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Politique industrielle: excellent diagnostic, mesures intéressantes

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À part quand on annonce la fermeture d'une usine et la perte de centaines d'emplois, qui se préoccupe du secteur industriel et manufacturier québécois? Encore perçu - à tort - comme un secteur vieillissant et peu sexy de l'économie, il représente néanmoins 14,1 % du PIB du Québec. Un chiffre en déclin, certes, mais devant lequel il ne faut pas baisser les bras.

Dans la nouvelle politique industrielle québécoise présentée par la ministre Élaine Zakaïb, on retrouve un diagnostic lucide et sans complaisance de ce secteur mal-aimé. Si l'on peut blâmer en partie la hausse du dollar canadien - merci au pétrole de l'Alberta... - pour la chute des exportations québécoises, il n'en reste pas moins que notre secteur manufacturier souffre d'une faible productivité. D'une part, nos entreprises manufacturières sont trop petites. D'autre part, elles n'ont pas profité de la force du huard, ces dernières années, pour acheter à l'étranger des équipements de production plus modernes, qui auraient pu les aider à accroître leur productivité.

Ce diagnostic fait d'ailleurs écho aux constats de la grande étude sur le secteur manufacturier québécois réalisée par le cabinet Deloitte l'an dernier.

Les solutions proposées par la ministre Zakaïb sont intéressantes. J'en retiens trois:

- Favoriser la croissance de quelques entreprises prometteuses afin de leur permettre d'atteindre une masse critique suffisante pour devenir des fleurons de l'économie québécoise. Tous les manufacturiers ne peuvent pas devenir des géants comme Bombardier ou Cascades. Mais une entreprise de taille moyenne - disons avec un chiffre d'affaires entre 200 et 500 millions de dollars par année - peut devenir un joueur important sur les marchés internationaux en proposant des produits nichés et innovants.

D'ailleurs, le Québec compte déjà quelques très belles réussites à cet égard. Ce ne sont pas les entreprises dont on entend le plus parler aux nouvelles: elles ne sont pas toujours cotées en bourse et elles fabriquent souvent des produits qui ne s'adressent pas directement aux consommateurs. Mais elles créent beaucoup de richesse et des emplois durables de très grande qualité. Pensons à Camoplast Solideal, qui fabrique des pneus et chenilles de véhicules tout-terrain. Ou à Velan, qui équipe des centaines de centrales nucléaires dans le monde en robinetterie industrielle. Le Québec a besoin de beaucoup plus d'entreprises manufacturières de ce genre. La politique du gouvernement Marois vise à susciter l'essor de 20 manufacturières d'ici dix ans: objectif louable, mais attention à la tentation de saupoudrer les efforts dans toutes les régions et dans tous les créneaux.

- Améliorer les crédits d'impôt existants et en créer de nouveaux. Bien sûr, la fiscalité est l'un des principaux leviers que peut employer le gouvernement pour stimuler l'économie. Cela dit, ce ne sont pas les crédits d'impôt aux entreprises qui manquent au Québec! J'aime bien l'idée d'inciter les entreprises à investir davantage dans l'équipement de pointe, mais je ne suis pas convaincu qu'étendre ce crédit d'impôt à l'amélioration de processus engendrera une hausse significative de productivité. En revanche, l'idée d'un crédit d'impôt à la commercialisation me semble excellente: inventer de nouveaux produits, c'est très bien, mais tant qu'on ne les vend pas, on ne peut pas créer de richesse ni d'emplois! Le gouvernement a bien identifié un problème majeur et trop souvent négligé: reste à voir si cet incitatif sera suffisamment stimulant pour avoir un impact réel sur la performance des entreprises.

- Créer de nouvelles grappes industrielles, notamment en design industriel et en mode. Le principe des grappes est plein de bon sens. Mais ce qui est plus important, à mon avis, c'est que ces grappes ne dépendent pas du bon plaisir d'un donneur d'ouvrage étranger. Si la grappe québécoise de l'aérospatiale a du succès, c'est parce qu'il y a de grandes entreprises d'ici comme Bombardier qui peuvent permettre l'éclosion de sous-traitants importants comme Héroux-Devtek. En recevant des commandes d'un joueur mondial, elles gagnent non seulement de l'argent, mais aussi de la crédibilité aux yeux d'autres donneurs d'ouvrage, partout dans le monde. Donnons la chance à nos géants d'aujourd'hui d'engendrer les géants de demain, par exemple en les incitant à favoriser les fournisseurs d'ici dans leurs appels d'offres - et le gouvernement devrait donner l'exemple en ce sens. À cet égard, la politique présentée par la ministre Zakaïb va dans la bonne direction.

Par ailleurs, ce n'est pas en multipliant les grappes qu'on en accroît forcément le succès. Il me semble illusoire, pour une économie de la taille de la nôtre, de prétendre être excellente dans des dizaines de secteurs d'activité. Cela impliquerait que nous investissions collectivement dans la formation professionnelle, technique et universitaire pour former de la main-d'oeuvre de pointe dans tous ces secteurs, sans parler de la recherche fondamentale et appliquée. Concentrons-nous là où nous sommes forts et où nous avons le potentiel d'être des leaders mondiaux!

Mais en fin de compte, la responsabilité de redonner de la vigueur au secteur manufacturier n'incombe pas qu'au gouvernement: l'État ne peut pas vouloir plus que les entreprises elles-mêmes! Le secteur manufacturier, avec tous ses partenaires, doit se secouer les puces pour demeurer pertinent, attirant, créateur de richesse et créateur d'emplois durables chez nous.