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Le courage n’a pas de prix

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Le comité Nobel a raté une belle occasion de parler au nom de millions de fillettes violentées et privées d’éducation, en ne décernant pas son Nobel de la paix à la jeune Malala. Cela aurait été un magnifique doublé vendredi, en cette Journée internationale des filles.

Le comité Nobel a raté une belle occasion de parler au nom de millions de fillettes violentées et privées d’éducation, en ne décernant pas son Nobel de la paix à la jeune Malala. Cela aurait été un magnifique doublé vendredi, en cette Journée internationale des filles.

J’ai cru dans ma grande naïveté que le Nobel saluerait le courage de cette écolière ciblée par les talibans. Malala devra se contenter du prix Sakharov décerné par le Parlement européen. La cause des filles attendra.

Faut-il s’en étonner? Entre 1901 et 2012, 862 hommes et organismes ont reçu un prix Nobel, les femmes... 45!

Un prix politique

Barak Obama a reçu l’insigne honneur en 2009, quelques mois après son élection pour ses efforts en faveur de la paix mondiale.

Qui doute encore que le Nobel de la paix ait été décerné cette année à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques sans que Washington y ait mis son grain de sel ? Et qu’il n’y a aucun lien avec ce qui se passe en Syrie?

Le travail de l’OIAC est fort méritoire. Qui n’a pas peur des armes chimiques? Elles tuent sans bruit des innocents. Le sang ne coule plus. La guerre n’a plus d’odeur. Le Nobel n’a fait que nourrir notre hantise occidentale au détriment de millions de jeunes filles qui auraient profité d’une reconnaissance internationale.

Le Canada comme le pape

Une fille sur trois est mariée avant ses 18 ans dans ces pays qu’on dit «en voie de développement» pour ne pas froisser leurs gouvernements corrompus et phallocrates. Des millions de fillettes sont forcées d’épouser des hommes de l’âge de leur père ou de leur grand-père. Imaginez vos filles. C’est à vomir.

Ces chiffres lève-cœur, c’est la ministre fédérale de la Condition féminine, Kellie Leitch, qui les cite. On attendrait de cette chirurgienne pédiatrique, qui fut conseillère en santé des enfants et des jeunes avant d’être élue, qu’elle soit touchée par le viol comme arme de guerre et le mariage de fillettes. Elle les «déplore», mais refuse de financer l’avortement des jeunes victimes.

Seul le pape peut encore prétendre à un tel conservatisme. Même des «pro-vie» reconnaissent l’avortement en cas de viol ou d’inceste.

De quel droit le Canada refuse-t-il d’aider ces fillettes violées par des porcs qui les mettent enceintes? Comment le Canada, qui fait la leçon à tout le monde, peut-il justifier qu’une femme soit forcée de garder un enfant conçu dans des conditions inhumaines? On sait que l’accouchement est l’une des principales causes de décès chez les filles de 15 à 19 ans dans ces pays archaïques.

Le Canada qui aurait, paraît-il, souhaité qu’on décerne le Nobel de la paix à Malala, n’en mérite aucun pour sa position bornée et rétrograde en matière d’aide internationale. Si le courage n’a pas de prix, la honte non plus.

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