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Le fardeau de la preuve

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Denis Coderre hérite de la mairie de Montréal. C’est beaucoup de pouvoir et surtout, une lourde responsabilité. Le nouveau maire reçoit pourtant son mandat sous forme d’avertissement.

Denis Coderre hérite de la mairie de Montréal. C’est beaucoup de pouvoir et surtout, une lourde responsabilité. Le nouveau maire reçoit pourtant son mandat sous forme d’avertissement.

Le «rassembleur» qu’il s’est dit être, une forte majorité de Montréalais n’y a pas cru. Au rôle de Monsieur Net, non plus. La division du vote et la montée fulgurante de Mélanie Joly en témoignent. Cette percée d’une inconnue au programme plutôt mince s’explique en partie par sa principale «qualité» – celle de ne pas être identifiée à une classe politique «professionnelle» en partie discréditée.

Nettoyer les écuries

Richard Bergeron et Marcel Côté sont aussi victimes de cet air du temps où une simple image de «nouveauté» peut tenir lieu de programme. Appelons-ça le syndrome Justin Trudeau.

À la nouvelle administration Coderre, la question sera posée. Sa volonté de nettoyer les écuries encrassées de l’administration Tremblay-Zampino-Applebaum sera-t-elle au rendez-vous? Pour le nouveau maire, ses quatorze ans au Parti libéral du Canada sont un gage rassurant d’«expérience». Pour les Montréalais qui n’ont pas voté pour lui, c’est plutôt une raison de s’inquiéter. Même chose pour sa décision de s’adjoindre plusieurs «ex» du parti Union Montréal de Gérald Tremblay.

Non pas pour cause de «culpabilité par association», mais de culture politique. C’est connu, celle du PLC et d’Union Montréal confondait allègrement financement politique et favoritisme. Denis Coderre devra montrer concrètement qu’il ne mange pas de ce pain-là.

Renouveau recherché

En attendant, bien des Montréalais, à tort ou à raison, craindront de voir peu à peu se réinstaller l’influence indue d’entrepreneurs capables d’avoir rapidement l’«oreille» de l’hôtel de ville. Les gros contrats d’infrastructures, on le sait, sont une irrésistible jarre à biscuits de fonds publics dans laquelle même la mafia a pu se plonger les mains sans le moindre problème. Le tout, sous le nez d’un maire occupé à regarder ailleurs pour ne rien voir de la moisissure qui poussait dans sa propre équipe comme des champignons.

Pour mieux voler les Montréalais, on a vidé leur fonction publique de son expertise et sous-traité une partie de la gestion à des intérêts privés empressés d’en profiter. L’administration Tremblay a cédé le poulailler des deniers publics à une bande de renards particulièrement gloutons. Montréal, ville ouverte à la business menée dans des cafés de mafiosi et des salons plus feutrés de clubs privés. La commission Charbonneau a montré la scandaleuse véracité de ce portrait. Cette honte, elle ne doit plus se reproduire.

Résultat: l’heure du grand nettoyage a sonné. La vraie question étant : Denis Coderre saura-t-il se montrer à la hauteur de la tâche? Une chose est sûre : le fardeau de la preuve, il le portera lourdement pour les quatre prochaines années. Dans ce domaine, avant tout autre, il n’aura pas droit à l’erreur. Ce nettoyage, on ne s’en sort pas, est essentiel pour rétablir et redresser la métropole meurtrie du Québec.

Bref, qu’il le veuille ou non, il sera un maire sous haute surveillance. Sous surveillance de nombreux Montréalais plus exigeants que jamais.

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