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Jeux de pouvoir

Le tchador de la discorde

Bloc Hebert

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Ça faisait six mois que Fatima Houda-Pepin gardait le silence. Pour ne pas mettre son parti dans l’embarras, la députée libérale de La Pinière préférait ne rien dire publiquement du projet de charte des valeurs québécoises rebaptisée (prétendument par les légistes) charte des valeurs de laïcité et de neutralité de l’État.

Ça faisait six mois que Fatima Houda-Pepin gardait le silence. Pour ne pas mettre son parti dans l’embarras, la députée libérale de La Pinière préférait ne rien dire publiquement du projet de charte des valeurs québécoises rebaptisée (prétendument par les légistes) charte des valeurs de laïcité et de neutralité de l’État.

On l’avait sollicitée autant comme autant, chaque semaine, pour lui dire: «Allons, Mme Houda-Pepin, vous ne pouvez pas rester silencieuse sur un enjeu aussi capital que l’égalité hommes-femmes et si une femme sait ce que signifie exactement l’obligation de porter un voile, c’est bien vous. Vous ne pouvez pas ne pas avoir d’opinion sur ce sujet», etc.

Mais elle ne disait rien. Faisait son boulot de députée et gardait ses avis pour le caucus. Mais Mme Houda-Pepin est une femme de principes et ses convictions, comparativement à la guimauve habituelle, sont un roc de Gibraltar.

L’opinion de l’ex-président

Sensible à la situation des femmes dans les pays musulmans sous le joug des intégristes, elle-même d’origine marocaine, la députée de La Pinière n’a tout simplement pas digéré les réflexions (autorisées?) de son collègue Marc Tanguay, le suave député libéral de la circonscription de Lafontaine où sévissait l’inoubliable Tony Tomassi.

M. Tanguay a dit dans une entrevue à l’agence Presse canadienne qu’il verrait avec bonheur une élue portant le tchador à l’Assemblée nationale. Le tchador est une grande pièce de tissu porté par les femmes musulmanes afin de masquer leur silhouette. À l’origine, l’obligation de le porter ne visait que les femmes du prophète Mahomet, mais les radicaux islamistes l’ont imposé à toutes les femmes dans plusieurs pays arabes.

L’opinion de M. Tanguay sur cette délicate question est importante. Ce n’est pas un député d’arrière-ban comme les autres. C’est l’ancien président du PLQ et il serait assurément ministre dans un gouvernement Couillard.

Voilà pourquoi Mme Houda-Pepin n’a pas digéré la déclaration publique de son collègue. Parce que M. Tanguay incarne en quelque sorte le parti et surtout un courant de pensée libéral voulant que les droits individuels soient sacrés.

Paradoxe

Mais depuis hier, les libéraux sont dans un sacré pétrin: M. Couillard a déclaré qu’il refuserait de signer le bulletin de candidature d’une femme portant le tchador. C’est ce que se propose de faire le PQ. Pourtant, le PLQ refuse obstinément qu’on interdise les signes religieux du même acabit dans la fonction publique. Un paradoxe difficile à soutenir, mais un paradoxe aussi défendu par François Legault, doit-on signaler.

M. Couillard est donc d’accord avec Mme Houda-Pepin, mais étrangement, c’est à elle, et non pas à Marc Tanguay, qu’il demande une génuflexion...

Le caucus des députés libéraux est divisé sur le port du voile islamique et d’autres signes religieux ostentatoires. Plusieurs enragent en pensant à ce qui aurait dû être fait après Bouchard-Taylor.

M. Couillard est devant un joli casse-tête. Il sait que les députés libéraux des circonscriptions rurales sont plutôt favorables à la répression de l’intégrisme religieux.

Question de droits

Le PLQ prépare en secret un projet de loi visant à préciser l’interdiction des signes religieux ostentatoires. Mme Houda-Pepin en avait fait sa cause et voulait piloter ce projet de loi jusqu’au bout. Les autorités libérales ont peu à peu jeté du lest, se rangeant aux arguments de la députée de La Pinière. Ils veulent tirer tout le potentiel politique de ce changement de cap; pas question d’en laisser l’exclusivité à Mme Houda-Pepin.

Ils auraient eu l’air de quoi, les libéraux? Après avoir dénoncé la charte de Bernard Drainville sur tous les plateaux de télé, permettre à Mme Houda-Pepin d’agir seule donnerait à penser que l’évolution n’a pas été sincère...

Les prochains jours seront cruciaux pour Philippe Couillard. Il doit absolument éviter que la controverse fasse tache d’huile. Ça va assez mal comme ça. Il faut qu’avant la pause des Fêtes, le PLQ montre qu’il croit, lui aussi, au respect des droits collectifs.

 

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