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Exposition

Montréal la scandaleuse

La corruption ne date pas d’aujourd’hui au sein de la métropole

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Avec sa nouvelle exposition, le Centre d’histoire de Montréal nous replonge dans les années 1940-1960, une période à la fois sombre et remarquable, où la métropole avait déjà la réputation d’une ville libertine et corrompue.

Avec sa nouvelle exposition, le Centre d’histoire de Montréal nous replonge dans les années 1940-1960, une période à la fois sombre et remarquable, où la métropole avait déjà la réputation d’une ville libertine et corrompue.

Alors que la commission Charbonneau bat son plein, l’exposition Scandale! Vice, crime et moralité à Montréal, 1940-1960 braque les projecteurs sur cette période effervescente d’après-guerre où les policiers entretenaient des liens étroits avec la pègre. Coïncidence?

«L’idée n’est pas de dire si Montréal est plus scandaleuse à l’époque que maintenant (ou vice versa). La question reste pleinement ouverte. Mais, comme aujourd’hui, on parlait de prostitution, de jeux interdits, de policiers corrompus», affir­me d’entrée de jeu Catherine Charlebois, chargée de l’exposition.

«C’est une époque particulière, mais à ce moment-là, les gens fermaient aussi les yeux sur ce qui se passait», ajoute Jean-François Leclerc, le direc­teur du Centre d’histoire de Montréal.

Un roman policier

Après avoir présenté Les quartiers disparus l’an dernier, l’équipe du Centre a voulu retrouver les origines de la réputation de «ville du plaisir» qui colle encore à la métropole aujourd’hui. On voulait aussi faire la lumière sur la période précédant le règne du maire Jean Drapeau, qui s’est lancé en campagne électorale en 1954 en promettant de faire le grand ménage.

Tel un roman policier, l’exposition relate donc cette période flamboyante, presque hollywoodienne, où les gens s’habillaient chic pour sortir au cinéma, mais qui cachait aussi la corruption, le crime, les bordels, les jeux illégaux.

Licite et illicite

«C’était Las Vegas! Il y avait plus de 900 clubs sur Sainte-Catherine, se souvient Ethel Bruneau, alias Miss Swing, qui a commencé à se produire à Montréal dès l’âge de 15 ans, en 1953. C’était plein partout, même le lundi.»

C’est avec cette ambiance feutrée de cabaret sous le regard d’Alys Robi, d’Oscar Peterson ou de Lily St-Cyr que commence l’exposition.

On se retrouve ensuite dans une sombre ruelle et la chambre à coucher type d’une prostituée pour plonger dans l’univers du crime, du jeu et de la corruption avec des personnages importants comme Harry Davis, le roi du jeu illégal. Son assassinat, en juillet 1946, a eu l’effet d’une bombe. «C’est là que le scandale éclate et qu’on commence à se poser de réelles questions sur les liens qui unissent la pègre aux autorités», poursuit Mme Charlebois.

En effet, si le glamour côtoyait ainsi le scandale, c’est que les spectacles étaient présentés dans des cabarets tenus principalement par la mafia, qui contrôlait aussi en grande partie les maisons de jeu. Et pour préserver les maisons de jeux, il fallait souvent s’acoquiner avec les forces de l’ordre. «Sans supervision efficace à l’époque, nul doute que certains agents se sont laissé corrompre», estime d’ailleurs Robert Côté, qui s’est joint à la police à Pointe-Saint-Charles en 1959.

On termine le parcours avec le grand ménage entrepris par l’avocat Pacifique «Pax» Plante et par le futur maire de la métropole Jean Drapeau, dont les enquêtes ont permis la mise en place de la commission Caron. En 1954, le juge Caron a déposé un rapport accablant sur la corruption de la police à Montréal.

Faire réfléchir

Si on n’aborde pas directement la question de la corruption qui sévit aujourd’hui, les éléments présentés dans l’exposition permettent tout de même de faire plusieurs parallèles, ce que confirme Jean-François Leclerc.

«On veut que les gens se questionnent, se positionnent. Que reste-t-il de cette époque? La corruption, la prostitution, le crime, ça ne date pas d’aujourd’hui.»


L’exposition commencera le 15 novembre au Centre d’histoire de Montréal.

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