléon

Les Lefebvre

Coup d'oeil sur cet article

Au début du 19e siècle, l’empereur Napoléon domine complètement l’Europe. Sa gloire est telle qu’en mars 1805, Jean Lefebvre et 11 autres citoyens de la rive-sud de Montréal l’invitent à reprendre la Nouvelle-France!

Au début du 19e siècle, l’empereur Napoléon domine complètement l’Europe. Sa gloire est telle qu’en mars 1805, Jean Lefebvre et 11 autres citoyens de la rive-sud de Montréal l’invitent à reprendre la Nouvelle-France!

Le patronyme Lefebvre est l’un des plus importants en France. Normal, donc, que plusieurs membres de cette famille aient choisi de s’installer en Nouvelle-France. Selon le démographe Bertrand Desjardins, au moins 10 pionniers auraient laissé une descendance.

Le premier d’entre eux, Pierre Lefebvre, hérite en 1644 d’une belle terre dans la minuscule bourgade de Trois-Rivières, fondée quelques années plus tôt. En 1648, il est fait prisonnier par les Iroquois. Ramené sain et sauf par un bon samaritain (voir page ci-contre), il échappe à la torture et à la mort, et s’éteint au milieu des années 1660. Lui et sa femme Jeanne Auneau laissent sept enfants.

LA CONQUÊTE PROVIDENTIELLE

Pour les ancêtres de la vallée du Saint-Laurent, qui se sont vaillamment battus contre l’envahisseur anglais en 1759 et en 1760, la Conquête britannique a de lourdes conséquences. Une partie des élites retournent en France ou partent vivre dans une colonie française d’Amérique du Sud (la Guyane). Privés des anciens réseaux commerciaux, les habitants sont confinés dans une agriculture de subsistance. De 1763 à 1774, ils peuvent difficilement travailler dans l’administration publique, à moins de renier leur foi catholique.

Quarante ans après sa défaite américaine, la France est plongée dans une crise politique sans précédent. Le 14 juillet 1789, le peuple de Paris prend la Bastille, la prison du régime. Par la suite, les élus du peuple abolissent les privilèges de l’aristocratie et forcent le roi à reconnaître les pouvoirs de l’Assemblée «nationale».

En 1793, les plus radicaux prennent le pouvoir, le roi et la reine sont guillotinés, les pays voisins déclarent la guerre à la France. Parmi les officiers qui se démarquent dans les armées de la jeune république, un certain Napoléon Bonaparte.

Ces bouleversements réjouissent l’élite de la colonie qui présente désormais la «conquête» de 1760 comme un événement «providentiel». En devenant des sujets britanniques, la colonie aura évité la guerre civile et la tyrannie. Au lieu d’être un malheur, la Conquête aura finalement été un bienfait...

Allergique aux révolutions, respectueuse de l’autorité, l’Église adhère aussi à la thèse de la «conquête providentielle». Le 10 janvier 1799, l’évêque de Québec, Joseph-Octave Plessis, prononce un discours célèbre. En plus de condamner la Révolution française, il se réjouit d’une victoire des Britanniques contre la France survenue quelques mois plus tôt en Égypte. «Tout ce qui affaiblit la France tend à l’éloigner de nous, lance-t-il du haut de sa chaire. Tout ce qui l’en éloigne assure nos vies, notre liberté, notre repos, nos propriétés, notre culte, notre bonheur.»

PÉTITION À L’EMPEREUR

La France de l’empereur Napoléon est cependant loin d’être battue. Ce fin stratège accumule les victoires et étend son influence sur toute l’Europe. Comme le montre bien le sénateur Serge Joyal, auteur d’un beau livre1 sur le mythe de Napoléon au Canada français, ces triomphes impressionnent plusieurs habitants d’ici. Quelques-uns, nostalgiques de la Nouvelle-France, rêvent que la «Grande Armée» de l’empereur libère leur patrie.

Originaire de la paroisse de Beloeil, Jean Lefebvre, 70 ans, fait partie de ces nostalgiques. La pétition qu’ils sont une douzaine à signer en 1805 fait état des «intentions bien prononcées du peuple canadien de retourner sous l’Empire de la France [...] Nous sommes prêts à tout entreprendre à la première vue des Français que nous regardons toujours comme nos frères.»

Napoléon a-t-il pris connaissance de ce texte? Impossible de le savoir. Deux ans après avoir vendu la Louisiane aux Américains, tout indique qu’il n’avait absolument pas l’intention de lancer une grande invasion du Canada.


1. Serge Joyal, Le mythe de Napoléon au Canada français, Del Busso, 2013.

Commentaires