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22 ans à enquêter sur la mort de sa sœur

Hélène André a sacrifié sa vie pour mener sa quête

22 ans à enquêter sur la mort de sa sœur
Photo christine bouthillier Encore aujourd’hui, Hélène André cherche celui qui a tué Danielle. Elle ne croit pas que Jean-Pierre Duclos soit le véritable meurtrier.

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La vie d’Hélène André s’est littéralement arrêtée en 1991, lorsque sa sœur Danielle a été sauvagement assassinée. Elle a frappé à toutes les portes, même celle des Hells Angels, pour trouver le coupable. On l’a menacée avec des armes pour qu’elle se taise, mais elle n’a jamais renoncé.

La vie d’Hélène André s’est littéralement arrêtée en 1991, lorsque sa sœur Danielle a été sauvagement assassinée. Elle a frappé à toutes les portes, même celle des Hells Angels, pour trouver le coupable. On l’a menacée avec des armes pour qu’elle se taise, mais elle n’a jamais renoncé.

Elle ne croit pas que Jean-Pierre Duclos, en prison depuis 21 ans pour le meurtre, soit le vrai tueur. La femme de 60 ans critique le travail de certains policiers dans cette affaire. Quatre d’entre eux ont d’ailleurs fait l’objet d’accusations criminelles et d’une plainte devant le Commissaire à la déontologie policière.

Ancienne journaliste dans un hebdomadaire de Laval, Hélène André n’a pas hésité à quitter son emploi pour se lancer dans cette croisade. Épaulée par son mari Jean Séguin, leurs économies de retraite y ont passé. Menacés, le couple et leurs cinq enfants ont dû déménager une trentaine de fois pour assurer leur sécurité.

Doutes dès le départ

Le corps de Danielle André, 33 ans, est retrouvé le 17 janvier 1991, à Laval.

«Dès le lendemain, le chef de police dit à mon frère de ne pas s’inquiéter, qu’ils vont arrêter le meurtrier rapidement puisqu’ils ont un informateur au dossier depuis le 16 janvier», raconte Hélène André.

Pour elle, cette phrase confirme que des policiers savaient que sa sœur était emprisonnée quelque part avant sa mort et auraient pu la sauver.

L’enquêteur indique aussi qu’on a retrouvé le corps grâce à un appel anonyme, malgré ce que le chef de police aurait dit à son frère.

Une semaine après la mort de Danielle, Hélène André se rend au lieu où a été trouvé le corps. Levant les yeux, elle constate qu’elle a une vue imprenable sur le quartier général de la police de Laval.

«J’ai ressenti un malaise. C’est là que j’ai vraiment décidé de me consacrer à temps plein à l’enquête», indique-t-elle.

Arpenter le terrain

«Au début, on cherchait des pièces, comme sa sacoche, on refaisait le trajet, on fouillait des conteneurs», raconte son frère, Paul André.

Un mandat d’arrestation est lancé contre Jean-Pierre Duclos. Selon la version officielle, Danielle André aurait rencontré Duclos dans un bar de Laval. Il aurait voulu avoir des relations sexuelles avec elle et elle aurait refusé. Le lendemain, elle se serait rendue chez lui et c’est là qu’il l’aurait tuée avant de se se débarrasser de son corps.

«Son bungalow est entouré de champs. Et il serait plutôt passé devant le quartier général de la police pour mettre le corps-là?» s’interroge Hélène André.

Son mari se rend chez Duclos et remarque que l’entrée est déneigée. Mme André interroge les voisins et fait deux découvertes primordiales. L’un d’eux raconte avoir vu quelqu’un déneiger l’entrée pour la première fois de l’hiver le jour où le corps de Danielle a été retrouvé. Un autre lui donne le nom du déneigeur: Maurice Richard.

Cet ancien motard devenu délateur était l’informateur secret de la police. Il livrait ses informations au sergent Serge Morin, affirmant que Duclos lui avait avoué avoir tué Danielle André. Étrangement, le sergent Morin tait l’identité de son informateur, même à la brigade des homicides de la police de Laval.

Menaces

L’enquête d’Hélène André dérange. Une nuit, une voiture s’engage dans le chemin privé menant à sa ferme isolée. Dans l’auto, quatre motards, vestes de cuir et écussons sur le dos.

