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Le vendeur

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Peu de choses sont plus repoussantes qu’un commerçant qui débite intentionnellement des faussetés pour vendre son produit. Que dire, alors, quand le vendeur d’illusions est ministre !

Peu de choses sont plus repoussantes qu’un commerçant qui débite intentionnellement des faussetés pour vendre son produit. Que dire, alors, quand le vendeur d’illusions est ministre !

À cet égard, le ministre Jean-François Lisée rate rarement une occasion d’user de raccourcis intellectuels afin de défendre le système économique en vigueur au Québec, même quand cela exige de tromper la population.

Par exemple, M. Lisée a récem­ment déclaré que les épisodes des carrés rouges et du «pastagate» n’ont eu aucun effet sur le tourisme. Pour preuve, il cite un communiqué publié par Tourisme Montréal selon lequel le tourisme à Montréal a augmenté pendant la période de mai à septembre 2013. Pour M. Lisée, il n’en fallait pas davantage pour claironner que «les touristes se bousculent pour venir nous visiter»!

ANALYSE NÉCESSAIRE

Or, il existe une différence entre un fait pris hors contexte et la vérité qui, elle, exige une analyse exhaustive. Si M. Lisée avait pris quelques instants pour étudier la question du tourisme plutôt que de rapporter béatement le communiqué de Tourisme Montréal, son discours aurait été nuancé.

Certes, Statistique Canada confirme que le nombre de touristes internationaux au Québec au cours de l’été 2013 (de mai à août) a augmenté de 2,1% par rapport à l’été dernier, lorsque les carrés rouges avaient investi les rues de Montréal. Toutefois, il ne s’agit là que d’un fait isolé. 

La vérité, elle, est moins joyeuse:

1) Entre l’été 2011 et 2012, le nombre de touristes a diminué de 1,5% au Québec, tandis qu’il a augmenté de 3,7% en Ontario et de 0,8% dans l’ensemble du Canada.

2) Si on compare l’été 2013 à celui de 2011, le tourisme a augmenté de 0,5% au Québec. En revan­che, il a grimpé de 3% au Canada, 3,2% en Ontario, 5,2% en Colombie-Britannique et 6,9% en Alberta.

3) En 2012, en nombre de visiteurs, le tourisme québécois repré­sentait 31% du tourisme ontarien et 57% du tourisme britan­no-colombien.

4) Le Québec compte pour 23,2% de la population canadienne, mais n’a attiré que 14,7% des touristes, soit nettement moins que son poids démographique. 

En comparaison, l’Ontario et la Colombie-Britannique, qui comptent respectivement pour 38,5% et 13,5% de la population canadienne, ont accueilli 47,5% et 25,8% des touristes, soit sensiblement plus que leur poids démographique.

PAS DE QUOI PAVOISER

En matière de tourisme, le Québec n’a donc pas de quoi pavoiser. Cela dit, il reste que le Québec est incontestablement l’un des meilleurs endroits au monde où vivre et M. Lisée a raison de vouloir le souligner. En revan­che, est-il nécessaire qu’il se fasse le gardien en chef quasi incon­ditionnel du modèle mis en place lors de la Révolution tran­quil­le? Quand la comparaison ne nous avantage pas, quand le système économique choisi plombe notre performance, il faut avoir l’intégrité intellectuelle de le reconnaître et la volon­té de réfléchir à de meilleures avenues. N’est-ce pas là le rôle de tout ministre qui souhaite faire progresser la socié­té?

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