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Pour les yeux de mon frère

Bloc Bilodeau

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Si notre famille continue de combattre pour venir en aide aux personnes atteintes de paralysie cérébrale, ça permet du même coup de ramener mon frère Frédéric à l’avant-scène.

Si notre famille continue de combattre pour venir en aide aux personnes atteintes de paralysie cérébrale, ça permet du même coup de ramener mon frère Frédéric à l’avant-scène.

J’entends parfois le reproche de trop utiliser l’image de mon frère pour mousser les campagnes de souscription pour cette cause, mais je m’en balance. Pour moi, il n’y a pas de prix à voir mon frère heureux de se sentir impliqué dans une cause comme celle-là.

C’est unique de voir les yeux de mon frère quand il sent qu’il est utile à la société. Il n’a pas la chance souvent de ressentir ce genre de feeling dans sa vie. Il a vécu une sorte de rêve par mon entremise aux Jeux de Vancouver et il continue de vivre son rêve en participant à différentes activités. Quand on réussit, il est fier de dire: «Bravo, on a travaillé fort dans la famille Bilodeau, hein?»

Frédéric l’artiste

Malgré son handicap, mon frère s’adonne beaucoup à la peinture. Il peint toutes sortes de scènes, des paysages, des personnages, etc. Pour le compte de l’Association de la paralysie cérébrale du Québec, il y a eu un vernissage de ses œuvres en avril, ce qui a permis d’amasser plusieurs milliers de dollars.

Plusieurs personnes du monde des affaires de Montréal ont acheté de ses peintures et ma conjointe en a accroché une dans son bureau. Je ne suis pas gêné de dire qu’il a plus de talent que moi!

Bonne famille

Frédéric a maintenant 31 ans et il a perdu beaucoup de mobilité au cours des dernières années. Il doit se déplacer avec une marchette, alors qu’il y a trois ou quatre ans, il n’en avait pas besoin. Il y a cinq ans, il skiait encore seul et il empruntait toutes les pistes du mont Saint-Sauveur. Maintenant, ses pieds n’entrent même plus dans ses bottes.

Je crois qu’il est important de parler ouvertement de ce sujet, parce que ça permet de réaliser que beaucoup de personnes vivent dans un monde difficile. Mon frère est conscient qu’il vit dans une bonne famille qui l’aide beaucoup. Il en est très reconnaissant.

Plus jeune, je me souviens qu’on allait le chercher à l’école et je voyais certains de ses amis qui avaient 18 ans comme lui, mais ils vivaient seuls en appartement. Quelques-uns étaient pourtant moins mobiles que mon frère et devaient apprendre à se débrouiller. Ils avaient été délaissés par leurs familles. On entend parfois des histoires atroces.

Je me réjouis depuis que mes parents ont appris qu’il leur sera possible d’amener Frédéric à Sotchi. Ils voulaient être rassurés qu’on puisse circuler avec un fauteuil roulant sur le site de compétition. À la Coupe du monde tenue là-bas la saison dernière, les gens qui ne skiaient pas s’étaient laissé dire qu’un autobus viendrait les chercher. Mais ils avaient dû marcher un kilomètre dans de la roche. Je comprends mes parents de s’inquiéter...

 

— Propos recueillis par Alain Bergeron

 

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