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Le temps des débats est révolu

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Les Québécois n’aiment plus les grands débats. Pourtant, nous avons vécu cette expérience avec succès lors du référendum de 1980. Malgré tout, il semble qu’au Québec aujourd’hui, ce temps soit révolu. Cette indifférence a cependant bien servi les politiciens.

Les Québécois n’aiment plus les grands débats. Pourtant, nous avons vécu cette expérience avec succès lors du référendum de 1980. Malgré tout, il semble qu’au Québec aujourd’hui, ce temps soit révolu. Cette indifférence a cependant bien servi les politiciens.

Il n’a fallu que quelques mois pour que, sur les questions religieuses, le gouvernement Marois veuille faire du Québec une société intolérante, où les signes sont plus importants que les principes. Les immigrantes de foi musulmane devront comprendre que les tenants d’un laïcisme intégriste leur interdiront désormais de porter un voile inoffensif sous prétexte qu’il est très possible qu’une femme voilée dans une garderie fasse du prosélytisme auprès de bambins de 3 ou 4 ans. Ouf! Montréal — et sa diversité culturelle bien assumée — est devenue la cible d’une province méfiante devant des demandes parfois exagérées des groupes religieux concernés et des réponses totalement improvisées des autorités civiles.

Mais il n’y avait pas feu en la demeure. Le rapport Bouchard-Taylor donnait d’ailleurs des réponses sages et modérées. Mais il était plus politiquement rentable d’interdire plutôt que de permettre. C’est la marque la plus évidente d’un gouvernement faible, mais opportuniste.

AIDE MÉDICALE À MOURIR

Une loi imminente sur l’euthanasie illustre encore davantage ce vide «substantiel» qui caractérise la société québécoise. Trois pays seulement (Belgique, Suisse et Pays-Bas) acceptent un intervention directe du médecin pour mettre fin à la vie d’un patient. Mais au Québec, on est une société distincte ou on ne l’est pas. Notre approche sera donc plus subtile. Nous parlerons d’aide médicale à mourir et de mourir dans la dignité. Comme si certains acceptaient de mourir dans l’indignité.

Mais encore là, l’indifférence des Québécois a bien servi les politiciens. Euthanasie, acharnement thérapeutique ou suicide assisté sont des concepts difficiles à assimiler. En parlant de «mourir dans la dignité», on évitait que les mots veuillent dire les vraies choses. Cette question plus que toute autre aurait exigé une campagne d’information publique. Mais le Québec a des priorités beaucoup plus importantes. Je n’arrive pas à imaginer cependant que tous les médecins du Québec, qui ont été formés à sauver la vie de leurs patients, acceptent aussi facilement de changer le sens profond de leur action professionnelle qui est de sauver la vie et non pas de donner la mort. Que ferez-vous quand un jeune de 17 ans vous demandera la mort que vous devrez refuser parce qu’il n’a pas l’âge requis pour l’exiger?

GRANDS DÉBATS

Que ferez-vous devant des parents qui demanderont la mort pour leur enfant dont les souffrances ne sont pas moins grandes qu’un adulte consentant? Mesdames, messieurs les législateurs, si vous ouvrez cette porte, elle ne se refermera jamais.

J’ignore pourquoi les grands débats n’intéressent plus mes compatriotes. Ils souffrent peut-être d’épuisement constitutionnel. Pourtant, c’est la seule cause qui a motivé deux générations de Québécois. Qu’ils soient presque indifférents à ce qui se passe maintenant illustre à mon avis le vide profond qui accable les jeunes Québécois. Ils ne savent pas qui ils sont et, pour le moment, ne sont pas vraiment désireux de le savoir.

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