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Avortements

Des Québécoises forcées de se faire avorter aux É.-U.

­­Des médecins du Québec refusent de pratiquer des avortements tardifs par crainte des réactions

Des Québécoises forcées de se faire avorter aux É.-U.
photo le journal de montréal, chantal poirier Le Dr Jean Guimond, du CSSS Jeanne-Mance, garde espoir qu’on puisse offrir des avortements tardifs au Québec au cours des prochaines années.

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Trois gynécologues québécois spécialement formés pour pratiquer des avortements après 23 semaines refusent souvent de faire leur travail, craignant une réaction hostile des employés dans les hôpitaux. Résultat: des dizaines de patientes doivent aller aux États-Unis.

 

Trois gynécologues québécois spécialement formés pour pratiquer des avortements après 23 semaines refusent souvent de faire leur travail, craignant une réaction hostile des employés dans les hôpitaux. Résultat: des dizaines de patientes doivent aller aux États-Unis.

«Ils craignent énormément d’être ostracisés», indique le Dr Jean Guimond, qui chapeaute le service d’interruption volontaire de grossesse (IVG) après 20 semaines, au Québec.

Pas de raison médicale

Depuis 25 ans au Canada, les femmes ont droit à l’avortement jusqu’à la toute fin de leur grossesse.

Chaque année, au Québec, entre 200 et 250 patientes subissent une IVG de troisième trimestre, soit après 23 semaines (moins de 1% des IVG*). La procédure a lieu dans un hôpital puisque la femme doit littéralement «accoucher».

La très grande majorité de ces IVG sont justifiées par des malformations congénitales. Dans ces cas, les médecins acceptent habituellement les demandes.

Or, les femmes qui n’ont pas de raisons «médicales», dites thérapeutiques, sont refusées pour des raisons éthiques (voir autre article).

Le guide du Collège des médecins prévoit qu’un médecin n’est pas obligé de faire un avortement si cela va contre ses valeurs. Il doit toutefois adresser la patiente à un collègue.

Médecins formés aux États-Unis

En 2004, le ministre de la Santé Philippe Couillard avait annoncé qu’au moins un médecin serait spécialement formé pour répondre aux besoins d’IVG tardives au Québec. Au total, trois gynécologues ont suivi cette surspécialité en planning familial aux États-Unis.

Or, l’hostilité de certains employés d’hôpital à l’égard de ces trois spécialistes les empêche de pratiquer ces avortements controversés.

«Ils ont peur du jugement, ils ont peur pour leur famille», dit le Dr Guimond.

«Ils ont la technique et l’expertise. Et ils sont empêchés de les faire parce que les comités d’éthiques et les lobbys pro-vie sont très puissants», ajoute-t-il.

Selon le Dr Guimond, qui connaît bien deux des trois spécialistes, le simple fait de parler des IVG tardives dans les hôpitaux pourrait remettre la pratique en question.

«C’est toujours un risque de perdre des acquis. C’est tellement controversé que l’administration pourrait dire “on n’en fait plus”», croit-il.

L’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec a refusé de mettre le Journal en contact avec les trois spécialistes pour comprendre le con­texte de ces IVG.

«Ce n’est pas de la publicité, ce n’est pas des affaires que les gens ont besoin de savoir. Nos médecins ne veulent pas que les gens sachent qu’ils font ça», a répondu la présidente Isabelle Girard.

Tous des cas d’exception

Toxicomanie, inceste, drame familial: les raisons «sociales» pour subir une IVG après 23 semaines sont nombreuses (voir encadré). «Ce sont toujours des cas exceptionnels», jure le Dr Guimond.

Depuis 2007, ces femmes sont prises en charge par le CSSS Jeanne-Mance, à Montréal. Elles sont envoyées dans des cliniques américaines, où des médecins acceptent de les avorter. Selon le Dr Guimond, aucune patiente ne veut témoigner de cette réalité.

La procédure médicale est remboursée par la Régie de l’assurance-maladie du Québec, mais la patiente paie son voyage et ses frais de séjour.

Si elle n’a pas d’argent, «on trouve une façon», dit le Dr Guimond. Or, si la femme a un casier judiciaire ou qu’il y a un risque de césarienne, elle ne peut aller aux États-Unis. Dans ces quelques cas, les IVG sont pratiquées au Québec.

Appel au ministre

Malgré tout, le Dr Guimond garde espoir que l’avortement de troisième trimestre sera accessible à toutes les femmes dans les prochaines années.

«Il va falloir qu’un ministre de la Santé dise: “Ça suffit, voici comment ça devrait se faire” ou qu’une femme très bien organisée aille en cour et obtienne un jugement», croit-il.

*Estimation du CSSS Jeanne-Mance.

Les cas les plus fréquents de femmes qui veulent un avortement après 23 semaines
Adolescentes victimes d’inceste
Toxicomanes
Femmes qui croyaient être en ménopause
Adolescentes qui nient ce qui leur arrive
Femmes qui apprennent que leur mari a une double vie
Le service d’avortement au Québec
Toutes les régions offrent des avortements jusqu’à 14 semaines de grossesse.
Entre la 15e et la 20e semaine, trois corridors de service sont disponibles: Montréal, Québec, Sherbrooke.
Après 20 semaines, la coordination provinciale se fait au CSSS Jeanne-Mance, à Montréal. Les avortements sont pratiqués au CSSS Jeanne-Mance.
Après 24 semaines, les femmes sont envoyées dans des cliniques américaines.
Les trimestres d’avortement
Premier trimestre :
1 à 13
semaines
Deuxième trimestre :
14 à 23
semaines
Troisième trimestre :
24
semaines et plus
Avortements
de troisième trimestre au Québec
Entre 200 et 250 par année (un peu moins de 1% de tous les avortements chaque année)
169 997 $
Budget pour les avortements de 3e trimestre au CSSS Jeanne-Mance en 2013-2014 (indexé annuellement) Octroyé par l’Agence de la santé de Montréal

Encore un tabou
Tous ces hôpitaux ont refusé d’accorder une entrevue au Journal
Hôpital Sainte-Justine
Centre hospitalier de l’Université de Montréal
Hôpital Maisonneuve-Rosemont
Centre universitaire de santé McGill
Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke
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