«Mon fils de 16 ans a sorti des armes qu’il avait empruntées en cachette à des amis dont les parents chassaient, témoigne Mme André. Il gardait ça chargé sous son lit sans nous l’avoir dit! Il voyait que la pression montait et voulait défendre la famille.»

Son mari Jean Séguin et son fils sont sortis avec les armes.

«J’ai mis l’arme dans la bouche du chauffeur et je lui ai dit que s’il ne partait pas d’ici, j’allais lui faire sauter la tête», décrit M. Séguin.

Plainte en déontologie

Hélène André dit avoir signifié toutes les irrégularités aux enquêteurs, en vain. Sa famille et elle déposent donc une plainte devant le Commissaire à la déontologie policière contre quatre policiers, dont Serge Morin.

Au procès de Duclos, les témoignages montrent qu’à deux reprises, Maurice Richard a été arrêté pour complicité, mais chaque fois a été relâché grâce à sa collaboration avec certains policiers. Le délateur affirme que le sergent Morin l’avait averti de la venue des enquêteurs. Morin aurait même rédigé un faux rapport, sous prétexte de préserver l’anonymat de son informateur.

Malgré cela, Jean-Pierre Duclos est condamné à la prison à vie. Il nie toujours avoir tué Danielle André.

Chez les Hells

Peu après, un homme, selon elle un proche des Hells Angels, demande à voir Hélène André. Elle se rend chez l’homme, où un autre, menaçant, lui montre des armes, lui demandant clairement de taire tout ce qu’elle entendra.

Deux sympathisants des Hells lui racontent que le jour où le corps de Danielle a été retrouvé, ils se trouvaient chez Duclos.

Ce dernier voulait à tout prix qu’ils restent pour déjeuner, car il cherchait à exhiber sa nouvelle conquête, expliquent-ils. Un comportement surprenant pour quelqu’un qui viendrait de commettre un meurtre. Les deux individus n’auraient vu aucun corps ni trace de sang dans la maison.

Se faire justice

Les procédures devant le commissaire à la déontologie policière avortent, sous prétexte que les droits des policiers ont été brimés. Le commissaire a notamment attendu 10 mois avant de leur dire qu’ils étaient cités devant le comité. La commission interjette appel, en vain.

Excédée, Hélène André dépose une plainte privée pour que des accusations criminelles soient portées contre les mêmes policiers. La plainte privée est retenue et les agents sont accusés de complot et d’entrave.

La SQ reprend l’enquête du début. Mais le procureur de la Couronne et le ministre de la Justice jugent la preuve insuffisante et ferment le dossier.

Duclos s’évade

En mai 2013, Jean-Pierre Duclos est laissé sans surveillance à l’hôpital de Verdun pendant que l’agent correctionnel va faire sa carte d’hôpital. Le prisonnier prend la fuite, mais est retrouvé à Magog en juillet.

C’est pendant cette évasion qu’Hélène André se met à recevoir de nouvelles menaces, après des années d’accalmie. Elle dit s’être fait pirater ses comptes Facebook et Twitter.

«Sur Facebook, où on peut écrire des statuts, ça m’écrit «T’es morte», par exemple, et puis ça s’efface», explique Hélène André.

Ne jamais abandonner

Même si tous les recours sont épuisés, Hélène André et Jean Séguin révisent leurs notes, retournent parler à des témoins.

«J’aurais eu honte d’arrêter. Je ne voulais pas montrer à mes enfants que je savais, mais que j’avais eu peur», raconte celle qui se terre toujours dans un minuscule logement.

Elle dit avoir récemment découvert un nouvel élément qui lui permettra de redemander une enquête publique. Car pour Hélène André, le souvenir du meurtre de sa sœur est encore vif.

 

Contactée par le Journal, la police de Laval a indiqué que le dossier est clos.


«Si la sœur de la victime pense avoir des éléments nouveaux, nous sommes prêts à la recevoir et voir s’il y a matière à enquête», mentionne Frédéric Jean, porte-parole de la police de Laval. Aucun des policiers impliqués dans l’enquête à l’époque n’est encore à l’emploi de la police de Laval.

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